REVOLUTION INTEGRALE : ……..Plutôt que d’essayer de réformer la société, ils veulent en construire une autre

Né en Catalogne, le mouvement des coopératives intégrales s’étend doucement. Ses membres ont renoncé à réformer la société. Ils préfèrent en construire une autre, « libérée des dominations capitaliste, de genre et de race » ; une société sans État, dont les citoyens exercent ensemble un pouvoir autonome, à la base. Les principaux outils pour y parvenir : la démocratie directe, des structures coopératives, et la monnaie sociale comme moyen d’échanges échappant au système dominant.

L’utopie est forte ; elle séduit plusieurs milliers de personnes, qui s’emploient au jour le jour à la transformer en réalité.

LEER EN CASTELLANO

Discussion et fête à la casa "okupa" (squat) de Kan Kolmo, à Gérone (photo CIC).

Discussion et fête à la casa « okupa » (squat) de Kan Kolmo, à Gérone (photo CIC).

DOSSIER

. La Coopérative Intégrale Catalane.

. Calafou : en route pour le post-capitalisme.

. Eco-réseaux : une dynamique propre.

. Coopération Intégrale Toulousaine : pas à pas mais sûrement.

* * * * *

De 2 à 7 000 coopérateurs

La Coopérative Intégrale Catalane (CIC, née en 2010), qui est à l’origine de ce mouvement, regroupe dans toute la Catalogne plus de 2 000 personnes ; qui pourraient atteindre quelque 6 ou 7 000 personnes, plus ou moins impliquées. Il est vrai qu’une grande partie des activités liées à la coopérative intégrale se déroulent de façon informelle et que les nombreuses initiatives locales, autonomes par définition, sont difficiles à recenser.

Ce qui est sûr, c’est que le mouvement essaime. Il existe actuellement, en Espagne, une quinzaine de coopératives intégrales, la plupart au niveau d’une région ou d’une ville. En France, plusieurs coopératives intégrales sont apparues plus récemment (comme à Toulouse : voir plus loin).

Un fonctionnement d’abord informel

Le fonctionnement de la CIC est à la fois simple (priorité à l’initiative locale et coordination au niveau de l’assemblée permanente) et un peu difficile à appréhender du fait que l’organisation informelle prime sur les structures officielles. Celles-ci sont mises en place en fonction des besoins, de façon pragmatique.

La base du fonctionnement de la CIC c’est l’assemblée permanente, qui regroupe environ tous les mois les coopérateurs qui le souhaitent. Les décisions se prennent au consensus.

Une Assemblée Permanente de la CIC (2015).

Une Assemblée Permanente de la CIC (2015).

Au jour le jour, le travail d’organisation est assumé par des commissions (sur des sujets permanents) ou des groupes (sur des sujets plus ponctuels). Les commissions sont regroupées en pôles thématiques, pour favoriser la cohésion de leurs travaux.

Un processus de décentralisation est en cours avec la création récente d’assemblées « biorégionales », au niveau des trois régions de la CIC, nord, centre et sud.

Mais l’autre base de la CIC ce sont les éco-réseaux ou réseaux locaux. Il y en a 25 actifs ; ils sont autonomes et leurs activités sont aussi diverses que les initiatives qui en sont à l’origine.

Il y a deux éléments concrets qui relient les éco-réseaux entre eux, ce sont la CAC (Centrale d’Approvisionnement Catalane) et la monnaie sociale. Celle-ci permet à la CAC de fonctionner mais permet aussi de nombreux autres échanges de biens et de services. Les éco-réseaux ont généralement leur propre monnaie sociale, à l’échelle locale, qui est convertible en monnaie sociale de la coopérative, l’Eco.

La Coopérative Intégrale Catalane n’a pas elle-même d’existence juridique. Sur le plan formel, elle est structurée en trois coopératives principales : la CASX (Cooperativa d’Autofinançament Social en Xarxa = Coopérative d’auto-financement social en réseau) ; une coopérative de patrimoine (Masos pel decreixement = Mas pour la décroissance), qui permet de disposer d’une structure juridique pour la détention d’immeubles ; et une coopérative de professionnels (Xarxa Interprofesional = Réseau interprofessionnel).

