« De l’activisme au municipalisme : l’expérience de Barcelona en Comú »

L’équipe d’Ada Colau à la tête de la municipalité de Barcelone a-t-elle changé la manière de faire de la politique ou est-ce le système qui l’a changée ? Dans son mémoire de Master 2 Affaires publiques/Administration du politique, Laurent Rosello s’efforce de répondre à cette question.

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Le laps de temps d’un an pour dresser un bilan de la gestion de la nouvelle municipalité de Barcelone s’avère limitant, tant la réalité de la gestion municipale se conçoit sur un temps plus long. Laurent Rosello donne toutefois des tendances intéressantes dans son mémoire de Master 2 Affaires publiques/Administration du politique , « De l’activisme au municipalisme – l’expérience de Barcelona en Comú – « , qu’il a soutenu récemment (UFR 11 de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).

Il rappelle que l’arrivée au pouvoir municipal de l’équipe de Barcelona en Comú se situe dans la lignée notamment des mouvements sociaux de la PAH (lutte contre les expulsions de propriétaires par les banques suite à la crise immobilière) et du 15-M (les Indignés). Et qu’elle représente un réel bouleversement politique, qui a mis fin, au moins provisoirement, à la domination des partis traditionnels. Ce mouvement résulte du choix de changer la politique en s’appuyant largement sur les habitants et leurs besoins concrets, hors de toute attitude politicienne.

L’auteur rappelle aussi les attentes fortes de la population : la nouvelle équipe a été élue sur un programme clair, consistant principalement à changer le modèle économique de la ville de Barcelone pour redistribuer les richesses de manière plus équitable.

Ce mémoire met en évidence l’habileté politique de la nouvelle maire et de l’ensemble de son équipe, en particulier face à la nécessité de gérer la ville avec 11 élus sur 41 et donc de faire alliance avec d’autres mouvements pour conserver la majorité de 21 voix. Cette majorité avait été atteinte, lors de la mise en place de la municipalité, grâce à l’appui d’ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) de la CUP (Candidatura d’Unitat Popular) et du PSC (Parti Socialiste Catalan).

Lors du vote du budget, contenant en particulier un certain nombre de mesures sociales du programme de Barcelona en Comú, ce mouvement a dû négocier avec ses alliés : le PSC a demandé des assurances concernant la couverture d’une des artères de la ville ; ERC a demandé l’élargissement des tarifs réduits pour les transports en commun aux mineurs de 14 à 16 ans ; la CUP avait demandé la prise en compte de mesures sociales et la dissolution de la brigade anti-émeute de la police municipale. Ada Colau a enlevé tout pouvoir à la brigade anti-émeute, sans pour autant la dissoudre, d’où un vote de la CUP s’opposant au budget, qui a donc été rejeté. Ada Colau a alors accepté de dissoudre la brigade anti-émeute et de pousser plus loin le programme de re-municipalisation (en prévoyant la fin de certaines délégations de services publics), ce qui a permis le vote du budget.

Tout en continuant à jouer l’indispensable union Barcelona en Comú-ERC-CUP-PSC, l’équipe d’Ada Colau s’est rapprochée du PSC, semble-t-il sans faire de concessions, faute de pouvoir resserrer davantage les liens avec ERC ou la CUP, qui ont tendance à jouer la surenchère.

Ada Colau et son équipe, en centrant leur politique sur la priorité économique et sociale, gardent leurs distances avec les indépendantistes tout en ayant travaillé à la reconnaissance du droit au référendum sur l’indépendance.

L’autre défi pour la nouvelle équipe était de satisfaire les électeurs. Le bilan d’une année de mandat est loin d’être négligeable : actions pour l’emploi et baisse du chômage (certes, dans une conjoncture favorable) ; récupération de 200 logements de la Sareb (la banque en charge de la liquidation des logements expropriés par les banques), pour les reconvertir en logements sociaux ; arrêt de 653 procédures d’expulsion ; sanction à l’encontre des propriétaires de logements touristiques illégaux (696 logements objets de sanctions) ; mise en place de la re-municipalisation des crèches ; aides sociales accrues…

Toutefois, certaines associations représentatives de la population critiquent la lenteur du système administratif municipal. Elles critiquent aussi la gestion de certains dossiers, comme ceux du comportement de la police municipale, de la grève des transports publics ou encore des « manteros » (les vendeurs ambulants).

L’équipe d’Ada Colau doit donc, d’ici la fin de son mandat, dans trois ans, d’une part maintenir l’équilibre d’une majorité au conseil municipal, d’autre part, réussir à mettre largement en œuvre son programme pour ne pas décevoir les habitants de Barcelone.

Ph.C.

Lire le mémoire : memoire-colau-de-lactivisme-au-municipalisme-1

Lire, sur ce blog : « Barcelona en Comú, une gestion municipale alternative qui s’appuie sur les habitants ».

Et « Barcelone en Commun : demandez le programme ! »

 Sur la stratégie de Podemos, lire : « Podemos : de la rue aux institutions ».

