Areva Malvési TDN : dépollution des effluents, quel risque ?

Dans le cadre d’un processus de réduction ou d’élimination des déchets de la conversion de l’uranium, Areva NC a demandé une autorisation d’exploiter pour son projet TDN, qui vise le traitement des effluents liquides. Les associations locales qualifient ce procédé d' »usine à gaz » et s’inquiètent des retombées possibles pour la santé et l’environnement.

Malvési vu du ciel (du sud vers le nord).

Malvési vu du ciel (du sud vers le nord).

L’enquête publique pour autorisation d’exploiter du projet TDN (traitement des nitrates) de l’usine Areva NC, à Malvési (Narbonne) a eu lieu du 5 septembre au 5 octobre 2016 et s’est conclue par un avis favorable du commissaire enquêteur. La procédure pourrait donc aboutir prochainement à une autorisation d’exploiter. Ce projet suscite néanmoins de fortes réticences de la société civile, en particulier de l’association Rubresus (1), qui souligne ce qu’elle considère comme un risque élevé de pollution à partir de la future installation. Eccla (2) conteste également la méthode utilisée et demande une tierce expertise. Le réseau Sortir du Nucléaire est aussi mobilisé contre ce projet.

TDN vise à éliminer les effluents liquides issus de l’activité de conversion de l’uranium depuis 58 ans.

Areva NC (anciennement Comurhex), filiale d’Areva, traite en effet, depuis 1958, sur son site narbonnais de Malvési (route de Moussan), tout l’uranium qui rentre en France pour, d’une part, alimenter les centrales nucléaires françaises, d’autre part servir des clients à l’exportation (environ 40 % du total). A Malvési, le minerai d’uranium, qui arrive sous forme de concentré d’uranium (yellow cake), est transformé en UF4 (tétra-fluorure d’uranium) au moyen d’opérations chimiques qui mettent en œuvre notamment de l’acide nitrique et de l’acide fluorhydrique.

Cette activité de traitement génère des déchets, sous formes de boues et d’effluents liquides qui jusqu’à présent n’ont pas été retraités et ont simplement été stockés dans des bassins de décantation et des bassins d’évaporation. Cet « entreposage« , selon Areva, ressemblait jusqu’à présent à un choix de longue durée et souligne le fait que l’élimination des déchets de la filière nucléaire reste un problème non résolu. TDN pourrait être un début de solution, en tout cas pour les 350 000 m³ d’effluents liquides. Mais il ne concerne pas les déchets solides, pour lesquels il n’y a pas à ce jour d’autre solution que le stockage.

Des déchets pas seulement chimiques

Les déchets solides de la conversion de l’uranium à Malvési étaient pendant longtemps présentés comme étant constitués essentiellement de « boues nitratées », or la rupture, en 2004 suite à de fortes pluies, d’une digue des bassins B1 et B2 a provoqué le déversement, dans la plaine voisine, de 30 000 m³ de boues et liquides. Les analyses de la Criirad (3), en 2006, ont révélé que ce qui était présenté comme des « boues nitratées » contenait aussi du plutonium et autres descendants de l’uranium : thorium 230, radium 226, plomb 210, américium 241, cela à des doses très concentrées. Ce qui s’explique par le fait que Malvési a traité, de 1960 à 1984, des déchets de combustibles usés, issus du cœur de réacteurs nucléaires.

L’absence d’élimination des déchets, liée à l’absence de solution technique, a été pendant longtemps occultée par le fait que Malvési était classé site Seveso « seuil haut » (risque chimique) alors qu’il aurait dû être classé INB (Installation nucléaire de base).

L’État et l’ASN (l’autorité de sûreté nucléaire) ont demandé récemment (2013) le classement en INB des seuls bassins B1 et B2. Ce classement est réalisé depuis 2015 (INB Écrin : « Entreposage Confiné des Résidus Issus de la Conversion). La Criirad, Sortir du Nucléaire et Eccla demandaient le classement en INB du site de Malvési dans son intégralité afin que les normes réglementaires de la radioprotection soient appliquées à tout le site avec donc une meilleure sécurisation, notamment au niveau du confinement de l’ensemble des bassins de boues.

Plan d'ensemble du site de Malvési. L'installation TDN est indiquée en jaune en bas à gauche (le plan n'est pas orienté vers le nord). En allant vers la droite, les bâtiments actuels, puis les anciens bassins B1 et B2 et les bassins en activité B5 et B6 ; les bassins B7 à B12 sont au-dessus.

Plan d’ensemble du site de Malvési. L’installation TDN est indiquée en jaune en bas à gauche (le plan n’est pas orienté vers le nord). En allant vers la droite, les bâtiments actuels, puis les anciens bassins B1 et B2 et les bassins en activité B5 et B6 ; les bassins B7 à B12 sont au-dessus.

Dans le cadre de la création en 2015 de l’INB Écrin, l’ASN autorise Areva NC à entreposer pendant 30 ans des déchets radioactifs, cela pour un volume limité à 400 000 m³. A l’issue de cette période, l’entreprise « devra avoir initié la reprise (de ces déchets) en vue de leur gestion définitive selon des modalités qui doivent d’ores-et-déjà être envisagées par Areva NC.« 

Les déchets radioactifs pouvant être entreposés dans l’installation Écrin sont « les résidus solides et les produits issus de leur traitement déjà contenus dans l’installation antérieure » ainsi que « les résidus solides issus de la vidange des bassins B5 et B6 » (bassins de décantation des effluents qui ont remplacé les bassins B1 et B2). Les boues issues des bassins B5 et B6 seront donc entreposées dans une alvéole étanche aménagée dans l’ancien bassin B2.

Areva NC prévoit par ailleurs de « modifier le procédé de l’usine pour réduire les volumes des boues à venir (l’information du public aura lieu lorsque le projet sera plus avancé)« , nous précise le service communication. Pour en savoir plus, voir le dossier « Gestion à long terme des déchets à produire du procédé de conversion », diffusé dans le cadre de l’enquête publique de TDN : PDF GESTION LONG TERME

TDN : quel impact ?

La gestion des déchets solides et celle des déchets liquides participent d’une même démarche d’Areva NC, incitée par l’ASN, qui vise à éliminer les déchets lorsque les techniques le permettent et, à défaut, à réduire leur volume pour les acheminer vers la filière TFA (déchets radioactifs de très faible activité, traités par le centre Cires de l’Andra – voir note 4) ou, s’ils ne sont pas acceptés par cette filière, pour pouvoir continuer à les stocker sur place.