En s’appuyant au début sur cette dernière, environ 800 personnes ont créé leur propre emploi. Ce sont les « auto-ocupados » (que l’on peut traduire par « ceux qui s’auto-emploient »).

En réalité, une nouvelle coopérative est créée chaque fois que c’est nécessaire : cela pour limiter leur taille (et ainsi ne pas perdre en souplesse) et parce que chaque coopérative a un seuil de « responsabilité limitée » qu’il vaut mieux ne pas dépasser : dans le statut espagnol de la coopérative, la responsabilité économique des sociétaires n’est pas engagée, seul étant concerné le capital social ; par ailleurs, on limite le nombre de « sociétaires auto-ocupados » de chaque nouvelle coopérative pour ne pas dépasser un certain volume de facturation par rapport aux impôts et à la TVA.

Autre point fort de l’organisation : la CIC verse une rétribution (« asignación« ) à 50 militants qui réalisent pour elle du travail administratif et d’organisation. Les rétributions varient de quelque 300 à 900 unités monétaires (euros ou ecos). Cette dépense représente d’ailleurs la plus grande part du budget de la CIC.

Voilà résumé le « système » coopérative intégrale ; nous reviendrons plus loin en détail sur certains de ses aspects. Ce qui ressort c’est une organisation coopérative avec initiative à la base, à l’action, où les groupes qui sont à l’origine de ces actions s’autogèrent. L’assemblée permanente est là pour prendre les décisions concernant l’ensemble des coopérateurs, pour coordonner le tout et veiller au respect des principes communs.

Une réunion de "Femmes libres" (photo CIC).

Une réunion du mouvement « Femmes libres » (photo CIC).

Un contexte historique déterminant

La Coopérative Intégrale Catalane s’enracine d’une part dans la tradition libertaire catalane et espagnole, que les quatre décennies du franquisme n’ont pas réussi à éradiquer (1), d’autre part dans l‘histoire récente des mouvements sociaux espagnols.

Aux origines de la CIC se trouve une sorte de coopérative test, la coopérative AlterComs (2006-2008). Le Premier séminaire de systèmes monétaires libres, en 2009 (dans le Haut Montseny), est un autre moment fondateur de la CIC.

Comme l’explique Carlos, de Coopération Intégrale Toulousaine, « la crise immobilière de la fin des années 2000 en Espagne a provoqué une flambée du chômage, jusqu’à 45 % chez les jeunes (malgré, souvent, leur haut niveau de qualification). »

Dans ce cadre se sont développées des luttes citoyennes comme celle de la PAH (Plataforma d’afectats per la hipoteca, plate-forme des personnes affectées par le crédit hypothécaire), née à Barcelone en 2009, et qui s’est étendue à toute l’Espagne. Ce mouvement a empêché, par des manifestations, de nombreuses expulsions de propriétaires de logement se trouvant dans l’impossibilité de payer leurs emprunts. Ada Colau, la maire de Barcelone, est l’une des fondatrices de la PAH et elle en a été la porte-parole.

Contre les expulsions (photo CIC).

Contre les expulsions (photo CIC).

Carlos complète : « A l’instar d’Occupy Wall Street, le mouvement des Indignés (15 mai 2011) et de nombreuses autres initiatives sont nés en Espagne, dans l’objectif d’essayer de sortir du capitalisme. Ces mouvements revendiquent une démocratie réelle, à l’opposé de la démocratie parlementaire représentative. » (2)

« Dans cet esprit, les créateurs de la Coopérative Intégrale Catalane ont choisi un système de prise de décisions au consensus et toujours au plus local.« 

« Dans le cadre du Réseau catalan pour la décroissance, ils ont d’abord sillonné toute la Catalogne, à vélo, de village en village, pour dire comment on sort concrètement du capitalisme, cela en s’appuyant sur plusieurs principes : manger local, créer des coopératives, s’organiser en réseau, en autogestion, et créer des monnaies locales.« 

« 45 villages se sont ainsi reliés (à partir de 2009). Ainsi ont été créés les éco-réseaux ; il s’agit de réseaux organisés à l’échelle la plus locale, celle d’un village par exemple.« 

Les fondateurs de la CIC font souvent référence à l’Appel international à la Révolution Intégrale, lancé en 2010, ainsi qu’au zapatisme : les notions de pouvoir exercé directement par le peuple et de communautés locales autogérées se retrouvent dans les coopératives intégrales.

