Changement climatique : davantage de crues et de coups de mer

UNE CONFERENCE-DEBAT ORGANISEE PAR ECCLA

Même si ses effets se font connaître lentement (à l’échelle humaine), le changement climatique est une réalité. Il se traduit, au niveau du littoral méditerranéen par exemple, par une accentuation des phénomènes orageux (et des inondations qui s’en suivent) et par un risque accru de « coups de mer ».

Maryse Arditi, présidente d'Eccla, a rappelé les mécanismes du changement climatique à l'oeuvre.

Maryse Arditi, présidente d’Eccla, a rappelé les mécanismes du changement climatique à l’oeuvre.

Dans le contexte de la 21e Conférence climatique, que la France accueillera à la fin de l’année, Eccla (Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral audois) organisait le 7 mars à Narbonne une rencontre sur « Inondations, submersions marines et changement climatique« . Une façon d’aborder le sujet par sa traduction concrète et locale, sur la côte méditerranéenne.

Le changement climatique à l’horizon 2050 (voir le bulletin météo du 17 août 2050), c’est une canicule un été sur quatre en France. Mais déjà aujourd’hui on observe une augmentation des températures depuis vingt ou trente ans. En 2014, les mois d’avril, mai, juin, août et septembre ont été les plus chauds jamais enregistrés sur la planète. Fin septembre 2014, la mer Méditerranée était à 24°C, deux degrés au-dessus des normales de saison, ce qui a été à l’origine d’orages très violents, notamment sur le Languedoc. Le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estime que ces phénomènes extrêmes vont s’intensifier dans les prochaines années à l’échelle du globe.

Autres constats, l’augmentation de la concentration dans l’atmosphère de CO2 et autres gaz à effet de serre (cette concentration augmente en flèche depuis le début de l’ère industrielle) et l’évolution du niveau moyen des mers.

GESNiveau_des_mers 2La tendance au réchauffement est par ailleurs soumise à des « accélérateurs », explique Maryse Arditi, présidente d’Eccla : avec la fonte des glaces (banquise, glaciers), le rayonnement du soleil est de moins en moins renvoyé dans l’espace ; en effet, la glace renvoie 90 % du rayonnement solaire, mais l’eau à peine 10 %. Par ailleurs, plus le taux de CO2 dans l’atmosphère augmente, plus il fait augmenter la température et plus cette augmentation de température réduit la capacité des océans à absorber le CO2.

On risque alors de passer des seuils, comme la fonte du permafrost (le sol gelé), qui entraînerait une émission massive de méthane, ou l’arrêt du gulf stream (courant océanique qui radoucit le climat des côtes européennes).

Ces enjeux du climat sont au centre des discussions internationales, depuis le Sommet de la Terre à Rio (1992), en passant par le Protocole de Kyoto (1997), qui a défini des objectifs de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Les débats sont actuellement marqués par la défection de certains pays riches (USA, Canada) et par la position des pays en développement qui souhaitent une contribution différenciée. Elle s’appuie sur le fait, par exemple, que, si la consommation totale d’énergie de la Chine a dépassé celle des États-Unis, sa consommation par habitant est encore trois fois moindre.

Après l’échec de la Conférence de Copenhague (2009), le Sommet de Paris apportera-t-il des avancées ?

En attendant, que se passe-t-il au niveau local ?

Narbonnais : 39 000 habitants en zone inondable

Si le risque de submersion marine, à Narbonne, n’a rien à voir avec ce qu’il peut représenter au Bangladesh ou dans certaines îles du Pacifique, il n’en est pas moins réel. L’élévation du niveau marin pourrait en effet atteindre 40 cm sur nos côtes d’ici 2100 (le Giec donne une fourchette entre 20 et 90 centimètres). Et donc rendre les coups de mer plus dévastateurs.

Stéphanie Defossez, géographe, maître de conférences à l’Université de Montpellier 3, explique le mécanisme de ces submersions marines liées à plusieurs facteurs, qui généralement se conjuguent : un niveau moyen élevé de la mer (en Méditerranée, les marées font quelques dizaines de centimètres), la pression atmosphérique (par dépression, le niveau marin moyen augmente) et les vagues (accentuées par le vent et les fonds marins).