Le projet Comurhex II, en cours de mise en œuvre, prévoit en effet d’augmenter la capacité du site de Malvési, qui passerait de 14 000 t d’uranium par an à 15 000 puis 21 000 t. Ce qui augmentera le volume de déchets.

C’est dans ce contexte que se situe le projet TDN de traitement des effluents liquides provenant des bassins B7 à B12, qui permettrait de réduire le volume de ces déchets au rythme d’environ 20 000 m³ d’effluents traités par an. Mais ce traitement produirait 12 000 t de déchets solides par an, qui, en tant que TFA, seraient acheminés vers le Cires, ce qui semble nécessiter à terme une extension de ce centre. Le traitement rejetterait par ailleurs 40 000 m³ de fumées par heure, soit un ratio de 16 000 m³ de fumée pour 1 tonne de déchets traités.

La maquette de l'usine TDN.

La maquette de l’usine TDN.

De plus, selon Rubresus, si l’on prend en compte la capacité de traitement de l’installation TDN et la production en cours des effluents, le déstockage effectif des bassins prendrait 30 à 35 années.

Le projet TDN présenté par Areva NC à l’enquête publique s’appuie sur le procédé THOR (THermal Organic Reduction, réduction organique thermique) mis au point par la société américaine Studsvik. Le choix de ce procédé, souligne Areva NC, est issu de plusieurs années de recherche et développement (depuis le début des années 1990).

Il consiste « en un traitement thermique et chimique de l’effluent en milieu réducteur » qui vise « trois objectifs : la destruction des nitrates (par transformation en azote), la vaporisation de l’eau contenue et la fixation des métaux et des traces de radionucléides dans une matrice minérale.« 

Rubresus, qui est rentrée dans la partie technique du dossier, émet un certain nombre de griefs.

. Incinérateur ou pas ?

Contrairement à Areva NC, l’association Rubresus estime que le procédé THOR s’apparente au fonctionnement d’un incinérateur et que les rejets atmosphériques du traitement sous forme de fumées présentent un profil en constituants analogue à celui d’incinérateurs. Elle s’appuie sur la définition de l’arrêté du 20 septembre 2002 pour considérer que TDN est un incinérateur. « Or, dans la demande d’autorisation d’exploitation, l’installation TDN n’est pas classée comme incinérateur mais se réfère à une réglementation générale des ICPE de 1998. » Problème : « Les valeurs limites des rejets atmosphériques des incinérateurs sont bien plus contraignantes que celles des ICPE.« 

. Test pilote et test grandeur nature ?

Rubresus note que « l’installation TDN a été définie à partir de données expérimentales obtenues en test pilote réalisé aux USA par la société Studsvik à partir d’une solution synthétique et non d’un effluent industriel de bassin d’évaporation de Malvési. Un test sur effluent industriel n’a été réalisé qu’à petite échelle (bench scale laboratoire) non équipé pour mesure des gaz.« 

Areva NC dit pour sa part que : « Les essais réalisés entre 2008 et 2012 dans les locaux de la société Studsvik ont été réalisés à plusieurs échelles : la première campagne de pilotage à l’échelle 1/16e réalisée en 2008 a concerné 43 m³ d’effluents synthétiques et avait pour but de vérifier l’adéquation du procédé avec le besoin ; elle a été suivie en 2011 d’un essai à plus petite échelle sur des effluents réels provenant de Malvési, puis en 2012 par une deuxième campagne pilote sur effluents synthétiques qui a permis de qualifier l’ensemble des paramètres de fonctionnement de l’installation TDN.« 

Areva NC poursuit : « Le retour d’expérience de Studsvik sur deux autres installations existantes : traitement d’effluents nitratés contenant du sodium à Idaho Falls (USA) et destruction de résines échangeuses d’ions à Erwin (Tennessee, USA) ne rendait en effet pas nécessaire le pilotage complet du procédé sur des effluents réels de Malvési.« 

. Émission de NOx : quel niveau ?

Rubresus pointe ensuite l’émission, par la cheminée des installations TDN, d’importantes quantités de rejets atmosphériques toxiques, notamment d’oxydes d’azote (NOx) et de dioxines mais aussi de SO2 (dioxyde de soufre), COV (composés organiques volatils), acides, métaux, radionucléides, furanes, hydrocarbures aromatiques polycycliques…

Pour ce qui est des NOx, selon Areva NC, l’installation TDN fait appel « à un système de traitement des NOx par un catalyseur à l’ammoniaque (DeNOx catalytique), procédé largement répandu et référencé parmi les meilleures technologies disponibles (MTD). La concentration en sortie de cheminée sera comprise entre 250 et 500 mg/Nm³, donc inférieure aux seuils réglementaires (500 mg/Nm³ ), et la valeur de 400 mg/Nm³ a été retenue pour l’étude des impacts potentiels dans le dossier soumis à enquête publique.« 

Rubresus souligne que la norme de rejet des incinérateurs donne la limite de 200 à 350 mg/m³, bien moins que la prévision pour TDN. L’association note aussi que le rejet d’un m³ de NOx équivaut à l’émission d’un véhicule diesel parcourant un kilomètre ; TDN rejetterait donc, à raison de 12 000 m³/heure, l’équivalent de la pollution émise chaque jour par 48 000 véhicules diesel effectuant chacun 6 km, ou l’équivalent d’un tronçon du périphérique parisien.

. Émission de dioxines ?

