Saint-Jean-/Saint-Pierre : quel avenir pour le café associatif ?

Créé en juillet 2012, le « café associatif » de Saint-Jean/Saint-Pierre (Narbonne) avait été incendié en mars. L’enlèvement du préfabriqué, à l’initiative de la ville, a surpris et pose la question de l’avenir de ce lieu de rencontre.

P1040688 2Géré par l’association L’Arche, le café associatif du quartier Saint-Jean/Saint-Pierre n’existe plus, jusqu’à nouvel ordre ? Après l’incendie criminel (selon l’enquête de police) du mois de mars, il était fermé : le bâtiment préfabriqué n’avait pas été détruit mais il avait subi les conséquences d’une forte fumée. Les expertises d’assurance étaient en cours et l’assureur de L’Arche attendait le feu vert de la mairie pour envoyer une entreprise de dépollution concernant son matériel (la dépollution des murs relevant de l’assurance de la mairie).

Mardi 5 mai, les responsables de L’Arche ont été alertés par des habitants que le préfabriqué venait d’être emmené par un camion grue. Sans consultation ni même information préalable.

La municipalité est propriétaire du bâtiment, qui avait été mis à disposition de L’Arche en 2012 (par la municipalité de Jacques Bascou), dans le cadre du contrat urbain de cohésion sociale.

« J’ai téléphoné à la mairie », dit Samir Boumediene, le directeur de L’Arche. « Je ne suis pas parvenu à avoir une réponse ». Seule réponse, par presse interposée (cf. L’Indépendant du 07/05/2015), de Yamina Abed, adjointe au maire déléguée à la politique urbaine de proximité et à la vie des quartiers : « Ce local a été enlevé par souci de sécurité (…). Suite à différents problèmes rencontrés sur place, nous souhaitons engager une réflexion globale autour de ce lieu afin d’évaluer la pertinence de son repositionnement. »

Le maire, Didier Mouly, avec lequel nous avons pu avoir une conversation téléphonique, confirme : « L’enquête de police étant terminée, il était nécessaire d’enlever ce bâtiment, ce qui a été fait proprement, par une entreprise spécialisée, et d’envisager sa réparation, en fonction du coût et des indemnités d’assurance. » Selon lui, « il n’était pas nécessaire » d’informer l’association avant l’enlèvement, la mairie étant propriétaire.

A gauche, l'emplacement du bâtiment préfabriqué qui abritait le café associatif.

A gauche, l’emplacement du bâtiment préfabriqué qui abritait le café associatif.

Quid de l’avenir du local ? L’installation du café associatif il y a près de trois ans, rappelle Samir Boumediene, avait fait suite à une démarche à l’initiative du CJ11 (Collectif des Jeunes 11) puis à une concertation entre les associations (CJ11, L’Arche, ABP21, Maison des Potes, CIDFF), les institutions et les habitants. Depuis les années 70, le besoin a été exprimé, dans le quartier d’un lieu où se retrouver : « il n’y avait aucun lieu de rencontre… à part le supermarché Leclerc » où les habitants du quartier se croisent de fait. Le site choisi, rue Émile Eudes, était envisagé comme provisoire, avec un bâtiment préfabriqué, et une installation en dur avait été évoquée, éventuellement dans les anciens locaux de France Telecom (aujourd’hui In’ess).

Le café associatif semble apprécié des habitants du quartier. L’un des objectifs était de « lutter contre l’errance au bas des immeubles » ; plus largement, il s’agissait de répondre à la fois aux besoins des jeunes, à ceux des adultes et à ceux des personnes âgées. Le café a jusqu’à présent connu une bonne fréquentation, avec notamment des soirées après les matches de Coupe du Monde, des repas partagés, une fête des voisins…

Alors quel avenir pour le café associatif ? « Une réflexion est en cours », dit le maire de Narbonne. « L’Arche a ses locaux, où elle peut mener ses activités associatives. Concernant le café, nous devons réfléchir à sa nécessité, dans ce bâtiment, sur le terrain qui appartient à Domitia Habitat, et par rapport à la gestion de L’Arche. »

Didier Mouly précise sa pensée : « Un groupe avait un peu détourné l’objet initial de ce lieu. Certains riverains se sont plaints de nuisances sonores. »

Des observations qui étonnent Samir Boumediene. L’Arche, dit-il, avait consulté les voisins concernant le risque de bruit et il n’est pas au courant de plainte(s) ; les relations sont par exemple très bonnes avec les voisins les plus proches, les premiers concernés. Pour ce qui est de la fréquentation, le public du café était certes surtout jeune et masculin, dit-il. Ce qui montre que les jeunes du quartier se sont bien approprié ce lieu ; faut-il le regretter ? A côté de cela, un effort avait été fait pour susciter un projet spécifiquement féminin, avec succès. D’ailleurs, dit Samir Boumediene, ce sont actuellement surtout des femmes qui sont volontaires pour gérer le café.