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BARCELONA EN COMU ………………………. Une gestion municipale alternative qui s’appuie sur les habitants

Barcelone fêtait, samedi 28 mai, le premier anniversaire de l’élection de l’équipe d’Ada Colau à la tête de la municipalité. Un anniversaire sous forme de bilan et aussi de fête populaire.

Une partie du public de cette fête du premier anniversaire, "365 jours en commun", le 28 mai à Barcelone.

Une partie du public de cette fête du premier anniversaire, « 365 jours en commun », le 28 mai à Barcelone.

Il y a un an, le 24 mai 2015, à l’issue des élections municipales, l’Espagne voyait la victoire de listes de citoyens, en dehors des partis, dans plusieurs grandes villes, et non des moindres : Madrid, Barcelone, Zaragoza, Valencia, Cadix, Santiago de Compostela, A Coruña, Badalona…

A Barcelone, la liste Barcelona en Comú (Barcelone en Commun), menée par Ada Colau, était arrivée en tête avec 11 sièges (sur 41) et 25 % des voix. Ada Colau avait été investie, le 13 juin (par 21 voix sur 41), pour un mandat de quatre ans, avec l’appui du PSC (Parti Socialiste Catalan), d’ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) et de la Cup (Candidatura d’Unitat Popular).

Depuis, les élus se sont mis au travail. Un certain nombre de chantiers sont en marche, conformément au programme élaboré avant les élections par Barcelona en Comú avec des milliers de citoyens dans une démarche de démocratie participative.

« Certains pensaient que nous ne gagnerions pas les élections », a déclaré la maire Ada Colau, samedi 28 mai 2016 ; « puis ils ont pensé que nous ne pourrions pas gouverner. Nous l’avons fait. Aucun parti traditionnel, en minorité comme nous le sommes, ne pourrait gouverner. Si nous y parvenons c’est parce que nous nous appuyons sur les habitants » (en catalan, on dit « la gent » : les gens).

Ada Colau, maire de Barcelone (au centre) et Susana Segovia, membre de la coordination générale de Barcelona en Comu.

Ada Colau, maire de Barcelone (au centre) et Susana Segovia, membre de la coordination générale de Barcelona en Comu.

En effet, à Barcelone, l’équipe municipale entretient régulièrement le dialogue, en public, avec les habitants, sur les multiples sujets liés aux compétences de la municipalité.

La fête de ce samedi 28 mai, au parc de l’Estació del Nord, était un exemple de ce dialogue. Les élus ont d’abord participé à quatre tables rondes, sur l’Economie des biens communs, les Droits sociaux, la Démocratie ouverte et Une ville pour la vie. Ils ont exposé leur action, puis ont répondu aux questions des participants.

Même si, comme partout, une partie relativement modeste de la population participe à ce genre de débat, les Barcelonais peuvent discuter en direct, avec leurs élus, de questions comme la pollution urbaine, les transports publics, le partage de l’espace public entre automobiles, motos, vélos, et piétons ou encore trottinettes, la pression du tourisme, le logement…

Et les élus rendent des comptes, expliquent leur action et débattent des moyens d’avancer. Sans oublier à aucun moment que le programme municipal a été élaboré par les citoyens.

Deuxième phase de la fête, avant le concert, une rencontre plénière avec les habitants. Susana Segovia, membre de la coordination générale (l’instance dirigeante) de Barcelona en Comú, a souligné le fait que l’action municipale « est un combat de tous les jours » et se situe dans un « cycle long » : « Barcelona en Comú est ce qu’elle est parce qu’elle se nourrit du combat des habitants. »

Puis Ada Colau a fait un tour d’horizon d’un certain nombre de dossiers municipaux et répondu aux questions, très concrètes, du public. En voici un condensé :

Pollution, mobilité, circulation urbaine : la municipalité réfléchit à une meilleure répartition de l’espace urbain, notamment en faveur des piétons ; la réduction de la vitesse autorisée est à l’étude ; on cherche aussi les moyens de faciliter l’arrivée des habitants de la périphérie vers Barcelone pour réduire le trafic automobile par une meilleure connexion des transports en commun.

La municipalité, bien que minoritaire dans les instances de gestion du port de Barcelone, a obtenu de celles-ci la définition d’un plan d’action contre la pollution. « Ce n’est pas assez, mais c’est un début », commente Janet Sanz Cid, adjointe au maire chargée de l’Environnement et de l’Urbanisme.

Concernant les transports publics, la mairie, avec l’Aire Métropolitaine de Barcelone et la Generalitat (gouvernement de Catalogne), a mis cette année 18 M€ pour stabiliser les tarifs et réduire les tarifs sociaux. « C’est très coûteux mais nous allons continuer ; nous devons aussi investir », dit Mercedes Vidal Lago, conseillère municipale chargée de la Mobilité.

La municipalité subit la pression des syndicats des transports, qui ont organisé des grèves à plusieurs reprises. « Nous avons discuté et nous avons amené des améliorations aux conditions de travail des employés des transports publics », explique Ada Colau. « Il y eu des avancées, mais il y a aussi des limites budgétaires. »

Tourisme : La pression du tourisme est devenue très forte, à Barcelone, à tel point que le développement des locations entre particuliers vide le centre de ses habitants et fait monter les prix des loyers. La municipalité a décidé de « redonner la priorité aux habitants » ; elle lutte contre les locations illégales.