Selon Areva NC, TDN n’émettra pas de dioxines parce-qu’elles seront piégées par de l’argile et/ou des charbons activés. Selon Rubresus, « le charbon utilisé pour brûler le nitrate à 850°C est totalement transformé en composés gazeux (CO2, H2, CO) et ne donne pas du charbon actif. Les chlorures sont présents dans les gaz de combustion et le gaz rejeté (50 mg/m³). Cette concentration en chlore est très largement suffisante pour la formation des dioxines en postcombustion. Donc l’argile ne supprime pas la formation de dioxines. Les dioxines sont stables à ces températures et ne sont pas dégradées.« 

Pour Areva NC, « Les dioxines et furanes sont générés à haute température par la combustion ou l’incinération en milieu oxydant de produits chlorés. Or le procédé THOR n’est pas une combustion oxydante ou une incinération classique, mais un traitement thermique en milieu réducteur, faisant appel à la réaction de reformage à la vapeur (dite réaction du gaz à l’eau) qui génère de l’hydrogène naissant (d’où le milieu très réducteur), non susceptible de conduire à la formation de ces composés chimiques. »

« L’absence effective de dioxines ou furanes a été vérifiée dans les gaz rejetés lors des essais pilotes réalisés entre 2008 et 2012. Ces résultats, confirmés par le retour d’expérience du bailleur de procédé Studsvik, s’expliquent également par le fait que les éléments chlorés (et les métaux) sont intégrés à la matrice minérale formée à haute température (par réaction de l’argile ajoutée avec les composés du calcium).« 

Pour Rubresus, « l’argile fixe une partie des chlorures des effluents mais pas en totalité. Pour preuve, les gaz en sortie cheminée contiennent 50 mg de chlorure d’hydrogène/m³. Les gaz contiennent donc des vapeurs chlorées susceptibles de réagir avec les produits de combustion du charbon pour former des dioxines. Ces taux de chlore sont suffisamment élevés pour la formation des dioxines à des teneurs de l’ordre d’une fraction de nanogramme/m³. »

« Les dioxines se forment en aval du foyer lors du traitement des fumées par réaction des produits de combustion (hydrocarbures aromatiques, …) et cendres carbonées (Ineris). »

« L’EPA (agence américaine de protection de l’environnement) précise dans son rapport AP-42 les taux d’émissions en dioxines et furanes par combustion de charbon bitumineux. »

« Le charbon bitumineux est totalement consumé par le traitement TDN et Areva NC ne mentionne pas de résidus de charbon parmi les déchets. Les dioxines se forment en post-combustion. Elles ne peuvent être piégées par le charbon dans le four DMR (denitration mineralizating reformer, ou four à charbon), première étape du traitement TDN, charbon qui de toute façon est brûlé. »

« Parmi les méthodes de traitement des dioxines, il y a l’adsorption par charbon actif qui s’effectue sur les gaz avant rejet atmosphérique avec des colonnes remplies de charbon actif. Le traitement TDN n’a pas ce type de traitement de dioxines, alors que des incinérateurs en sont équipés. »

L'emplacement des futures installations TDN, au nord-ouest du site.

L’emplacement des futures installations TDN, au nord-ouest du site.

. Pire que l’incinérateur de Lunel-Viel ?

Rubresus a réalisé une comparaison des émissions atmosphériques de TDN, « qui traitera 20 000 m3 d’effluents nitratés dans un four en brûlant 5 700 t de charbon« , à celles de l’incinérateur de Lunel-Viel, au nord de Montpellier, traitant 120 000 t d’ordures ménagères provenant de plus de 200 000 habitants.

Il en ressort, dit Rubresus, que « les rejets atmosphériques de l’installation TDN seront quantitativement supérieurs en flux et en concentration«  à ceux de l’incinérateur de Lunel-Viel : en effet, « les quantités annuelles d’oxydes d’azote et de dioxyde de soufre rejetées par l’installation TDN seront supérieures à celles de l’incinérateur, respectivement de 33 % et 470 % ; les rejets d’acide fluorhydrique et poussières seront également 4,7 et 7,7 fois plus élevés pour l’installation TDN. » Quant aux concentrations en éléments polluants, celles des rejets TDN « seront de 5 à 10 fois supérieures à celles de l’incinérateur, par exemple 500 mg NOx/m³ gaz pour TDN contre moins de 71 mg/m³ pour l’incinérateur.« 

L’usine TDN produirait donc des rejets bien plus importants et bien plus polluants que ceux de l’incinérateur de Lunel-Viel qui traite les ordures ménagères de plus de 200 000 habitants « et dont les impacts sanitaires font l’objet des plus grandes craintes«  : dans la région de Lunel, le rapport du Registre des tumeurs de l’Hérault rendu en octobre 2016 constate une sur-incidence de cancers dans la population de la commune de Lansargues, qui se situe dans le vent de l’incinérateur.

« C’est comme si l’on installait à la place de TDN un incinérateur traitant les ordures ménagères du département de l’Aude« , conclut Rubresus.

. Rejets d’éléments radioactifs ?

On peut aussi se poser la question de l’éventuel rejet, dans les fumées d’une part, dans les déchets solides d’autre part, d’éléments radioactifs puisque les effluents des bassins d’évaporation en contiennent.

Areva NC dit à ce sujet : « Les éléments radioactifs présents dans les boues des bassins de décantation n’entrent pas dans le procédé THOR. Les seuls radionucléides présents dans les effluents liquides qui sont traités par le procédé THOR sont le radium, des traces d’uranium et le technétium. Ces radionucléides sont piégés dans le déchet solide qui sort du four TDN et sont envoyés dans la filière de stockage ultime de déchets très faiblement actifs (TFA) gérée par l’Andra. Une des raisons du choix du procédé THOR est son retour d’expérience sur la rétention des traces de radionucléides dont le technétium dans la matrice solide d’alumino-silicates générée par le procédé.« 

. Une consommation importante de ressources naturelles :

Rubresus et Eccla mettent en évidence le haut niveau de consommation annuelle, par le projet TDN, de ressources naturelles : 80 000 m³ d’eau (la consommation d’une commune de 1 500 habitants), 5 700 t de charbon, 2 000 t de gaz naturel, 10 000 Mwh d’électricité… Et par ailleurs l’émission de gaz à effet de serre qui aggraverait de 40 % l’empreinte environnementale de Malvési.

L'entrée d'Areva NC Malvési.

L’entrée d’Areva NC Malvési.

Chercher d’autres solutions ?

Autant de raisons, selon Rubresus, pour rechercher un procédé de traitement plus respectueux de l’environnement. Eccla, pour sa part, a donné un avis favorable au projet, mettant en avant l’intérêt de commencer à réduire les déchets, mais conteste aussi le procédé choisi, en raison de sa forte consommation de ressources et de l’importance des rejets et demande également que soient étudiées d’autres méthodes.

