« Barcelone en commun » : demandez le programme !

Capture Site Ada ColauIssue de la plate-forme citoyenne « Guanyem » (Gagnons), la liste Barcelona en Comú (Barcelone en Commun), menée par Ada Colau, était arrivée en tête des élections municipales à Barcelone le 24 mai, avec 11 sièges (sur 41) et 25 % des voix.

Samedi 13 juin, Ada Colau a été investie maire de Barcelone, pour un mandat de quatre ans, par 21 voix sur 41, avec l’appui du PSC (Parti Socialiste Catalan), d’ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) et de la Cup (Candidatura d’Unitat Popular).

Il nous a semblé intéressant de rappeler le programme sur lequel la liste d’Ada Colau a été élue. D’abord par l’originalité de ce programme municipal mais aussi pour prendre date. Il sera en effet intéressant, dans quelques mois ou un an par exemple, de faire le point sur sa mise en pratique.

Ce programme a été élaboré au deuxième trimestre 2014 par des milliers de citoyens dans une grande démarche de démocratie participative. Il ne s’agit pas, insistent ses auteurs, « de promesses électoralistes mais d’un engagement ferme qui guidera notre action à la mairie. »

Ce programme comprend en fait deux niveaux, le programme d’action municipale et les programmes d’action pour chacun des dix districts (arrondissements) de Barcelone.

Au cours de la première année de mandat seront élaborés un Plan de gestion municipale et des Plans de gestion de district, qui seront soumis au vote des assemblées respectives (Conseil municipal et Conseils de district).

Barcelona en Comú s’est engagée à mettre en action, dans les premiers mois du mandat, un « Plan de Choc » qui comprend un certain nombre de mesures (« parmi lesquelles beaucoup n’ont pas de coût financier » et ne demandent que « du courage politique et du sens commun »). Ce plan sera complété en interaction avec les citoyens.

Barcelona en Comú entend donner la priorité à l’intégration et à la cohésion, « afin de faire de Barcelone un exemple pour les autres villes du monde ». Cela pour prendre le contre-pied de la politique de ses prédécesseurs de Convergència i Unió (CiU), qui, selon Barcelona en Comú, « favorisait la marchandisation en faveur d’intérêts privés n’ayant rien à voir avec le bien commun ».

Le Plan de Choc comporte quatre axes d’action :

– Créer des emplois dignes, en diversifiant le modèle productif ;

– Garantir les droits sociaux de base ;

– Revenir sur des privatisations et les projets contraires au bien commun ;

– Auditer l’institution et mettre fin aux privilèges.

Mais plus précisément, comment y parvenir ? Voyons cela dans le détail :

Créer des emplois dignes…

Cela d’abord à partir d’un programme de formation et de création indirecte d’emplois durables dans : la réhabilitation énergétique du logement ; la prévention et la gestion durable des déchets ; soutien au tissu commercial de proximité ; aide aux personnes, en particulier les enfants, les personnes âgées et les personnes dépendantes ; appui à l’économie coopérative.

Puis en veillant à garantir les droits de base des travailleurs municipaux et ceux des organismes travaillant avec la municipalité.

Garantir les droits sociaux de base

Le droit au logement : face aux expulsions de locataires (en moyenne 15 par jour à Barcelone, 80 % pour cause d’impayés des loyers), la municipalité entend mettre tout son poids pour éviter ces expulsions et favoriser le relogement. Cela passera par la négociation avec les institutions financières qui pratiquent des expulsions et/ou disposent de logements vacants ; par l’appui aux travailleurs sociaux dans la mise en place des aides aux familles menacées d’expulsion ; l’incitation à la cession de logements vacants à la municipalité pour élargir le parc de logements sociaux ; l’étude d’un droit de préemption qui permettrait à la municipalité de se porter acquéreur d’immeubles en dessous du prix du marché.

Le droit à l’alimentation : du fait de la « crise », un enfant sur cinq, à Barcelone, est menacé de pauvreté. En 2013, on a évalué à 2 800 le nombre d’enfants en situation de malnutrition. En 2014-2015, 4 639 demandes de bourse pour la cantine ont été rejetées du fait des barèmes établis par la précédente municipalité.

Barcelona en Comú s’engage à garantir le droit à l’alimentation à tous les enfants se situant en dessous du seuil de pauvreté. Cela par divers moyens (révision des barèmes de bourses de cantine, renforcement des services de cantine, renforcement des réseaux de distribution d’aliments).

Le droit aux fournitures de base : on estime que 10 % des foyers de Barcelone se trouvent dans la précarité énergétique et ne peuvent faire face aux factures d’électricité, d’eau, de gaz. Barcelona en Comú envisage de réaliser un audit des compagnies distributrices d’énergie, d’évaluer l’origine et la destination de leurs bénéfices et de négocier avec elles pour les amener à contribuer à l’accès de tous aux fournitures de base.