Et puis, aux origines, il y a aussi Enric Durán, qui, par son apport théorique, a joué un rôle important dans l’émergence de la CIC. De 2006 à 2008, il a emprunté près de 500 000 €, au moyen de 68 prêts, auprès de 39 banques différentes, somme qu’il n’a jamais remboursée. Elle lui a servi à financer divers mouvements sociaux « et notamment le collectif Crisis qui a distribué deux journaux à grand tirage qui ont permis de dénoncer le rôle des banques dans la crise et d’expliquer le concept de coopérative intégrale » (cf. article d’Emmanuel Daniel dans Reporterre du 26/5/2015). Enric Durán a dénoncé le système de création monétaire, qui, en entraînant la dette, donne le pouvoir aux institutions financières internationales d’imposer la politique libérale (privatisations, plans d’ajustement structurel…).

Emprisonné pendant deux mois puis libéré sous caution, il a quitté l’Espagne, refusant de comparaître en justice dans des conditions qu’il estimait inéquitables.

Monnaie sociale : pour sortir du marché capitaliste

La monnaie sociale de la CIC, l’Eco, ne peut donner lieu à spéculation ou à intérêts. Contrairement à l’Euro et autres monnaies conventionnelles, elle est créée à partir de l’activité et de l’échange.

Cette monnaie virtuelle est ouverte à tous à travers une plate-forme informatique, Integral CES, une application propre à la CIC du CES (Community Exchange System). Le réseau CES, né en Afrique du Sud, s’étend aujourd’hui dans le monde entier (la péninsule ibérique est son plus grand utilisateur et représente le tiers des usagers). Le CES et l’Integral CES sont compatibles.

Tout le monde peut avoir accès à l’Eco sans autre lien obligatoire avec la CIC. En ouvrant un compte, on participe au système d’offre et de demande de biens ou de services.

Les éco-réseaux ont chacun leur monnaie sociale, reliée à l’Eco.

Les principales utilisations de la monnaie sociale sont les échanges au sein des éco-réseaux et entre eux, la CAC (centrale d’approvisionnement, qui approvisionne, dans toute la Catalogne, environ 30 dépôts locaux) et le paiement des services ou produits des « auto-ocupados ».

L’un des objectifs prioritaires de la CIC par rapport à l’Eco et aux monnaies des éco-réseaux, est de s’affranchir du marché capitaliste, contrairement aux monnaies locales qui existent, en Espagne et en France, en dehors des coopératives intégrales et donc l’objectif principal est de favoriser la consommation de produits locaux.

La monnaie sociale de la CIC encourage donc chaque utilisateur à trouver les produits et les services qu’il recherche en dehors du marché capitaliste, dans le système coopératif de la CIC ou dans la communauté d’échange que constitue chaque éco-réseau, et elle le pousse à être lui-même une source d’offre de produits ou services. Bref, pour vivre avec la monnaie sociale, il faut changer de vie pour arriver à trouver ses principaux moyens de subsistance (logement, alimentation, santé, habillement…) au sein du système coopératif et se passer de certains biens de la société de consommation ; en même temps, il faut pouvoir être fournisseur de la coopérative, pour équilibrer ce que l’on en retire.

Dans l’idéal, chaque utilisateur de monnaie sociale est consommateur et producteur et il apporte autant à la communauté d’échange qu’il en retire ; c’est le « principe de réciprocité », qui à son tour agit comme principe de stabilité monétaire (tendance à une balance équilibrée des échanges entre éco-réseaux) et amène une simplification de la gestion (réduction des opérations monétaires liées à l’échange).

La CAC, lieu de promotion de la monnaie sociale… ou, mieux encore, des échanges sans aucune monnaie

La Centrale d’Approvisionnement Catalane (CAC) met en relation des producteurs et des consommateurs pour les produits non périssables (conservation supérieure à un mois). Elle n’a pas et ne veut pas avoir de chambres froides, d’entrepôts ou de véhicules en nom propre et elle se concentre sur son rôle logistique de livraison aux participants, en s’appuyant sur une bonne gestion informatique. Pour leur part, les dépôts locaux (« rebosts » en catalan), gérés par les éco-réseaux, prennent en charge les produits frais.