Dans le dossier d’enquête publique, Areva NC signale que « de nombreuses voies de traitement ont été examinées, soit sous forme de recherche bibliographique, soit sur la base d’essais. Parmi les diverses voies examinées on peut citer :« 

« La destruction thermique par atomisation du type isoflash (dénitration thermique) mais ce procédé s’est révélé difficilement applicable compte tenu de la présence de nitrates d’ammonium et de sodium ; »

« Un procédé d’électrolyse à membrane conduisant à une récupération d’acide nitrique. Ce procédé a été abandonné à cause de la présence de calcium et de l’impossibilité de recycler l’acide (présence de Tc) ; »

« Un procédé de traitement biologique dont les performances étaient limitées par la présence de calcium et des concentrations élevées en nitrates ; »

« Un procédé de cimentation (mélange des effluents avec un liant) mais qui conduisait à des volumes très importants de résidus solidifiés ; » (6)

« L’extraction liquide-liquide qui conduisait à l’obtention d’un résidu solide en grande quantité et d’un rejet liquide et posait le problème de l’acceptabilité de ce rejet au milieu environnant ; »

« La valorisation des solutions en tant qu’engrais mais nécessitant d’extraire le technétium et abandonnée compte tenu de l’impossibilité légale et du risque médiatique.« 

Le procédé THOR de reformage à la vapeur, poursuit Areva NC, « présentait par rapport aux autres procédés examinés certains avantages : Pas d’effluent liquide de procédé, Quantité de déchet limitée, Déchet solide, peu lixiviable, Peu de production d’oxydes d’azote, Procédé déjà utilisé sur d’autres installations et essais réalisés prometteurs.« 

Pour Rubresus et Eccla, Areva NC ne fournit pas d’analyse réelle des alternatives, ce qui est pourtant exigé dans toute étude d’impact. Eccla demande aussi une tierce expertise et « que le dossier ne soit pas soumis au Coderst sans ces éléments d’information indispensables pour se forger une opinion en toute connaissance de cause.« 

Compte-tenu de l’histoire du nucléaire en France, l’opinion publique n’est pas encline à faire aveuglément confiance à la filière nucléaire et aux pouvoirs publics. Dans ce dossier très technique, l’intervention d’une tierce expertise qui évaluerait le projet de façon neutre permettrait d’y voir plus clair.

Ph.C.

1) Rubresus : association de protection et sauvegarde de l’environnement des Basses Plaines de l’Aude.

2) Eccla : Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral Audois.

3) Criirad : Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité.

4) Les déchets radioactifs TFA (de très faible activité) sont traités par un centre de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), le Cires (Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage), à Morvilliers (Aube).

5) ICPE : Installation classée pour la protection de l’environnement.

6) Notons que les résidus solidifiés résultant de ce traitement sont susceptibles de contenir des éléments radioactifs, ce qui pose le problème du traitement de ces éléments.

* * * * *

En savoir plus : Dossier de l’enquête publique TDN (faire défiler en bas de la page web pour voir les dossiers détaillés).

L’association Rubresus détaille son argumentation sur son site.

Lire aussi, sur ce blog, « Areva Malvési (Narbonne) : que se passe-t-il à l’amont de la filière nucléaire ?« .

Podemos : de la rue aux institutions

« Nous avons décidé d’aller dans les institutions, au risque de se perdre, quelle autre solution avions-nous ? », dit Alberto Arricruz, expliquant la stratégie de Podemos. Ce mouvement a choisi de prolonger la mobilisation des Espagnols dans la rue depuis le 15 mai 2011 par un processus de conquête des institutions. Apparaît alors le risque que Podemos devienne un parti politique comme les autres…

Alberto Arricruz.

Alberto Arricruz.

Lire la suite sur le blog des Ami.es de François de Ravignan

Sigean : une piste cyclable espérée

Se rendre en vélo de Sigean à Port-la-Nouvelle, et vice-versa, est une aventure périlleuse, en raison de la circulation automobile sur la voie rapide qui relie les deux villes. Une piste cyclable existe, mais s’arrête à mi-parcours. Son prolongement serait à l’étude.

Nous évoquions récemment le danger auquel sont exposés les cyclistes, à la suite d’un accident mortel survenu à Narbonne et signalé par l’association VéloCité (voir l’article), qui associe ce danger au manque d’aménagements.

A Sigean, Albert Cormary fait remarquer qu’il y a « une vingtaine d’années, une trentaine de Sigeanais travaillant à Port-la-Nouvelle s’y rendaient en vélo. Aujourd’hui, il n’y en a plus un seul. Ce n’est pas qu’ils soient devenus fainéants mais parce que c’est trop dangereux.« 

Une piste cyclable existe toutefois, de l’entrée de Port-La-Nouvelle vers la cimenterie Lafarge puis elle s’arrête au lieu-dit Col du Maçon, à la limite du Domaine de Frescati (propriété du Conservatoire du Littoral) pour devenir un sentier réservé aux adeptes très avertis du VTT. La partie manquante jusqu’à Sigean, estime Albert Cormary, serait beaucoup plus simple à réaliser, « sans qu’il soit nécessaire d’avoir une vision piste cyclable plaquée or à je ne sais combien de millions d’euros« .

Jérôme Hirigoyen, chargé de mission à la Délégation Languedoc-Roussillon du Conservatoire du Littoral, que nous avons questionné sur la faisabilité d’un tel projet, explique que, « pour des raisons écologiques et paysagères, nous évitons que les terrains du Conservatoire du Littoral soient le support de pistes cyclables bitumées et équipées de signalisation routière. Cependant, l’aménagement d’une piste en terre, praticable avec des vélos de route, peut souvent être étudié à condition que la piste emprunte des chemin déjà existants.« 

Il poursuit : « A Frescati, il faudrait que le maître d’ouvrage intéressé par la réalisation de cet aménagement communique au Conservatoire du Littoral le tracé envisagé, les équipements prévus, etc. Sur la base de la description du projet on pourrait identifier avec le gestionnaire du site (la Commune de Port-la-Nouvelle) si des enjeux écologiques seraient mis en péril, si des notices d’incidences et des autorisations administratives seraient nécessaires, etc.« 

M. Claude Roquelaure, directeur de cabinet du maire de Port-la-Nouvelle, nous précise que la piste existante avait été réalisée il y a deux ans, à l’initiative de la ville de Port-la-Nouvelle, avec l’appui du Grand Narbonne, maître d’ouvrage.