Elle se battra par ailleurs pour des tarifs de l’eau plus justes et étudiera le passage de la gestion de l’eau en régie publique.

Elle envisage d’imposer aux entreprises de distribution de l’électricité des taxes pour occupation de l’espace public et étudiera des projets pilote de distribution d’énergies renouvelables.

Elle créera un fonds spécifique d’urgence (5 millions d’euros) pour lutter contre la pauvreté énergétique.

Capture Site Barcelona en ComuLe droit à la santé : que tous puissent accéder aux soins et à la carte de santé (qui conditionne l’accès aux soins et à leur remboursement partiel), ainsi qu’aux soins d’urgence ; mettre en place un accompagnement des personnes les plus vulnérables.

La municipalité fera par ailleurs pression sur la Generalitat (l’assemblée et le gouvernement de la région autonome de Catalogne) pour que soit remise en question la politique de privatisations et de réductions de droits dans le domaine de la santé.

Le droit à la mobilité : pour lutter contre la pollution, il s’agit de faire en sorte que le transport public soit « plus économique et plus efficace » que l’usage des véhicules privés. La ville de Barcelone, qui souhaite infléchir la politique tarifaire, devra travailler avec le Generalitat, qui est majoritaire dans l’Autorité de Transport Métropolitain.

Le droit à un revenu municipal complémentaire : en 2014, 5 000 Barcelonais ont été exclus du Revenu minimum d’insertion ; Barcelona en Comú envisage de supprimer la pension de 100 € par mois dont bénéficient les moins de 16 ans en situation de vulnérabilité, annoncée par la CiU et que la nouvelle équipe qualifie d’assistanat. A sa place celle-ci envisage de créer un Revenu municipal pour toutes les familles en dessous du seuil de pauvreté, pour parvenir, en complément des prestations déjà reçues, à un niveau de 60 % du revenu moyen des Barcelonais, soit environ 600 €.

De plus, la municipalité proposera l’instauration, dans toute la Catalogne, d’un Revenu garanti de citoyenneté.

Revenir sur des privatisations et les projets contraires au bien commun

Il s’agit d’en finir avec l’utilisation des finances publiques, municipales en l’occurrence, dans des projets qui ne sont pas tournés vers l’intérêt public.

Par exemple : moratoire sur l’ouverture d’hôtels et d’appartements à usage touristique, dans l’attente d’un audit ; retrait de la participation dans des projets privés d’affaires ; arrêt ou réexamen de l’extension de grandes zones commerciales ; arrêt ou réexamen des processus de privatisations contraires au bien commun ; remise en cause de concessions discutables.

Faire la transparence et mettre fin aux privilèges

Auditer l’institution municipale et ses comptes, mettre fin aux mauvaises pratiques, générer des institutions moins bureaucratiques et avec davantage d’implication des citoyens.

Quelques projets de mesures concrètes :

. Réduire les indemnités des conseillers, supprimer les véhicules officiels et les indemnités injustifiés.

. Auditer les principaux outils publics de promotion économique et sociale de Barcelone (dont la Foire de Barcelone).

. Réviser les subventions injustifiées (comme les 16 M€ du circuit de Montmeló).

. Revoir et élargir les espaces participatifs qui permettront de mettre en œuvre ce Plan de Choc dans chaque district.

Tous les détails sur le site de Barcelona en Comú (en catalan et en castillan) : Site de Barcelona en Comu

Ou dans le pdf (en catalan) : pla-de-xoc-cat

* * * *

A côté de ce programme à court terme, le programme dessiné par les citoyens avec Barcelona en Comú définit un certain nombre d’objectifs classés de diverses façons et notamment par thématiques : elles sont nombreuses, de l’Action sociale et communautaire à l’Urbanisme en passant par l’Écologie, l’Éducation, l’Immigration, la Fiscalité…

On les retrouvera sur le site (en catalan ou en castillan) : Le programme par thématiques

Voir l’article de Mediapart du 13 juin (les propositions) : Ce que préparent les mairies « indignées » en Espagne.

Et un autre article de Mediapart (l’historique, daté du 06/11/2014) : Guanyem Mediapart article_467277

Lire sur ce blog « Barcelona en Comu : une gestion municipale alternative qui s’appuie sur les habitants » (mai 2016).

Lire aussi sur ce blog un article sur le mémoire de Master 2 de Laurent Rosello : « De l’activisme au municipalimse, l’expérience de Barcelona en Comu ».

Sur la stratégie de Podemos, lire : « Podemos : de la rue aux institutions ».

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