Crise des réfugiés : Barcelone s’est déclarée « cité refuge » et a triplé les ressources dédiées à l’accueil de réfugiés. La ville est consciente des limites de son action, ce domaine étant avant tout de la compétence de l’État.

Barcelone "cité refuge".

Barcelone « cité refuge ».

Logement : Le programme municipal prévoit, en quatre ans de mandat, 8 000 nouveaux logements sociaux dont 4 000 à construire (moitié par la municipalité, moitié par ses partenaires) et 4 000 à récupérer du parc existant (retour au public de logements privatisés, amendes sur les logements vides, cession à la ville de logements saisis par les banques à l’issue d’expropriations des propriétaires victimes de la crise immobilière…)

Fournisseurs d’eau et d’énergie : La municipalité se bat pour que les compagnies qui fournissent eau, électricité et gaz respectent la loi concernant les droits de base des usagers. Elle regrette que la Generalitat essaie de freiner son action.

Revenu de base : La ville étudie ce sujet, bien qu’il soit en priorité du domaine de la Generalitat.

Vendeurs ambulants : La situation des vendeurs ambulants, très nombreux à Barcelone, pour la plupart dans l’illégalité et souvent sans papiers, divise l’opinion publique. La municipalité, dit Ada Colau, a pris le problème dans sa globalité ; elle reconnaît que ces personnes ont besoin de vivre, en même temps elle est tenue d’appliquer la loi. La ville, par conséquent, intervient pour faire cesser les ventes illégales ; en même temps, elle s’occupe des immigrés sans papiers et mène une politique sociale d’insertion et de formation.

Prostitution : Comme pour les vendeurs ambulants, la municipalité a une approche globale de la question. D’une part elle est à l’origine d’un groupe de coordination entre les différentes institutions et la police pour lutter contre le trafic de personnes ; d’autre part, avec ses services sociaux, elle accompagne les prostitué(e)s.

Clause sociale : Des contrats sont passés entre la ville et les sociétés avec lesquelles elle travaille (fournisseurs, sociétés de transport…) pour qu’elles respectent certaines règles sociales concernant leur personnel. D’autre part, la ville, dans les contrats avec ses fournisseurs, privilégie les petites et moyennes entreprises plutôt que « celles qui s’installent dans les paradis fiscaux ».

A Barcelone, »ciudad desigual » (ville des inégalités), dit Gerardo Pisarello (premier adjoint au maire, chargé du Travail, de l’Économie et de la Planification stratégique), l’action de la municipalité montre que le slogan de Margaret Thatcher, « il n’y a pas d’alternative » (au libéralisme économique), ne tient pas : « Les alternatives se mettent en marche à Barcelone et dans plusieurs villes d’Espagne et d’Europe. »

Maki, représentant de Nuit Debout, salue l'expérience barcelonaise.

Maki, représentant de Nuit Debout, salue l’expérience barcelonaise.

L’exemple de Barcelone, que de nombreux participants à Nuit Debout en France, ne désavoueraient pas, montre ce qui est possible. Il montre aussi que pour y parvenir il y a un grand travail de débat, d’organisation, de sensibilisation de l’opinion publique…

Ph.C.

En savoir plus : Barcelona en Comù / Mairie de Barcelone

Lire aussi sur ce blog « Barcelona en Commun : demandez le programme ! » (juin 2015).

Egalement sur ce blog, un article sur le mémoire de Master 2 de Laurent Rosello : « De l’activisme au municipalisme, l’expérience de Barcelona en Comu ».

Un article récent (02/07/2016) d’Enric Durán dans Gazette Debout, « De la voie institutionnelle à la révolution intégrale », compare la stratégie de prise du pouvoir d’une certaine gauche, à l’instar de Podemos, de Syriza ou des gauches d’Amérique Latine, aux expériences de reconstruction de la société par le bas, celles des Zapatistes, des Kurdes du Rojava ou de la Coopérative Intégrale Catalane. Il classe la démarche des « villes du changement », comme Barcelone, dans le premier lot.

Sur la révolution intégrale, lire sur ce blog : « Révolution intégrale : Plutôt que d’essayer de réformer la société, ils veulent en construire une autre. »

Sur la stratégie de Podemos, lire : « Podemos : de la rue aux institutions ».

Béziers. L’espoir des Roms : devenir des pauvres comme les autres

Leur expulsion est programmée pour le 14 avril. Près de Béziers, sept familles roumaines, 38 personnes en tout, squattent un ensemble de bâtiments, l’espace « Brault ». En l’absence de perspective de relogement, ils attendent, découragés. Pour ces familles, l’expulsion signifierait la fin de cinq années de stabilité relative. Elle remettrait aussi en cause le travail de l’ABCR (1), qui accompagne la scolarisation des enfants.

L'ABCR accompagne depuis longtemps les familles roumaines de l'espace Brault.

L’ABCR accompagne depuis longtemps les familles roumaines de l’espace Brault.