Au Grand Narbonne, on explique que des voies cyclables sont en cours d’aménagement, dans le cadre d’un maillage complet du territoire pour relier le littoral au Canal du Midi. Ce réseau est connecté à la grande voie cyclable EuroVélo 8, qui doit traverser toute la Méditerranée du nord, de Cadix à Chypre. Le tronçon Port-la-Nouvelle/Narbonne est déjà réalisé ; il longe les anciens salins vers Sainte-Lucie et poursuit sur le chemin de halage de la Robine.

Une piste Port-la-Nouvelle/Sigean se situerait en lisière de ce parcours et permettrait d’y accéder toute en permettant également de relier Sigean à Port-la-Nouvelle. La mairie de Sigean déclare que « le prolongement de la piste cyclable est à l’étude ».

Ph.C.

* * * * *

Additif

M. Claude Roquelaure précise (en date du 24/11/2016) : « Effectivement cette piste peut encore être améliorée pour un usage « moins sportif ». Cependant je doute que l’on puisse franchir le Col du Maçon (partie bitumée) avec un vélo classique sauf à marcher quelques instants.

Souhaitons qu’elle soit un jour « adoucie » pour un usage polyvalent mais il y a encore de nombreux points à traiter dans le Grand Narbonne dans ce domaine, alors je crois qu’il faudra patienter un peu. Mais nous gardons cela à l’esprit et le rappellerons au Grand Narbonne de temps à autre… »

* * * * *

A Narbonne, VéloCité, à l’occasion de sa « Vélorution » du 5 novembre, a mis en évidence l’inadaptation de l’aménagement urbain à Narbonne et la présence de points noirs. Elle prépare un « Livre blanc pour les déplacements doux », qu’elle présentera dans quelques mois aux élus, dans l’espoir de voir se mettre en place un plan d’ensemble à long terme d’aménagement.

Voir le site d’EuroVélo 8.

« De l’activisme au municipalisme : l’expérience de Barcelona en Comú »

L’équipe d’Ada Colau à la tête de la municipalité de Barcelone a-t-elle changé la manière de faire de la politique ou est-ce le système qui l’a changée ? Dans son mémoire de Master 2 Affaires publiques/Administration du politique, Laurent Rosello s’efforce de répondre à cette question.

P1050094

Le laps de temps d’un an pour dresser un bilan de la gestion de la nouvelle municipalité de Barcelone s’avère limitant, tant la réalité de la gestion municipale se conçoit sur un temps plus long. Laurent Rosello donne toutefois des tendances intéressantes dans son mémoire de Master 2 Affaires publiques/Administration du politique , « De l’activisme au municipalisme – l’expérience de Barcelona en Comú – « , qu’il a soutenu récemment (UFR 11 de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).

Il rappelle que l’arrivée au pouvoir municipal de l’équipe de Barcelona en Comú se situe dans la lignée notamment des mouvements sociaux de la PAH (lutte contre les expulsions de propriétaires par les banques suite à la crise immobilière) et du 15-M (les Indignés). Et qu’elle représente un réel bouleversement politique, qui a mis fin, au moins provisoirement, à la domination des partis traditionnels. Ce mouvement résulte du choix de changer la politique en s’appuyant largement sur les habitants et leurs besoins concrets, hors de toute attitude politicienne.

L’auteur rappelle aussi les attentes fortes de la population : la nouvelle équipe a été élue sur un programme clair, consistant principalement à changer le modèle économique de la ville de Barcelone pour redistribuer les richesses de manière plus équitable.

Ce mémoire met en évidence l’habileté politique de la nouvelle maire et de l’ensemble de son équipe, en particulier face à la nécessité de gérer la ville avec 11 élus sur 41 et donc de faire alliance avec d’autres mouvements pour conserver la majorité de 21 voix. Cette majorité avait été atteinte, lors de la mise en place de la municipalité, grâce à l’appui d’ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) de la CUP (Candidatura d’Unitat Popular) et du PSC (Parti Socialiste Catalan).

Lors du vote du budget, contenant en particulier un certain nombre de mesures sociales du programme de Barcelona en Comú, ce mouvement a dû négocier avec ses alliés : le PSC a demandé des assurances concernant la couverture d’une des artères de la ville ; ERC a demandé l’élargissement des tarifs réduits pour les transports en commun aux mineurs de 14 à 16 ans ; la CUP avait demandé la prise en compte de mesures sociales et la dissolution de la brigade anti-émeute de la police municipale. Ada Colau a enlevé tout pouvoir à la brigade anti-émeute, sans pour autant la dissoudre, d’où un vote de la CUP s’opposant au budget, qui a donc été rejeté. Ada Colau a alors accepté de dissoudre la brigade anti-émeute et de pousser plus loin le programme de re-municipalisation (en prévoyant la fin de certaines délégations de services publics), ce qui a permis le vote du budget.

Tout en continuant à jouer l’indispensable union Barcelona en Comú-ERC-CUP-PSC, l’équipe d’Ada Colau s’est rapprochée du PSC, semble-t-il sans faire de concessions, faute de pouvoir resserrer davantage les liens avec ERC ou la CUP, qui ont tendance à jouer la surenchère.

Ada Colau et son équipe, en centrant leur politique sur la priorité économique et sociale, gardent leurs distances avec les indépendantistes tout en ayant travaillé à la reconnaissance du droit au référendum sur l’indépendance.

L’autre défi pour la nouvelle équipe était de satisfaire les électeurs. Le bilan d’une année de mandat est loin d’être négligeable : actions pour l’emploi et baisse du chômage (certes, dans une conjoncture favorable) ; récupération de 200 logements de la Sareb (la banque en charge de la liquidation des logements expropriés par les banques), pour les reconvertir en logements sociaux ; arrêt de 653 procédures d’expulsion ; sanction à l’encontre des propriétaires de logements touristiques illégaux (696 logements objets de sanctions) ; mise en place de la re-municipalisation des crèches ; aides sociales accrues…

Toutefois, certaines associations représentatives de la population critiquent la lenteur du système administratif municipal. Elles critiquent aussi la gestion de certains dossiers, comme ceux du comportement de la police municipale, de la grève des transports publics ou encore des « manteros » (les vendeurs ambulants).

L’équipe d’Ada Colau doit donc, d’ici la fin de son mandat, dans trois ans, d’une part maintenir l’équilibre d’une majorité au conseil municipal, d’autre part, réussir à mettre largement en œuvre son programme pour ne pas décevoir les habitants de Barcelone.