De manière plus générale, dit le maire, « il faudrait que les relations soient moins agressives. » Il évoque une agression verbale, qui aurait été réalisée à l’encontre de Lucie Fadda, directrice du pôle Citoyenneté de la ville, par « des personnes non représentatives de L’Arche ». Plainte a été déposée contre cette ou ces personnes. Les faits semblent consécutifs à l’enlèvement du préfabriqué ; ils datent du 13 mai. « Il faut voir ce qui s’est passé en réalité », dit Samir Boumediene.

On constate, c’est vrai, une certaine tension suite à la disparition du café associatif.

L’Arche, pour sa part, a écrit (le 6 mai) au maire pour demander à le rencontrer et à pouvoir échanger sur l’avenir de ce lieu.

Au-delà des préjugés et de la méfiance réciproque, la détente et le dialogue pourront-ils prendre le relais ? L’enjeu en vaut la peine : il y va de l’animation du quartier dans la sérénité et de la place des jeunes dans le quartier et dans la ville.

Ph.C.

Conseils citoyens : mise en place laborieuse

Une habitude difficile à perdre : décider d’en haut

Ces lignes sont une actualisation de l’article « Quartiers prioritaires » : après « Charlie », allons-nous enfin vivre ensemble ?

Depuis cet article, publié le 8 février, peu de choses ont évolué jusqu’à la tenue, les 7, 8 et 10 avril, de réunions publiques, dans chacun des trois quartiers « politique de la ville » de Narbonne, destinées à boucler la composition des conseils citoyens (appelés à Narbonne « Forums citoyens », voir ci-dessous).

Alors qu’elle avait entamé un travail préparatoire avec les associations de quartier, la communauté de communes du Grand Narbonne, de façon étonnante, n’y a pas donné suite.

Récemment, les services de l’État, de l’agglo et de la ville ont procédé à un tirage au sort, d’après la liste électorale, des habitants destinés à siéger aux forums citoyens. Ils ont aussi fait appel aux habitants volontaires.

Lors de la réunion du quartier Narbonne Ouest, le 10 avril à la Maison des Services de Saint-Jean/Saint-Pierre, les représentants du sous-préfet, de l’agglo et de la ville ont expliqué la procédure : 30 citoyens et 30 citoyennes ont été tirés au sort sur liste électorale. Mais, à la date de la réunion, seuls deux ou trois avaient répondu à la sollicitation et aucun n’était présent à la réunion. Pour compléter la liste, les personnes volontaires ont été invitées à se manifester. Elles aussi seront tirées au sort. Il doit y avoir au total (entre personnes tirées au sort sur liste électorale et volontaires tirés au sort) 10 représentants des habitants. Se joindront à eux 5 représentants des « acteurs » du quartier (associations, commerçants, etc.), eux aussi tirés au sort.

Une mise en place difficile donc. Le débat, à la Maison de Services, a mis en évidence les réticences des habitants du quartier (une quarantaine de présents dont un certain nombre de représentants associatifs).

D’abord, la confusion entre « conseils citoyens » et « forums citoyens » a semé le trouble : la municipalité s’étant approprié le nom de « conseils citoyens » pour ses anciens conseils de quartier, les autorités ont décidé que les conseils citoyens « politique de la ville » s’appelleraient « forums citoyens » à Narbonne alors que partout ailleurs on parle de conseils citoyens.

La question de fond – à quoi vont servir les forums citoyens ? – a occupé une importante partie de la soirée. Le forum, explique la présentation qui a été faite, est une assemblée qui doit participer à la « co-construction » du Contrat de ville. Celui-ci, financé par l’État, l’agglo, la commune mais aussi des organismes comme la Caf, s’organise en quatre axes : emploi et développement économique ; cadre de vie et renouvellement urbain ; cohésion sociale ; valeurs républicaines et citoyenneté. Chacun des trois forums citoyens de Narbonne devra, avant le mois de juin, donner son avis sur les projets du Contrat de ville… dont les orientations ont déjà été tracées par les institutions. On voit que ça commence mal : en fait de co-construction, les forums devront se prononcer sur un mécanisme déjà en route, auquel ils n’ont pas contribué. Le temps de se mettre en place ils auront d’ailleurs très peu de temps pour approfondir le sujet.