Pensant que la misère serait moins dure chez nous qu’en Roumanie, ces Roumains sont venus en France. Citoyens européens, ils espéraient dans cette nouvelle Europe. Ici, toutefois, rien n’est évident pour eux. Se loger, trouver du travail sont des objectifs très difficiles à réaliser voire inaccessibles.

Il y a plusieurs groupes de Roumains ou de citoyens de l’ex-Yougoslavie, à Béziers. Leur histoire est faite de tentatives d’implantation et d’expulsions, de Mercorent (route de Bédarieux) et de Cantagal (route de Pézenas) vers un site du côté de Servian puis à Bayssan.

Les familles actuellement installées à la maison Brault (route de Narbonne) ont vécu à Bayssan de 2009 à 2013. Puis, en août 2013, le site de Bayssan a été évacué et elles ont atterri « chez » Brault, un ancien domaine désaffecté. Un squat, forcément illégal. Le tribunal a ordonné l’expulsion sous deux mois en avril 2014 ; elle n’a pas été exécutée, puis est arrivée la trêve hivernale, jusqu’au 31 mars 2015. A la fin de celle-ci, la police a informé les Roumains qu’ils devraient quitter les lieux avant le 14 avril.

Le logement, première nécessité

A partir de l’évacuation, où aller ? Trouver un autre squat, au risque de se faire expulser immédiatement ? Lors de l’occupation de locaux, les autorités peuvent intervenir dans les 48 heures ; au-delà, il faut un jugement d’expulsion.

Ces familles avaient des caravanes, à Bayssan : une partie a été détruite lors de l’expulsion ; les autres, vétustes, se sont avérées impossibles à déplacer.

Par ailleurs, les aires pour les gens du voyage sont réservées aux gens, avec caravane, en situation régulière et se déplaçant régulièrement.

En cas d’expulsion d’un squat, le préfet doit accorder trois jours d’hébergement en hôtel. Et après rien.

« Si nous partons d’ici », dit Robert, un père de famille, « où irons-nous ? Et puis les enfants ne pourront plus aller à l’école, où ils connaissent les maîtresses, où ils se sont fait des copains. »

Chez Brault, bien sûr il n’y a pas l’eau, ni l’électricité, mais au moins de quoi s’abriter. L’eau, ils la prennent où ils la trouvent (ce qui pose des problèmes de potabilité) et la charrient avec des bidons.

Pas d'eau. Pas d'électricité. Pas de toilettes. Pas de ramassage des ordures . Béziers 2008 (Photo Geneviève Laffitte).

Ici comme « chez Brault » : Pas d’eau. Pas d’électricité. Pas de toilettes. Pas de ramassage des ordures. Béziers 2009 (Photo Geneviève Laffitte).

L’un des gros problèmes, chez Brault, ce sont les rats. Ils pullulent et récemment deux enfants en bas âge ont été mordus et ont dû être amenés à l’hôpital. Ce qui attire les rats, ce sont les tas de déchets à l’entrée du site : Quand on occupe illégalement un lieu, les maires refusent souvent, et c’est le cas à Béziers, le ramassage des ordures ménagères, au mépris de la santé publique. L’ABCR (Association biterroise contre le racisme), qui accompagne ces familles, a demandé que le ramassage soit effectué ou qu’un container soit mis à disposition pour les ordures et aussi pour les déchets du travail de ferraillage ; en vain. « Quand il faut nous évacuer, ils arrivent à trouver les camions et la pelleteuse… » Impossible, aussi, pour les Roumains d’apporter eux-mêmes les ordures à la déchetterie : ils sont interdits d’entrée.

Voulons-nous vraiment qu’ils s’intègrent ?

Avec le logement, le travail est un élément clef de l’intégration. Maintenant que la réglementation transitoire les concernant est terminée, les Roumains, comme les autres citoyens européens, peuvent venir en France sans visa pour une durée de trois mois. Au-delà, ils doivent justifier de moyens de subsistance suffisants. Ils peuvent aussi être expulsés si l’on estime qu’ils constituent une menace pour l’ordre public.

« Quand un Allemand ou un Britannique se trouve en France et qu’il a moins que le Smic, on ne le renvoie pas dans son pays », dit Hélène Fargier, de l’ABCR. Les Roumains, eux, doivent justifier de leurs revenus.

Des revenus difficiles à trouver. Dans le groupe de chez Brault, toutes les personnes en âge de travailler se sont inscrites à Pôle Emploi. « J’ai parcouru tous les domaines agricoles ; quand on voit que je suis Roumain on ne veut pas me donner du travail », dit Robert. Et pour suivre une formation il faut lire et écrire le français couramment.

Ces Roumains sont originaires du milieu rural et connaissent le travail de la terre ou de la forêt. « Si j’avais un jardin, cela nous suffirait à manger », dit l’un d’eux. Mais impensable de trouver un lopin de terre. « Les gens ont peur de nous. Il y a eu un article dans Midi Libre qui disait que nous mangions les chats… »

Récupération. Le tri reste à faire. Béziers, 2008 (Photo Geneviève Laffitte).

Récupération. Le tri reste à faire. Béziers, 2008 (Photo Geneviève Laffitte).