Ph.C.

Lire le mémoire : memoire-colau-de-lactivisme-au-municipalisme-1

Lire, sur ce blog : « Barcelona en Comú, une gestion municipale alternative qui s’appuie sur les habitants ».

Et « Barcelone en Commun : demandez le programme ! »

 Sur la stratégie de Podemos, lire : « Podemos : de la rue aux institutions ».

DOMAINE DES 2 ÂNES : la sécheresse, en vigne, c’est relatif

L’année 2016 a été celle d’une sécheresse record, avec de fortes baisses de récolte pour la viticulture en Languedoc-Roussillon. Au Domaine des 2 Ânes, où l’on cultive en biodynamie, le rendement n’a diminué que de 10 % par rapport à une année moyenne. La vigne supporte mieux le stress hydrique avec un bon enracinement, un sol vivant et des cépages adaptés.

Magali Roux : "Lorsque je me suis installée, je cherchais des parcelles avec des cépages locaux, qui résistent bien à la sécheresse".

Magali Roux : « Lorsque je me suis installée, je cherchais des parcelles avec des cépages locaux, qui résistent bien à la sécheresse ».

Les relevés du poste météo Inra-Agroclim (Pech Rouge, Gruissan) montrent que 2016 est, depuis 1990, l’année la moins arrosée et avec la plus forte évapo-transpiration (1). L’année, donc, soumise à la plus grande sécheresse depuis vingt-six ans (source Inra Pech Rouge, Hernán Ojeda). En même temps, l’indice de sécheresse montre un bilan hydrique défavorable tous les ans depuis 2000 à des degrés divers.

Cette manifestation locale du réchauffement climatique conforte les vignerons qui voient dans l’irrigation LA solution à la sécheresse qui pourrait s’accentuer dans les années à venir.

A Peyriac-de-Mer (Aude), Magali Roux (Domaine des 2 Ânes) voit les choses différemment. Pour ces vendanges 2016, le domaine a rentré une récolte inférieure de 10 % à la normale, là où des vignerons voisins ont enregistré des coups de ciseau de l’ordre de 40 %. Le rendement moyen du domaine, situé intégralement en appellation Corbières, est cette année de 37 hl/ha, sa moyenne variant selon les années de 35 à 45 hl/ha (en AOP Corbières, le rendement maximum autorisé est de 50 hl/ha).

Le terroir des 2 Ânes est argilo-calcaire avec deux types de parcelles. Celles autour de la cave ont un sol moins profond ; par contre, celles à la périphérie ont de l’eau en profondeur comme l’indique le nom du tènement (Les Fontanilles). Celles-ci ont fait, cette année, un bon rendement.

Magali Roux met l’accent sur l’enracinement de la vigne : « En viticulture biologique, on favorise un enracinement profond soit par le labour soit par l’enherbement. La charrue coupe les radicelles que la vigne produit tout le temps ; ainsi on amène la racine principale à plonger dans le sol. Avec l’enherbement c’est pareil ; l’herbe concurrence la vigne, alors ses racines plongent. Quand on laisse l’herbe, on la tond pour éviter trop de concurrence. »

« Ici on a tout essayé, ce qui marche le mieux c’est de labourer l’inter-rang intégralement deux à quatre fois par an, de mars au début de l’été ; sur le rang, on passe l’inter-ceps une fois sur deux ou sur trois ; et on finit à la pioche. En hiver, on laisse l’herbe pour réduire le tassement des sols et permettre plus de vie dans les sols. »

La vie des sols est en effet un autre élément important vis-à-vis de la résistance à la sécheresse. En bio, pas de désherbage chimique (qui stérilise le sol). Au Domaine des 2 Ânes, pour éviter le tassement des sols la mécanisation est réduite aux labours et aux traitements ; les vendanges sont manuelles. « L’idéal ce serait le cheval, mais il faudrait vendre la bouteille de 20 à 40 € ; il faut trouver un compromis. »

Autre moyen de favoriser la vie des sols, l’épandage une fois par an de compost végétal ou de fumier de brebis : « mieux vaut un petit apport chaque année, sans trop, pour éviter un excès de vigueur de la vigne. » Des sols plus riches en matière organique sont plus vivants, la terre plus souple, ils gardent mieux l’humidité. Toute cela favorise l’équilibre de la plante.

Une parcelle de Grenache.

Une parcelle de Grenache.

Quant aux cépages, ils sont un élément primordial face à la sécheresse. En s’installant à Peyriac-de-Mer, Magali Roux a veillé à acquérir des parcelles avec des cépages locaux, qui résistent bien à la sécheresse. Les replantations ont aussi été faites majoritairement avec des cépages autochtones. Il y a d’abord beaucoup de Carignan : « Cette année, ça a été magique. Le Carignan donne toujours, qu’il fasse sec, pas sec, chaud, froid, du vent ; c’est le plus adapté. »

Il y a du Grenache, « qui résiste bien à la sécheresse mais coule facilement ; et il est sensible au mildiou (ça n’est pas important car nous avons de bonnes armes contre le mildiou)« , du Mourvèdre et du Cinsault, également résistants à la sécheresse.

Et de la Syrah, seul cépage non autochtone sur le domaine : « A Fontanilles elle a été magnifique, nous l’avons plantée sur une exposition nord et sur des sols profonds, ce qui lui va bien ; devant la maison (avec un sol moins profond) elle a été jolie mais avec de petits grains ; c’est une vigne jeune, aux racines pas très profondes et qui auparavant a été cultivée en chimique, elle a un peu de mal à s’implanter. Les jeunes vignes, des années comme ça elles souffrent de toutes façons.«  Au 12 octobre, on trouvait toutefois peu de feuilles sèches même dans cette parcelle.

Magali Roux considère « qu’avec les cépages locaux il n’est pas nécessaire d’irriguer. C’est un raisonnement que n’ont pas beaucoup de vignerons qui sont là depuis longtemps. La vigne est une plante qui pousse dans le sec, sauf si elle est mal implantée ou que l’on veut produire 80 à 150 hl/ha. On a planté des Merlot, des Chardonnay, qui n’ont rien à voir avec la région et qui rencontrent des problèmes. Ce faisant, on fait un choix purement économique » (sans tenir compte de la plante et du terroir).

La parcelle de Syrah "la moins belle", près de la cave.