Stéphanie Defossez : "Les risques de submersion marine doivent pris en compte dans les politiques publiques."

Stéphanie Defossez : « Les risques de submersion marine doivent pris en compte dans les politiques publiques. »

Cet ensemble de facteurs produit un « déferlement » en front de mer, qui projette des paquets d’eaux et divers matériaux sur les habitations, puis inonde les zones plus en arrière. Les conséquences peuvent être matérielles mais aussi humaines avec, en Languedoc-Roussillon, un risque important.

L’un des effets des submersions marines est l’érosion des côtes, avec le recul de la ligne de rivage : la côte atlantique a perdu 500 m de rivage en 45 ans ; mais en Méditerranée aussi l’érosion est présente ; à Vias, par exemple, la plage a reculé de plusieurs mètres ces huit dernières années. (Lire notre article sur l’érosion des côtes languedociennes).

Pour Stéphanie Defossez, lorsqu’une situation de submersion marine se conjugue avec une crue de l’Aude (ou autres fleuves côtiers), cela peut être lourd de conséquences.

Le Narbonnais est identifié comme un territoire à risque en termes de submersion marine et d’inondations fluviales. La population habitant en zone inondable atteint 39 000 personnes dans le premier cas et 22 000 dans le deuxième.

Un risque souvent oublié… ou ignoré

Les inondations dues aux crues de nos fleuves côtiers et de leurs affluents font partie de l’histoire de nos régions méditerranéennes, même si on a souvent tendance à l’oublier. Elles aussi sont accentuées par le changement climatique, du fait notamment de températures élevées de la mer en automne.

Jacques Chabaud, directeur du SMMAR (Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières), a expliqué l’action de cette fédération de syndicats de bassins, née à l’initiative du Conseil général de l’Aude à la suite des inondations de 1999.

Un sujet que nous avons développé dans un dossier récent : Inondations de la Berre : que faire ?

Le SMMAR et les syndicats de bassin agissent à plusieurs niveaux : l’entretien des cours d’eau, pour limiter l’impact des crues, notamment en réduisant la possibilité de formation d’embâcles (ces barrages d’arbres, branchages et autres végétaux, qui, en cédant, créent des vagues destructrices) ; la réalisation d’ouvrages de protection, comme les digues de Cuxac-d’Aude ; l’amélioration des systèmes de prévention.

L’intervention dans les rivières, qu’il s’agisse des particuliers (les propriétaires riverains) ou des collectivités publiques, est aujourd’hui relativement compliquée et doit se conformer à un certain nombre de règles (Code de l’environnement) : « C’est », dit Jacques Chabaud, « le revers après des années de politique interventionniste sans se préoccuper de l’environnement ».

Il ajoute : « Face aux inondations, il faut être très humble et éviter de croire qu’il y a des recettes toutes faites ; je n’en connais pas. »

L’action du SMMAR est un exemple des politiques publiques mises en place pour prévenir les inondations. Ces politiques s’appuient par ailleurs sur un instrument qu’est le PPRI (Plan de prévention du risque inondation). Il a pour objet d’identifier le risque et les zones concernées, avec pour effet la limitation ou l’interdiction de l’urbanisation dans certaines zones. Ce qui ne plaît pas forcément aux élus, eux-mêmes impliqués dans l’élaboration du PPRI.

Des témoignages ont montré la difficulté des citoyens à se faire entendre, face à des élus municipaux soucieux d’étendre l’urbanisation de leur commune, sans tenir compte du risque d’inondation, comme, il y a vingt ans, à Cuxac-d’Aude et plus récemment à Luc-sur-Orbieu.

A Cuxac, explique Lucette Zeller, 1 200 personnes environ se sont installées dans les écarts (Les Garrigots, Mouchaïras, L’Horte de Senty), à partir des années 1980. La plupart venaient de l’extérieur du village et peu de Cuxanais les ont avertis du fait que ces zones étaient inondables. La mairie et la DDE ont accordé et validé les permis de construire. Aujourd’hui, pour protéger ces quartiers on a construit 10 km de digues, qui ont coûté des millions d’euros, « ce qui aurait pu être évité si l’on n’avait pas construit là. »

A Luc-sur-Orbieu, les projets d’urbanisation de la commune ne prenaient pas en compte le risque lié au ruisseau du Tourrenc. Le PPRI ne le prenait pas en compte non plus. Les riverains, explique Paulette Barbe, ont eu beaucoup de mal à faire admettre par la mairie ce risque qui pourtant était connu localement.