Il y aurait par contre un domaine où ils pourraient trouver leur place : la ferraille. Les Roumains connaissent bien ce métier. Ils le pratiquent un peu, dans l’illégalité par force : « Je risque la prison et j’en ai marre de la ferraille, mais je n’ai pas le choix », dit Robert. Les déchetteries leur reprochent d’emporter la ferraille illégalement. Pour la revendre aux récupérateurs après avoir séparé les métaux et les avoir triés, il faut avoir un compte en banque (pour éviter le « noir »). Il y a des Marocains, qui viennent acheter la ferraille et l’écoulent par un circuit en Espagne, mais ils paient mal.

(Photo Dominique Le Flem)

(Photo Dominique Le Flem)

Pour pratiquer la ferraille dans les normes, il faudrait avoir un statut d’auto-entrepreneur. Donc justifier d’un certain chiffre d’affaires, ce qui est difficile : certains ont essayé de démarcher les entreprises pour récupérer leur ferraille ; ils n’ont pas réussi à dégager une activité suffisante. Les communes ou les communautés d’agglomération refusent aux Roumains d’emporter la ferraille pour la trier ; ils travaillent avec les grandes sociétés de récupération. Il suffirait pourtant de trouver un accord avec les collectivités locales pour permettre à quelques familles de vivre : « Nous ne sommes pas nombreux, nous n’avons pas besoin de grand-chose. » Un travail régulier permettrait de régulariser leur séjour.

C’est ce qu’a réussi à faire une famille installée dans le centre-ville. Avec cinq ans de présence en France, les enfants scolarisés depuis trois ans, ils ont accédé aux droits sociaux (Allocations familiales, APL, en attendant l’éventuel RSA) et ne sont plus expulsables. Ils ont obtenu un appartement. « Ils deviennent des pauvres comme les autres », dit Hélène Fargier. Une promotion que les Roumains de chez Brault ont du mal à imaginer.

Bientôt l’expulsion… et le retour dans la jungle ?

Si l’expulsion a lieu, dans quelques jours, la scolarisation des enfants risque d’être remise en cause. C’est le cas pour les Roumains de chez Brault ; c’est aussi le cas pour trois familles dans un squat du centre-ville et cinq familles en hôtel social, qui toutes risquent de se retrouver à la rue pour cause de fin de trêve hivernale. Au total, l’ABCR accompagne la scolarisation de 34 enfants. Cette scolarisation n’est possible que lorsque les familles sont stables, avec un logement.

Nabila et Sara ("Chez Brault").

Ana et Sara (« Chez Brault »).

C’est dans la scolarisation que l’ABCR met (mettait?) tous les espoirs : on en est arrivés à la deuxième génération d’enfants scolarisés ; les jeunes mères, qui sont passées par l’école, ne rechignent pas à scolariser leurs propres enfants, ce qui était moins évident pour la génération précédente. Une jeune femme de 20 ans est actuellement en lycée professionnel et espère devenir caissière dans la distribution. Le bout du tunnel… Daniel, 13 ans, en 5e, est lui aussi déterminé à poursuivre sa scolarité.

Pour s’intégrer, il faut du temps. Mais il y a beaucoup d’embûches.

« S’ils sont à la rue, il sera difficile de leur demander d’envoyer les enfants à l’école », dit Hélène Fargier. Face à l’attente de l’évacuation, « les familles sont brisées, assommées. Nous aussi, un peu. Nous ne voyons pas la solution ; aller leur dire notre solidarité, notre rage, ça va bien un peu… Maintenant, va commencer la déshérence. Selon eux c’est moins pire qu’en Roumanie ; ils risquent d’ailleurs d’y être renvoyés, pour ressources insuffisantes. Ils vont peut-être rejoindre des camps plus importants, à Montpellier par exemple, où rien n’a été fait pour les accompagner, là c’est le retour dans la jungle. Ils vont peut-être trouver un endroit à squatter… Qui sait ? »

Ph.C.

1) ABCR : Association Biterroise Contre le Racisme.

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ABCR : 25 ans d’aide aux migrants

L’Association biterroise d’aide contre le racisme est née il y a 25 ans, à partir d’une bande de copains, avec l’objectif de venir en aide aux migrants, sur l’idée notamment de « libre circulation et libre installation ». L’un des éléments déclencheurs a été la grève de la faim de 55 travailleurs turcs du bâtiment, dans l’église de La Devèze, qui avait abouti à la régularisation de 10 d’entre eux.

L’ABCR a structuré sa démarche autour de plusieurs actions : alphabétisation, atelier d’écriture, aide juridique, boîte aux lettres, soutien à la scolarisation.

Nadia Chaumont, bénévole au début, a ensuite été salariée à mi-temps puis à plein temps.

L’alphabétisation s’adressait surtout à des femmes, marocaines en majorité, généralement sans papiers, avec les enfants à la maison et ne cherchant pas à travailler, ne correspondant donc pas aux critères d’admission dans les organismes de formation. Leur but était avant tout de devenir autonomes dans la vie quotidienne. Un financement du Fonds d’action sociale (aujourd’hui disparu) permettait d’avoir un peu de matériel. Les cours étaient assurés par des bénévoles et Nadia assurait la coordination pédagogique et la préparation des supports pédagogiques.