La parcelle de Syrah « la moins belle », près de la cave (photo prise le 12/10/2016).

Mais la qualité des vins ? « Le Carignan n’est pas trop classé comme cépage qualitatif parce qu’il est aussi capable de produire beaucoup. Taillé long, avec des engrais, il donne de hauts rendements, il a du mal à atteindre une bonne maturité et cela donne des vins rustiques, pas intéressants. Il est aussi, souvent, ramassé trop tôt alors qu’il faut attendre la maturité phénolique (de la peau et des pépins), pas que le taux de sucre ; pour cela, pas besoin d’analyse, il faut goûter, si c’est bon à manger cela fera du bon vin. A 50 hl/ha, avec un Carignan sain, on atteint sans problème la bonne maturité. La pluie ne le fait pas pourrir, sauf si le raisin est déjà abîmé, par le ver de la grappe par exemple, ou s’il est trop entassé parce qu’il y a trop de charge. »

« N’importe quel cépage, si on produit trop, ne donne pas de bons vins. On dit que les vieilles vignes de Carignan font de bons vins, mais les jeunes aussi, elles peuvent faire de très bons vins de fruit si on maîtrise le rendement. »

« Ce qui vaut pour la sécheresse vaut aussi les années où il pleut beaucoup : l’important, c’est l’équilibre en général, les pratiques qui permettent à la vigne de compenser, de se réguler d’elle-même. Nous, nous ne faisons pas plus 15 % quand il pleut beaucoup, la production est plus régulière. »

Et puis il y a la biodynamie. « Les préparations biodynamiques aident à tout ça. Elles favorisent la vie des sols, elles boostent la vie micro-bactérienne, favorisent une meilleure décomposition. En bio, les sols sont souples, en biodynamie ils sont souples et plus aérés. Il n’y a pas de gros changements, c’est une addition de petites choses. »

p1050405

Une partie du travail se fait en fonction des cycles de la lune (mieux vaut tailler en lune descendante, par exemple). « Pour le travail de cave, c’est plus facile parce qu’on peut plus facilement le programmer. Pour la vigne, ce n’est pas à 100 % pour des raisons pratiques. »

Le résultat « se voit sur la plante : le but c’est qu’elle se défende mieux. En bio, il y a beaucoup de traitements, mais avec la biodynamie on arrive à sous-doser, de moitié à trois quarts de dose selon la pression. Et les traitements de fond favorisent la bonne santé de la plante et des sols, la plante se défend mieux, c’est comme nous, si on mange équilibré on a moins de maladies. »

1) L’évapo-transpiration est la quantité d’eau qui s’en va vers l’atmosphère par évaporation au niveau du sol et par la transpiration des plantes, sous l’effet de la température élevée.

* * * * *

Les ânes participent au pré-taillage

Magali Roux s’est d’abord installée en viticulture en Beaujolais, d’où elle est originaire, avant de venir dans le Midi en 2000. Elle s’occupe surtout de la cave et de la commercialisation ; son compagnon, Dominique Terrier, de la vigne et « un peu de tout ». Il y a aussi un salarié pour la vigne.

Le Domaine des 2 Ânes compte 21 ha. Le vin est vendu tout en bouteilles, à l’export, pour environ la moitié, et chez des cavistes, un peu au caveau.

Les ânes qui ont donné leur nom au domaine sont là avant tout pour le plaisir. Ils participent aux travaux en pré-taillant une partie des vignes, de décembre à mars : l’âne aime bien tout ce qui est ligneux, dont les sarments ; il mange le bout, sans aller trop loin, ce qui convient parfaitement.

Voir le site du domaine.

Les deux ânes, qui en ce moment sont trois, participent au pré-taillage en mangeant le bout des sarments.

Les deux ânes, qui en ce moment sont trois, participent au pré-taillage en mangeant le bout des sarments.

* * * * *

Réchauffement climatique : des réponses diverses

Les effets avérés du réchauffement climatique renforcent le discours du monde agricole, viticole en particulier, qui, dans notre région, réclame davantage de moyens en irrigation, qui sont pour lui la solution pour maintenir des rendements économiquement viables et pour assurer la qualité du raisin. Les études ont en effet montré qu’un apport d’eau minimal en été, par la pluie et, à défaut, par l’irrigation, permet au raisin d’atteindre la maturité sans encombre, en évitant un stress hydrique excessif. Autrefois considéré comme un gage de qualité, le stress hydrique, s’il atteint des sommets, peut en effet bloquer la maturation et nuire à l’équilibre des vins et à leur expression aromatique.

Si il y a quelques années, la profession viticole mettait surtout en avant les aspects qualitatifs du manque d’eau, elle ne craint plus aujourd’hui de souligner aussi l’aspect quantitatif. Une baisse excessive de rendement, en diminuant la récolte, peut en effet amener les recettes en dessous des coûts d’exploitation.

On a, en Languedoc, la mémoire des années de surproduction et on sait qu’un choix économique de l’irrigation poussé à l’extrême pourrait amener le retour à de forts rendements, défavorables à la qualité mais aussi à l’équilibre des marchés.

La recherche de solutions moins mécanistes (cépages résistants à la sécheresse, bon enracinement, vie des sols…) est une autre voie, même si elle ne répond pas entièrement à toutes les situations. Elle offre aussi l’avantage de limiter les lourds investissements dans les retenues et les réseaux d’irrigation et de préserver la ressource en eau.

Ph.C.

* * * * *

Louis Fabre : le sol y fait beaucoup

Pour le vigneron du Château de Luc (Luc-sur-Orbieu), qui cultive en agriculture biologique, l’enracinement de la vigne est un facteur important de résistance à la sécheresse. Il en souligne toutefois certaines limites.

« Les jeunes vignes, même de Carignan, craignent la sécheresse ». Et, y compris pour les vignes plus âgées, « il y a des sols plus exposés à la sécheresse : les sols superficiels et ceux où les racines ne descendent pas parce que dessous il y a du rocher, de l’eau ou encore, comme c’est le cas sur certaines de mes parcelles, du gravier. L’Inao (2) dira que ces zones ne sont pas des terres à vigne, mais tu y fais du très bon vin si tu peux apporter un petit peu d’eau du 14 juillet au 15 août. »

L’irrigation au goutte-à-goutte, poursuit-il, favorise la formation d’un bulbe là où l’eau sort, au détriment d’un enracinement profond. Pour éviter cela, dans les parcelles équipées de goutte-à-goutte, il pratique un apport d’eau non pas continu mais espacé, équivalent à de petites pluies ; là, l’enracinement est meilleur.