Tous les mois, les producteurs annoncent les produits qu’ils peuvent offrir et les acheteurs (coopérateurs ou non), font leurs commandes ; la CAC livre les commandes de tous les groupes aux « rebosts », qui sont le point de livraison pour les adhérents du « rebost » mais aussi pour les groupes de consommateurs indépendants.

Actuellement, la CAC a 500 usagers, répartis dans plus de 30 « rebosts » (20 sont réellement actifs) et environ 10 groupes de consommateurs (en augmentation). Les paiements se font en euros et en ecos. La CAC prend 5 % du montant des ventes pour couvrir ses frais ainsi qu’un coût de transport mutualisé proportionnel au poids de la commande.

Les deux tiers environ des produits viennent de producteurs coopérateurs. Et, dernièrement, on a atteint le taux de 48 % des paiements en monnaie sociale (l’Eco) : ce taux a doublé depuis qu’est appliqué un adossement sélectif des ecos pour les achats en ecos réalisés par les producteurs.

Il s’agit là d’une question centrale pour la CAC. Certains produits sont payés pour partie en euros et pour partie en ecos ; d’autres entièrement en euros ou en ecos. C’est fonction des possibilités des producteurs d’écouler les ecos qu’ils reçoivent. A côté de cela, la CAC doit acheter certains produits en euros parce que c’est le seul moyen de pouvoir le acquérir. Vadó, l’un des quatre responsables de la commission CAC, cite l’exemple des bocaux de verre pour les conserves, très utilisés par les coopérateurs.

Vado, à côté du fourgon utilisé pour les livraisons de la CAC.

Vado, à côté du fourgon utilisé pour les livraisons de la CAC.

A une période, la CAC acceptait les paiements à 100 % en ecos, même si la CIC payait les fournisseurs en euros (la CAC étant une structure informelle, elle s’appuie sur la CIC pour les opérations officielles). Ce qui a causé un déséquilibre entre les besoins en euros et ceux qui rentraient.

Pour inciter les producteurs et les consommateurs à utiliser davantage la monnaie sociale, la CAC a décidé, en août dernier, de limiter l’adossement des ecos (la garantie qu’ils seront ensuite convertis en euros payés par la CIC) pour les producteurs et pour les consommateurs en fonction de leur participation aux échanges lors des six mois écoulés : plus tu consommes et plus tu produis (des produits et des services), et moins il y a de différence entre ta consommation et ta production et plus tu acceptes de monnaie sociale pour ce que tu offres à la CAC, plus tu bénéficies d’adossement, c’est-à-dire que plus tu peux payer en ecos adossés tes commandes à la CAC.

En même temps, l’objectif est de réduire au maximum les opérations monétaires : plus on échange, plus la différence payée en monnaie est faible. Et finalement le fait qu’elle soit en euros ou en ecos n’a qu’une importance relative.

Cette manière de faire, dit Vadó, s’avère efficace : « Depuis que nous avons mis en place l’adossement sélectif nous avons doublé le pourcentage moyen de monnaie sociale. Les gens choisissent des producteurs qui offrent davantage de produits en ecos et les producteurs en offrent davantage. C’est un bon moteur. Pour moi, il est essentiel de garantir l’adossement à ceux qui participent selon nos principes, puisque cela provoque une réaction en chaîne en leur faveur.« 

Un autre objectif de la CIC (et de la CAC) est d’aller de plus en plus vers l’approvisionnement local : « C’est un processus lent, il arrive presque à maturité« , dit Vadó. « Nous voulons que les « rebosts » canalisent les producteurs locaux vers le reste du réseau. » On demande donc aux « rebosts » d’identifier les producteurs dont la coopérative a besoin et de les certifier. Il y a un projet de label de confiance : chaque « rebost » certifiera des producteurs qui pourront vendre dans toute la CAC. Les critères sont toujours les mêmes : local, bio, éthique.