L’Atelier d’écriture, assuré par 35 bénévoles et Nadia, a concerné des personnes de 18 nationalités différentes, avec un financement de la Sécurité sociale. Puis pour continuer à être financés, il fallait que les participants aient un projet professionnel, qu’ils donnent leur nom… Fin de l’atelier.

L’aide juridique (accès aux droits, droits sociaux, santé, dossier retraite…) est assurée, bénévolement, par François Muselet, juriste. Il y avait autrefois des permanences à la CPAM et à la Caf pour les gens qui ne parlent pas français ; aujourd’hui, plus aucun guichet n’assure ce service social.

La préparation du repas (Photo Geneviève Laffitte).

La préparation du repas. Béziers, 2009 (Photo Geneviève Laffitte).

Le service de domiciliation postale est utilisé par environ 250 personnes. Il devrait être assuré par l’Association biterroise entraide solidarité (Abes), qui refuse de le faire sauf pour la santé (dossiers de l’aide médicale d’État). Sans adresse, comment inscrire un enfant à l’école, établir des papiers, une carte grise ou une assurance auto, demander un titre de séjour…

La sous-préfecture a récemment estimé que l’ABCR ne pouvait être agréée par rendre ce service, ce qui va poser problème.

Scolarisation : il a fallu traîner le maire en justice

L’aide à la scolarisation a commencé en 2005 : une maman est venue à l’ABCR, expliquant que la mairie ne voulait pas inscrire son enfant à l’école (après enquête, il s’est avéré que 35 enfants étaient concernés). Motif : elle habitait un cabanon au bord de l’Orb, route de Maraussan, sur un terrain acheté mais non constructible et en zone inondable (le vendeur avait peut-être oublié de préciser ces détails) ; donc la mairie estimait que ces familles n’avaient pas d’adresse valable, « n’étaient pas destinées à rester sur la commune » et qu’il n’y avait pas lieu de scolariser les enfants. Il a fallu, avec la Cimade, aller au tribunal, qui a contraint le maire, Raymond Couderc (UMP), à inscrire les enfants (après appel, il a définitivement perdu en Conseil d’État).

L’inscription des enfants à l’école a été facilitée par la situation d’une classe de l’École des Romarins (La Devèze), menacée de fermeture : il y avait donc de la place pour une partie d’entre eux. Les instituteurs et le directeur de l’école ont joué le jeu, y compris pour du soutien scolaire.

Au début les adhérents de l’association ont transporté bénévolement les enfants sur le trajet domicile-école (20 voitures deux fois par jour pendant un mois et demi). Puis un bus a été obtenu avec l’aide du Conseil général, qui a aussi mis en œuvre l’aide à la cantine.

Administrativement, l’inscription à l’école n’est pas toujours simple : il faut présenter un acte de naissance, un justificatif de domicile, faire faire les vaccins obligatoires… Autant de travail d’accompagnement pour l’ABCR.

L’association s’interroge sur l’avenir. Les baisses de subventions en 2014 (État, Région, Agglo ; de la mairie, pas de problème, il n’y en a jamais eu) ont amené l’ABCR à annuler sa Semaine d’éducation contre le racisme. A l’avenir, elle se demande s’il ne faudra pas supprimer le poste de sa salariée.

Les élections départementales risquent aussi d’avoir des conséquences avec l’élection, dans trois cantons de Béziers, des candidats Front National. L’ABCR a jusqu’ici travaillé en relation étroite avec le Conseil général. Qu’en sera-t-il à l’avenir ?

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Jean-Michel du Plaa : « Petit à petit, nous sommes arrivés à construire quelque chose »

Élu municipal d’opposition (PS) à Béziers, ancien conseiller général battu aux récentes élections départementales, Jean-Michel du Plaa explique comment, avec le Conseil général, il a appuyé l’action, de l’ABCR et d’autres associations, auprès des populations immigrées.

« Le Conseil général », dit-il, « applique la loi, plus précisément le Code d’action sociale, en direction des familles qui ont des enfants de moins de trois ans et qui sont dans le besoin. A ce titre, à Béziers, nous avons mis en place trois actions : »

« La plus importante, l’appui à la scolarisation. Les enfants ont été scolarisés à La Devèze parce qu’il y avait dans ce quartier les trois niveaux : maternelle, primaire, collège, que cela facilitait le regroupement pour le transport, et aussi parce que ce quartier bénéficiait du dispositif Rep +, avec donc des classes adaptées et des enseignants formés. »

« Nous avons mis en place un minibus matin et soir, ce qui a contribué à une meilleure assiduité des enfants à l’école. Ce système a fonctionné cinq ans et il y a aujourd’hui des enfants qui ont atteint la 4e et la 3e. On a remarqué un effet de socialisation des enfants, d’évolution des comportements, avec des progrès considérables. »

« Deuxième action, le suivi médico-social par la Protection Maternelle et Infantile, avec un financement de l’Agence de la Solidarité du Conseil général (vaccinations, suivi des mères enceintes…). »