Les cépages sont plus ou moins résistants à la sécheresse, « mais le clone joue aussi ». « Et le vent a son importance : les vignes plantées dans le sens du vent sèchent plus que celles plantées en travers du vent. »

« Les pratiques culturales accompagnent la résistance à la sécheresse, mais le sol y fait beaucoup », conclut Louis Fabre.

2) Institut national de l’origine et de la qualité.

Voir le site de la Famille Fabre.

Conseils citoyens politique de la ville : nouveau départ ?

Ayant pris acte de la diminution du nombre de participants des Forums citoyens de Narbonne (conseils citoyens politique de la ville), les pouvoirs publics ont décidé de les relancer. Ils organisaient, ce 19 octobre à la Médiathèque, une réunion d’information destinée à faire appel aux personnes intéressées, en présence de représentants du Grand Narbonne, de la Ville et de la Sous-préfecture.

Rappelons qu’au départ les Forums citoyens ont été constitués par tirage au sort des habitants sur listes électorales et par tirage au sort des associations ou acteurs locaux (commerçants par exemple) candidats. Désormais, toute personne intéressée pourra faire partie des Forums. C’était une revendication du milieu associatif notamment.

Les personnes souhaitant participer aux Forums citoyens sont donc invitées à une réunion de présentation le jeudi 3 novembre à 17 h 30 dans les locaux d’In’ess, 30, Av. Pompidor.

On peut voir, sur le SIG de la politique de la ville, le périmètre des quartiers politique de la ville. Il semble toutefois que les personnes n’habitant pas dans un quartier politique de la ville ne seront pas mises dehors ; peut-être n’auront-elle pas le droit de vote lors des décisions de ces Forums (puisque leur objet est de donner un avis sur la « politique de la ville »).

Même si certains d’entre eux ont été plus ou moins en sommeil, les Forums ont travaillé. Ils ont notamment émis des propositions pour le Contrat de Ville de Narbonne. Leurs membres reconnaissent que c’est un travail de longue haleine mais avec déjà des résultats. C’est aussi le cas à Lézignan-Corbières, signale Irène Poutier, déléguée du préfet pour la politique de la ville : « Il y a un travail intéressant, discret mais très concret. Là comme ailleurs, rien n’est parfait mais il faut bien que l’on parte de quelque part. »

« Les initiatives des habitants sont nombreuses à Narbonne, comme les Tables de quartier, le projet Futur Narbona, le travail des associations, tous les gens qui se mobilisent, il faut trouver moyen de les mettre en synergie », dit Christian Rieussec. « Les conseils (forums) citoyens peuvent aussi être le relais de tout cela, de tous les habitants », ajoute Marie Rennes. Alex Bullich rappelle que les conseils citoyens politique de la ville ont été mis en place à la demande des gens des quartiers : « Même si ça ne marche pas partout, il y a des quartiers et des villes où ça marche. Il faut se retrousser les manches. »

L’ouverture des Forums citoyens semble réelle. Ceux qui jusqu’ici s’en sentaient exclus ont, semble-t-il, une opportunité de les rejoindre et de les faire leurs, avec ceux qui sont là depuis le début.

Ph.C.

En savoir plus sur les conseils citoyens politique de la ville :

. Conseils citoyens, mise en place laborieuse.

. Pas sans nous : faire de ce slogan une réalité.

Piétons et cyclistes à Narbonne : un accident mortel qui illustre l’absence d’aménagements

Communiqué de l’association Vélocité Narbonne (28 septembre 2016 ) :

velocite

« Chaque année, de très nombreux piétons et cyclistes sont blessés ou tués à Narbonne.

À chaque fois on entend des commentaires «quelle malchance !», «comment est-ce possible ?» ou «incompréhensible…», comme dans l’article de L’Indépendant du jour.

Les responsabilités sont pourtant claires :

D’abord, c’est la circulation automobile, et souvent le non-respect des règles du code de la route (vitesse excessive, non-respect des passages piétons etc…) qui est la principale responsable de ces blessés et de ces morts.

Ensuite, c’est l’absence, depuis des décennies, d’une politique d’aménagement pour les piétons et les cyclistes, situation qui oblige les piétons et les cyclistes à se battre au quotidien pour faire respecter leurs droits.

Des quartiers résidentiels, des centres commerciaux, des zones artisanales ont été construits sans que jamais la circulation des piétons et des cyclistes n’ait été prévue ni même envisagée.

Trop c’est trop !

Comment continuer à fermer les yeux devant le mépris ressenti au quotidien par les habitants des Hauts de Narbonne, de Rochegrise, de Baliste ou de Razimbaud qui ne peuvent accéder au centre ville à vélo par des voies réservées.

Pourquoi doit-on mettre sa vie en péril pour aller acheter à vélo un clou ou un marteau au centre commercial, alors qu’il n’y a même plus de quincaillerie en centre ville ?

Combien d’enfants et de jeunes pourraient utiliser le vélo pour se rendre à l’école, au collège, au lycée si ils pouvaient faire ces trajets en sécurité.

Narbonne a un retard considérable dans l’aménagement de pistes cyclables séparées sur les grands axes, dans l’apaisement de la circulation en centre ville, dans le respect des trottoirs et passages piétons.

L’association Vélocité Narbonne propose depuis deux ans une autre politique.

Notre association prépare un livre blanc pour les déplacements doux.

Les solutions existent, qui permettraient un développement considérable de l’utilisation du vélo au quotidien, en toute sécurité. Plus de vélos, ce serait aussi un moyen de résoudre les problèmes de circulation dans notre ville.

Seule la volonté des élus de Narbonne et du Grand Narbonne fait défaut pour l’instant.

Nous ne pouvons continuer à nous taire.

Ces accidents ne sont pas la faute à pas de chance.

Que ce nouvel accident soit enfin le départ d’une prise de conscience : la ville et ses voies de circulation doivent être partagées par tous les usagers.

Agissons tous ensemble et vite… « 

Martin Guillemot

Président de Vélocité Narbonne

le blog: velocitenarbonne.wordpress.com

Facebook : www.facebook.com/velocitenarbonne

Mail : velocitenarbonne@gmail.com