Plusieurs des participants ont critiqué la procédure de mise en place des forums, avec des délais trop courts et sans réelle concertation avec les associations de quartier. Ils font remarquer que, dans les quartiers prioritaires, de nombreux habitants ne sont pas inscrits sur les listes électorales. « Les associations vous avaient proposé à l’automne de participer à l’organisation des conseils », dit Samir Boumediene, membre du collectif des associations. « Nous vous avons proposé d’aller ensemble à la rencontre des habitants ; pourquoi vous êtes-vous privés de cette aide ? »

Ils sont par ailleurs sceptiques sur le caractère consultatif de l’avis des forums : cet avis sera-t-il vraiment pris en compte ?

Le secrétaire général de la sous-préfecture, Cédric Bouet, s’est pour sa part interrogé sur la représentativité des forums par rapport à l’ensemble des habitants du quartier. Il est vrai (même si M. Bouet ne l’a pas exprimé ainsi) que le système en soi pose problème : comment 15 personnes, en partie tirées au sort, en partie volontaires, peuvent-elles représenter tout un quartier ? Rien dans l’esprit des forums-conseils citoyens ne prévoit une large consultation du quartier, même si rien ne l’interdit.

Il y avait un moyen d’avoir une certaine représentativité des quartiers : associer étroitement les associations existantes à la mise en place des forums-conseils citoyens. Ces associations sont nées de ces quartiers et elles en sont une émanation vivante même si elles ne prétendent pas en être les représentantes exclusives.

Ph.C.

Le magazine Friture Mag publie, le 18 mai, un article du Collectif (national) Pas Sans Nous intitulé : « Vive inquiétude sur la mise en place des conseils citoyens ». Lire l’article.

Lire sur Eclairages Publics un article plus récent sur ce sujet (19/10/2016) : « Conseils citoyens politique de la ville : nouveau départ ? ».

Quartiers «prioritaires» : après «Charlie», allons-nous enfin «vivre ensemble» ?

Après les attentats contre Charlie Hebdo, allons-nous enfin « vivre ensemble », comme semble le souhaiter une partie des manifestants des 10 et 11 janvier ? Mohamed Mechmache était le 7 février à Narbonne pour parler des futurs « conseils citoyens » liés à la Politique de la ville. Cette expérience de « démocratie participative » est-elle une usine à gaz technocratique de plus ou un moyen d’avancer réellement vers la fin de l’exclusion ?
Voir en fin d’article une mise à jour, sur la constitution des « forums-conseils citoyens ».

Samir Boumediene (collectif des associations narbonnaises) et Sabrina Drljevic'-Pierre, chargée du développement territorial à ACLEFEU.

Samir Boumediene (collectif des associations narbonnaises) et Sabrina Drljevic’-Pierre, chargée du développement territorial à ACLEFEU.

Présentée par François Lamy, ministre délégué à la Ville du gouvernement Ayrault, la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine a été votée le 21 février 2014. Elle vise à réduire les écarts entre les « quartiers prioritaires » et les autres.

L’une des mesures de cette loi est la création, dans ces quartiers prioritaires, de « conseils citoyens ». Sur la base de la démocratie participative, ces conseils doivent être des partenaires de la mise en place de la politique de la ville, à partir des contrats de ville.

A Narbonne, la dynamique des conseils citoyens se met en place peu à peu. Elle est impulsée par un collectif d’associations : ABP 21, AMPG (Association audoise d’aide matérielle et morale à la population gitane), association des habitants de Razimbaud, Cellule de Veille Citoyenne de Saint-Jean-/Saint-Pierre, Centre social Nelson Mandela, CIDFF (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles), CCLE (Collectif contre les exclusions), Collectif des Jeunes 11, L’Arche, Maison de quartier Ernest Ferroul, Maison des Potes. Cela avec l’appui de l’agglo du Grand Narbonne et de la préfecture.