« La troisième action concernait les demandes d’aides de personnes étrangères ayant des enfants de moins de trois ans, privées de ressources, sans titre de séjour (pas uniquement des familles roms). Nous avons simplifié la procédure pour aboutir à verser une aide équivalente aux allocations familiales ; en contrepartie, il y avait un travail régulier avec un travailleur social. On a pensé que ce dispositif risquait de créer un appel d’air, en fait le nombre de familles suivies est resté stable. »

« Nous avions aussi travaillé pendant deux ans avec les services de l’État pour créer un espace de transition pour héberger un certain nombre de familles selon des critères permettant d’envisager d’aller vers l’intégration. Les services de l’État se sont aperçu, au bout de deux ans, que la Loi littoral interdisait d’utiliser ce terrain. On aurait pu s’en rendre compte plus tôt. »

Absent désormais du Conseil départemental, pensez-vous que ces dispositifs peuvent être menacés ?

« Il faut voir cela avec le nouveau Conseil départemental mais il n’y a pas de raison qu’il ne poursuive pas ce qui est en place. »

« Le suivi médico-social, c’est régi par le Code d’action sociale ; pas de problème. »

« L’aide à la scolarisation est ce qui nous a demandé le plus d’implication. Le président du Conseil général l’avait approuvée ; cela a permis de reconnaître le travail des associations ; il y a eu une bonne coopération avec l’Inspection d’Académie et tout ça s’est fait en liaison avec l’État, au niveau de la Direction de la Cohésion sociale et du sous-préfet. Ceci dit, quand le sous-préfet a dit : il faut évacuer, nous avons dit : il faut respecter l’esprit de la circulaire du Premier Ministre. A Béziers, c’est devenu plus compliqué. »

J.-M. du Plaa conclut : « Jusqu’ici à Béziers, où les populations immigrées sont moins nombreuses qu’à Montpellier, nous sommes petit à petit arrivés à construire quelque chose. »

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Tout sauf une invasion

L’arrivée de Roumains en France n’a pas de quoi déstabiliser ni notre économie, ni notre marché du travail ni l’organisation de notre société.

En 2012, 229 600 étrangers sont rentrés en France. Parmi eux, 7 000 Roumains, soit 3 %. Près de la moitié des entrants sont originaires de cinq pays de l’Union européenne : Portugal, Royaume-Uni, Espagne, Italie, Allemagne.

En France, les étrangers représentent 6,2 % de la population (6,0 % de la population active), soit un taux inférieur à celui du Royaume-Uni (7,7%), de l’Italie (7,4%), de l’Allemagne (9,4%) et de l’Espagne (10,9%).

(source Insee)

(Photo Dominique Le Flem)

(Photo Dominique Le Flem)

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Voir la vidéo, empreinte d’humanité, sur le squat de l’espace Brault, réalisée par Aurore Lalande

Voir aussi son site.

Voir le reportage photo de Geneviève Laffitte (dans Reportages / La politique ici / Roms, le quotidien).

La douceur du feu et la compagnie du chien. Béziers 2009 (Photo Geneviève Laffitte).

La douceur du feu et la compagnie du chien. Béziers 2009 (Photo Geneviève Laffitte).

Grand Narbonne : logement, transports urbains, TGV…

Les élus de la Communauté d’agglomération du Grand Narbonne ont effectué, mercredi 14 janvier, un tour d’horizon des grands dossiers lors d’un petit déjeuner de presse. Au menu notamment, le Programme Local de l’Habitat, le Plan de Déplacement Urbain ou encore l’organisation de réunions publiques au sujet de la gare et du tracé TGV.

De g. à d., Magali Vergnes,  vice-présidente (agriculture, viticulture, oenotourisme, fonds européens), Jacques Bascou, président du Grand Narbonne, et Henri Martin, vice-président (grands projets, commande publique).

De g. à d., Magali Vergnes, vice-présidente (agriculture, viticulture, oenotourisme, fonds européens), Jacques Bascou, président du Grand Narbonne, et Henri Martin, vice-président (grands projets, commande publique).

Logement : un PLH en gestation

La préparation du PLH (Programme Local de l’Habitat) du Grand Narbonne, qui s’étalera de 2015 à 2021, a donné lieu à une étude qui a permis de dresser un diagnostic, en particulier sur les centres villes de Narbonne, Coursan et Cuxac.

Plusieurs constats sur la situation du logement dans le territoire de l’agglomération ont été dressés :

« – Un territoire qui a connu une forte croissance démographique.

– Une dynamique démographique remise en question par la crise immobilière avec le repli de la construction neuve.

– Une mutation de la structure des ménages ayant pour enjeu le développement d’une offre adaptée aux petits ménages et aux personnes âgées.

– Des niveaux de vie bas chez les jeunes ménages et une pauvreté concentrée sur Narbonne.

– Un parc ancien important avec un fort pourcentage de vacance et un besoin généralisé d’améliorations thermiques. Des phénomènes d’inconfort voire d’indignité observés.

– Des besoins réels en logements locatifs, un enjeu
majeur de confortement du parc locatif social. »

Ces constats donneront lieu à des mesures et des préconisations qui restent à définir.