Au moment du débat, certains soulignent l’importance de conserver la mémoire locale des inondations et des risques qu’elles comportent. Mais cette mémoire est souvent sélective, les élus ayant parfois tendance à oublier ou à minimiser le risque, au nom d’intérêts économiques, collectifs ou privés. Mais lorsque le risque est oublié, ses conséquences peuvent être très lourdes, en pertes humaines surtout mais aussi économiques.

Ph.C.

* * * *

Tsunami : un autre risque de submersion

Le risque de tsunami n’a rien à voir avec le réchauffement climatique mais a une origine géologique, a expliqué Roland Courteau, sénateur de l’Aude, auteur du rapport du Sénat (2007) « Tsunami sur les côtes françaises, un risque certain, une impréparation manifeste ». Comme pour les autres risques de submersion marine, il nécessite une politique de prévention.

Roland Courteau : "Le risque de tsunami existe sur les côtes méditerranéennes. Il nécessite une politique de prévention."

Roland Courteau : « Le risque de tsunami existe sur les côtes méditerranéennes. Il nécessite une politique de prévention. »

Ce sont les séismes, les effondrements sous-marins ou encore les météorites qui peuvent être à l’origine de tsunamis. Ceux-ci ne sont pas comparables avec les vagues des tempêtes : « ils peuvent déchaîner une énergie plusieurs centaines de fois supérieure. »

A travers 150 auditions de spécialistes des tsunamis dans le monde entier, Roland Courteau a pu se faire une idée du risque et des réponses à y apporter. Il a pu constater que la Méditerranée n’est pas à l’abri des tsunamis, même si aucun n’a atteint le niveau de la catastrophe de l’Océan indien en 2004 (près de 300 000 morts). Au XXe siècle, 10 % des tsunamis ont eu lieu en Méditerranée. Depuis l’Antiquité, on a relevé un certain nombre de tsunamis dévastateurs en Méditerranée, le plus meurtrier étant celui de Messine en 1908 (30 000 morts). Sur les côtes françaises, c’est la Côte d’Azur qui est la plus exposée : en octobre 1979, un glissement de terrain au large de Nice a produit une vague qui a causé 11 morts à Antibes : « Combien de morts si cela s’était passé en plein été ? », questionne le sénateur.

Mais le littoral languedocien et roussillonnais n’est pas à l’abri : une vague de 50 cm, en 2003, a coulé des centaines de bateaux dans les ports de cette région. Selon des simulations du BRGM, un séisme ou un glissement de terrain dans le Golfe du Lion peuvent entraîner des vagues de 50 cm sur les côtes audoises et de 2 m dans les Pyrénées-Orientales.

Le risque le plus élevé proviendrait d’un éventuel séisme dans la région du Stromboli (sud de l’Italie), qui pourrait avoir de fortes répercussions sur les côtes françaises. Mais il faut aussi, estime Roland Courteau, prévenir les tsunamis de petite importance.

Il y a des signes avant-coureurs, en particulier le fait que la mer se retire. Ce qui peut être mesuré par un instrument, le marégraphe. Les sismographes, pour leur part, permettent de surveiller les séismes.

La première proposition du rapport du sénateur était la création de centres d’alerte, afin d’organiser l’évacuation des populations du front de mer. Un premier centre d’alerte a été créé en Polynésie française ; un second est opérationnel depuis 2012 en Méditerranée. Il permet d’observer le risque, mais pour l’instant l’alerte descendante (celle destinée à prévenir les populations) est en cours de mise en place. Les moyens envisagés : sirènes, messages radio et télé, voire appels téléphoniques.

Une autre préconisation de Roland Courteau est d’apprendre le risque aux enfants des écoles.

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