Ce collectif d’associations avait invité, le 7 février, à une rencontre en présence de Mohamed Mechmache (à l’origine d’ACLEFEU et auteur avec Marie-Hélène Bacqué d’un rapport sur la politique de la ville), de Nicky Tremblay (coprésidente avec Mohamed Mechmache de la coordination nationale « Pas sans nous »), et de Sabrina Drljevic’-Pierre (chargée du développement territorial à ACLEFEU, Association collectif liberté égalité fraternité ensemble unis).

Qu’autant d’associations narbonnaises se mobilisent ensemble, « ce n’est pas banal, c’est rare », a souligné Samir Boumediene (de L’Arche). « Nous voulons construire une force pour contribuer à mieux vivre dans nos quartiers. »

30 ans, et plus, d’exclusion et de mépris

La mobilisation des habitants « des quartiers » n’est rien de nouveau mais « nous n’avons pas eu les réponses que nous attendions », dit Mohamed Mechmache. Il rappelle : il y a 30 ans, la marche pour l’égalité et contre le racisme « avait été une démarche non-violente. Les pouvoirs publics n’ont pas su saisir la main tendue ». En 2005, la lutte sociale des banlieues a pris « une expression un peu plus violente. On nous a traités d’émeutiers, on a attribué la faute aux parents, au Rap… sans que les responsables politiques se posent la question de savoir s’ils ne s’étaient pas trompés. Leur seule réponse a été l’état de siège. On s’est dit « il faut donner la parole à ceux qui ne l’ont pas » et on a fait un tour de France en ouvrant un cahier de doléances. Il a reçu plus de 200 000 doléances et a abouti à 120 propositions ». Reçues, encore une fois, avec un certain mépris.

Mohamed Mechmache

Mohamed Mechmache

Et puis, dix ans après, a lieu l’attentat contre Charlie Hebdo : « On arrive à un stade au-dessus avec ce drame que nous condamnons tous. Alors, on nous parle du vivre ensemble, que nous demandons depuis trente ans. » Le fond du problème, pour Mohamed Mechmache, reste là : « L’exclusion amène à la radicalisation, au populisme, à tous les extrêmes. »

La politique de la ville et les conseils citoyens sont un espoir pour que ça change, mais Mohamed Mechmache reste prudent. Pour lui, tant que la justice sociale ne sera pas prioritaire il n’y aura pas de vrai changement.

Tout est à construire

A la différence des conseils de quartier, mis en place et dirigés par les élus municipaux, les conseils citoyens s’inscrivent dans la démocratie participative et donnent, en tout cas, dans leurs principes, la parole aux habitants des quartiers prioritaires. Les conseils doivent être constitués d’habitants du quartier (désignés par tirage au sort), d’associations et d’acteurs locaux (commerçants, professions médicales et para-médicales…). Ces conseils doivent travailler, avec les élus et les techniciens, à la « co-construction » des contrats de ville, nouveau cadre d’intervention des pouvoirs publics dans les quartiers prioritaires. Ces derniers doivent être signés d’ici le 30 juin.

Nicky Tremblay

Nicky Tremblay

Le mouvement des conseils citoyens est donné mais il manque un décret d’application, souligne Nicky Tremblay, d’où encore un certain flou dans les modalités de mise en place. La coordination « Pas sans nous », dit-elle, est une sorte de syndicat des quartiers qui a été constitué pour défendre le point de vue de ses habitants. En effet, dit Mohamed Mechmache, « on est en train de se battre avec la ministre de la Ville pour que la loi soit appliquée. » Nicky Tremblay poursuit : « Il y a un timing de malades. Mais pour l’instant le dialogue est là et on travaille sur le fond. (…) Pour qu’une démocratie existe, il faut établir un rapport de forces, ce qui ne veut pas dire qu’il doit être violent, mais avec des contre-pouvoirs et une force de proposition. Pour l’instant, on n’en est pas à la co-décision mais la collectivité ne pourra pas ne pas nous entendre. Pour eux, la participation c’est nous consulter, pour nous c’est construire ensemble. »

Le débat dans le public

Le débat dans le public

« Si on décide à notre place de projets et qu’on vient nous les montrer, cela ne nous intéresse pas », dit Mohamed Mechmache. « Ceux qui décident ne vivent pas là où nous vivons. Nous ne sommes pas contre les élus, ni contre les techniciens, mais nous avons une expertise d’usage qui nous permet de discuter. »