L’action dans les centres anciens sur les logements vacants est une piste, mais il y en a d’autres, que le président de l’agglo, Jacques Bascou, a évoquées : « Nous avons sollicité l’Établissement public foncier régional qui peut agir sur le foncier, des programmes de logement, voire du stationnement. »

Concernant le logement social, une réunion est prévue la semaine prochaine avec les bailleurs sociaux et l’État pour voir quels programmes peuvent être mis en œuvre.

A Narbonne, une 2e phase de réhabilitation des logements de l’OPHA (Office public de l’habitat de l’Aude) est prévue.

Par ailleurs, a dit Jacques Bascou, la politique du logement ne se limite pas au logement social. Autre idée, la recherche de la mixité est aussi un objectif, pour éviter de « faire des ghettos ».

Les actions du PLH seront présentées à la fin de ce premier trimestre 2015.

A noter la position d’Henri Martin, 3e vice-président du Grand Narbonne (délégué aux grands projets) et maire de Port-la-Nouvelle, pour qui « il faut arrêter de parler de logement social ». Il préfère parler d’adaptation de l’offre pour répondre à la demande et en particulier aux besoins des familles modernes. Henri Martin suggère aussi de « déverticaliser (le logement) pour éviter le frottement ».

Christian Lapalu, 4e vice-président du Grand Narbonne, rappelle pour sa part que 70 % des habitants de l’Aude répondent aux critères donnant droit au logement social.

Ph.C.

Plan de déplacement urbain : une priorité

Le Plan de déplacement urbain du Grand Narbonne viendra en discussion au cours de l’année 2015. C’est, pour l’agglo, « une priorité » dans l’esprit de renforcer la cohésion entre les communes de la jeune agglomération : elle est née en 2006 et a fait l’objet d’agrandissements successifs en 2010 et 2011.

L’un des objectifs, faciliter les déplacements pour permettre à tous d’accéder aux services.

La politique du transport public, dans l’agglo (Narbonne et villages), est liée au contrat de DSP (délégation de service public) en cours, avec Keolis. Signé en 2007, ce contrat s’achève le 31/08/2016. L’organisation actuelle ne répond pas, estime l’agglo, aux besoins. « Nos prédécesseurs n’avaient pas anticipé », dit Jacques Bascou. « En attendant, des avenants ont été signés, mais ils ont leur coût. »

Pour le président du Grand Narbonne, l’objectif, sur les transports, n’est pas forcément d’être à l’équilibre. La priorité, pour lui, c’est le service public, qui peut justifier un financement public. La renégociation du contrat de DSP, à la fin de l’année, sera-t-elle l’occasion de réfléchir à une régie publique ? Elle serait un meilleur moyen de garantir le bon usage des deniers publics.

Dans l’immédiat, l’agglo lance un appel d’offres pour une étude de terrain sur la demande des usagers en matière de transport. Le réseau est surtout fréquenté par les scolaires ; l’agglo veut améliorer notamment le service rendu aux salariés sur le trajet domicile-travail.

L’Union locale CGT a organisé, le 2 février à Narbonne, une réunion publique au cours de laquelle elle a suggéré le passage de la gestion des transports publics soit en régie publique soit en société d’économie mixte. Dans les deux formules, ce sont les élus qui ont la charge d’orienter la politique des transports.

Ph.C.

Avril-mai : des réunions publiques sur le TGV

RFF (Réseau Ferré de France) est en train de préparer une série de dix réunions publiques qui auront lieu, dans le Grand Narbonne, du 13 avril au 17 mai. Elles auront pour sujet la présentation du tracé et l’emplacement de la gare (deux sites possibles « du côté de Montredon »).

L’enquête d’utilité publique est prévue cette année, pour un démarrage des travaux en 2016 et une mise en service en 2020.

Pour le Grand Narbonne, la construction de la ligne nouvelle doit être mise en cohérence avec le Plan de déplacement urbain de l’agglomération et les projets économiques.

Henri Martin : « Nous n’étions pas prêts à accueillir Sime Darby »

On se souvient du projet d’héberger, sur le port de Port-la-Nouvelle, le groupe malaisien Sime Darby, qui comptait importer de l’huile de palme et la transformer sur place. Projet qui avait été abandonné fin 2012, officiellement à cause de la crise économique.

Henri Martin, vice-président du Grand Narbonne et maire de Port-la-Nouvelle, revient sur ce projet pour illustrer les processus d’accueil des entreprises par la collectivité. « Pour Sime Darby », dit-il, « nous n’étions pas prêts au niveau de la préparation du terrain et de l’enquête publique. » Les délais nécessaires au déroulement de ce processus administratif auraient découragé l’investisseur.

Grand Port : bientôt les enquêtes publiques ?

Henri Martin s’est étonné que l’enquête publique pour l’extension en mer du port de Port-la-Nouvelle n’ait pas eu lieu cet été, « période la plus propice pour consulter la population » : la ville de Port-la-Nouvelle abrite 6 000 habitants permanents mais jusqu’à 35 000 en été.

Cette enquête publique pourrait avoir lieu l’été prochain.

Une autre enquête publique, celle concernant l’aménagement de la plate-forme nord, devrait démarrer également cette année.