« On nous oublie », dit Christine Sanchez, une habitante de Saint-Jean/Saint-Pierre (2), « le quartier où il fait bon vivre » : dans ce quartier, « il n’y a pas d’espace pour que les enfants jouent ; il n’y a plus de cabinet médical. On ne nous demande pas de quoi nous avons besoin, nous ne sommes pas des citoyens. Et pourtant, nous aimons notre quartier, nous sommes des visionnaires : nous visionnons ce qu’il faut construire ; il suffit de nous le demander. » Cette ignorance des citoyens par les élus, dit-elle, elle aussi, « à force, ça fait le jeu des extrêmes. »

Les habitants des quartiers populaires n’ont rien contre les élus mais ils attendent une vraie politique de lutte contre l’exclusion. « Nous sommes une partie de la solution, pas le problème », dit Mohamed Mechmache. Avec les conseils citoyens, « une brèche est ouverte, il faut y aller ».

A Narbonne, le collectif d’associations entend passer à la vitesse supérieure pour la mise en place des conseils citoyens. Il est vrai que le temps est compté.

Ph.C.

1) Actuellement, Sylvia Pinel, plus précisément ministre du Logement, de l’Égalité des territoires et de la Ruralité.

2) Nous reprenons ce témoignage pour son intérêt. Il faut savoir que Christine Sanchez est candidate (Front de Gauche) aux Départementales mais, lors de ce débat, elle n’a pas mis en avant cette candidature.

Narbonne : une confusion entre comités de quartier et conseils citoyens

La Ville de Narbonne a mis en place, tout récemment, des comités de quartier qu’elle appelle « conseils citoyens ». Cela sur l’ensemble des quartiers de la ville et pas forcément sur les quartiers prioritaires (d’ailleurs, ces « conseils citoyens » ne coïncident pas avec l’aire des quartiers prioritaires, ceux-ci sont mélangés à d’autres quartiers dans un même conseil). Ces « conseils » sont composés d’habitants (en partie volontaires, en partie tirés au sort), associations, collectifs existants et professionnels. Ils visent à « faire des propositions sur tout sujet d’intérêt collectif relatif à la vie du quartier ».

Sur son site internet, la Ville de Narbonne annonce également la mise en place de « conseils citoyens politique de la ville » dans les trois quartiers prioritaires, Narbonne Est, Narbonne Ouest et Narbonne centre. Ils seront, dit-elle, mis en place par l’État, la Communauté d’Agglomération du Grand Narbonne et la Ville de Narbonne.

Rappelons simplement que la loi dit que les conseils citoyens politique de la ville doivent être créés à l’initiative des habitants, avec l’appui technique de partenaires (collectivités locales et État) mais pas par ces derniers. Toute la question est là : s’ils veulent représenter réellement la population des quartiers prioritaires, les conseils citoyens devront réellement émaner de leurs habitants, venir d’en bas et non pas être créés d’en haut.

L’agglo fait appel à candidatures sans concertation

Une information mise en ligne le 17 février sur le site internet du Grand Narbonne (retirée depuis) lance un appel à candidatures pour la constitution des conseils citoyens à Narbonne. Cela sans avoir consulté les associations des quartiers, qui jusque là étaient en contact avec l’agglo. Celle-ci a d’ailleurs annulé une réunion avec les associations prévue en décembre et jusqu’ici non re-programmée.

L’appel à candidatures lancé par l’agglo est limité au 4 mars, c’est-à-dire à une échéance très proche. De plus, à part la mise en ligne, il ne lui a été fait aucune publicité et aucune autre information (communiqué de presse, tracts, affichage, réunion publique, contact avec les associations…) n’a été faite. Comme on le sait, les habitants des quartiers prioritaires consultent régulièrement le site internet du Grand Narbonne !

La « nouvelle forme de participation et d’expression citoyenne » que veut mettre en place l’Etat et que relaient la communauté d’agglomération et la ville de Narbonne a décidément bien du mal à sortir de la démarche bureaucratique.

Ph.C.

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ACTUALISATION

Une habitude difficile à perdre : décider d’en haut

Depuis cet article, publié le 8 février, peu de choses ont évolué jusqu’à la tenue, les 7, 8 et 10 avril, de réunions publiques, dans chacun des trois quartiers « politique de la ville » de Narbonne, destinées à boucler la composition des conseils citoyens (appelés à Narbonne « Forums citoyens », voir ci-dessous).

Alors qu’elle avait entamé un travail préparatoire avec les associations de quartier, la communauté de communes du Grand Narbonne, de façon étonnante, n’y a pas donné suite.

Récemment, les services de l’État, de l’agglo et de la ville ont procédé à un tirage au sort, d’après la liste électorale, des habitants destinés à siéger aux forums citoyens. Ils ont aussi fait appel aux habitants volontaires.

Lors de la réunion du quartier Narbonne Ouest, le 10 avril à la Maison des Services de Saint-Jean/Saint-Pierre, les représentants du sous-préfet, de l’agglo et de la ville ont expliqué la procédure : 30 citoyens et 30 citoyennes ont été tirés au sort sur liste électorale. Mais, à la date de la réunion, seuls deux ou trois avaient répondu à la sollicitation et aucun n’était présent à la réunion. Pour compléter la liste, les personnes volontaires ont été invitées à se manifester. Elles aussi seront tirées au sort. Il doit y avoir au total (entre personnes tirées au sort sur liste électorale et volontaires tirés au sort) 10 représentants des habitants. Se joindront à eux 5 représentants des « acteurs » du quartier (associations, commerçants, etc.), eux aussi tirés au sort.

Une mise en place difficile donc. Le débat, à la Maison de Services, a mis en évidence les réticences des habitants du quartier (une quarantaine de présents dont un certain nombre de représentants associatifs).

D’abord, la confusion entre « conseils citoyens » et « forums citoyens » a semé le trouble : la municipalité s’étant approprié le nom de « conseils citoyens » pour ses anciens conseils de quartier, les autorités ont décidé que les conseils citoyens « politique de la ville » s’appelleraient « forums citoyens » à Narbonne alors que partout ailleurs on parle de conseils citoyens.

La question de fond – à quoi vont servir les forums citoyens ? – a occupé une importante partie de la soirée. Le forum, explique la présentation qui a été faite, est une assemblée qui doit participer à la « co-construction » du Contrat de ville. Celui-ci, financé par l’État, l’agglo, la commune mais aussi des organismes comme la Caf, s’organise en quatre axes : emploi et développement économique ; cadre de vie et renouvellement urbain ; cohésion sociale ; valeurs républicaines et citoyenneté. Chacun des trois forums citoyens de Narbonne devra, avant le mois de juin, donner son avis sur les projets du Contrat de ville… dont les orientations ont déjà été tracées par les institutions. On voit que ça commence mal : en fait de co-construction, les forums devront se prononcer sur un mécanisme déjà en route, auquel ils n’ont pas contribué. Le temps de se mettre en place ils auront d’ailleurs très peu de temps pour approfondir le sujet.

Plusieurs des participants ont critiqué la procédure de mise en place des forums, avec des délais trop courts et sans réelle concertation avec les associations de quartier. Ils font remarquer que, dans les quartiers prioritaires, de nombreux habitants ne sont pas inscrits sur les listes électorales. « Les associations vous avaient proposé à l’automne de participer à l’organisation des conseils », dit Samir Boumediene, membre du collectif des associations. « Nous vous avons proposé d’aller ensemble à la rencontre des habitants ; pourquoi vous êtes-vous privés de cette aide ? »

Ils sont par ailleurs sceptiques sur le caractère consultatif de l’avis des forums : cet avis sera-t-il vraiment pris en compte ?

Le secrétaire général de la sous-préfecture, Cédric Bouet, s’est pour sa part interrogé sur la représentativité des forums par rapport à l’ensemble des habitants du quartier. Il est vrai (même si M. Bouet ne l’a pas exprimé ainsi) que le système en soi pose problème : comment 15 personnes, en partie tirées au sort, en partie volontaires, peuvent-elles représenter tout un quartier ? Rien dans l’esprit des forums-conseils citoyens ne prévoit une large consultation du quartier, même si rien ne l’interdit.

Il y avait un moyen d’avoir une certaine représentativité des quartiers : associer étroitement les associations existantes à la mise en place des forums-conseils citoyens. Ces associations sont nées de ces quartiers et elles en sont une émanation vivante même si elles ne prétendent pas en être les représentantes exclusives.

Ph.C.

Le magazine Friture Mag publie, le 18 mai, un article du Collectif (national) Pas Sans Nous intitulé : « Vive inquiétude sur la mise en place des conseils citoyens ». Lire l’article.