Ce processus va de pair avec la décentralisation de la CAC. Le projet est de faire en sorte que les « rebosts » proches commencent à s’interconnecter pour ensuite créer une centrale d’approvisionnement biorégionale. La CAC, ensuite, fusionnerait avec l’une des centrales biorégionales.

Vadó souligne d’autres problèmes éventuels qui peuvent surgir : « Nous n’avons pas de système de prix ; pour l’instant, nous nous basons en général sur l’euro mais juste pour avoir un point de comparaison. Nous voyons apparaître des petits symptômes de ce qui peut se produire au fur et à mesure de notre croissance : par exemple, certains producteurs ne réagissent pas comme nous l’espérons ; ils se considèrent en concurrence avec d’autres producteurs. Dans ce cas, la solution c’est de débattre, en assemblée, de la situation de chacun, des formes de production, d’échanger les connaissances et de trouver des accords sur la base de la solidarité.« 

Par ailleurs, il est nécessaire de contrôler l’origine des ecos : « Il y a eu une création de monnaie sociale sans limites, immature ; les gens cherchaient des ecos par tous les moyens. Chaque fois que nous voyons un numéro de compte que nous ne connaissons pas, nous demandons à la Commission Échanges et Monnaie Sociale d’évaluer l’éco-réseau lié à ce compte et de nous dire si cet éco-réseau est fiable. Il faut créer la confiance dans la monnaie sociale.« 

Vadó défend une idée forte : la CAC (avec aussi ses formes locales) « est une façon d’attirer les gens qui ne connaissent pas la coopérative ; chacun peut venir sans définir avec précision ses principes et la monnaie sociale n’est pas obligatoire ; c’est une bonne entrée. Et cela y compris pour les groupes de consommateurs qui paient en euros ; ainsi, ils consolident le système. C’est une économie duale« . Ensuite, peu à peu, l’usage de la monnaie sociale augmente et, surtout, à la fin, l’échange sans monnaie.

« Auto-ocupados » : au cœur de l’économie coopérative

Le système des « auto-ocupados » est l’un des facteurs de succès de la Coopérative Intégrale Catalane. Il permet à des personnes de créer leur emploi, et donc, leur revenu, dans le cadre coopératif ; donc de se libérer du système économique qu’ils rejettent. Pour la coopérative, il est un élément essentiel de concrétisation d’une nouvelle société.

La CIC apporte aux « auto-ocupados » les conseils nécessaires à la mise en place de leur activité et prend en charge une partie de la gestion administrative.

On compte environ 800 « auto-ocupados », avec toutefois un taux élevé de renouvellement (entrées et sorties), de l’ordre de 40 % chaque année. Leurs domaines d’activité sont variés avec une forte proportion de métiers artisanaux et de la santé. Beaucoup (environ la moitié) vendent leur production sur les marchés de proximité.

Le mécanisme des « auto-ocupados », tout en respectant les bases légales, tire parti de certaines dispositions : les « auto-ocupados » sont considérés comme des adhérents bénévoles de la coopérative (qui est reconnue comme ayant une finalité sociale). Ils n’ont donc pas à régler les frais habituels des travailleurs indépendants, comme l’impôt sur le revenu, et c’est la coopérative qui facture leurs prestations et règle la TVA s’il y a lieu.

Ils doivent par ailleurs acquitter à la CIC une cotisation proportionnelle à leur chiffre d’affaires. Celle-ci est la principale source de financement de la CIC (sinon pratiquement l’unique source).

Les « auto-ocupados » ne bénéficient pas de la couverture sociale qu’ils auraient s’ils avaient un statut de travailleur indépendant. Si leur activité le demande, ils doivent s’assurer en responsabilité civile. Ils peuvent aussi prendre une assurance personnelle, par exemple pour la retraite.

La CIC a mis en place une bourse de l’emploi (« Fem feina ») pour mettre en relation ceux de ses coopérateurs qui ont besoin d’aide et ceux qui sont en recherche d’activité.

On constate que certains « auto-ocupados » ont tendance à se servir de la coopérative, sans s’impliquer ; ils cherchent seulement une solution économique. « La coopérative« , dit Vadó, « a sa part de responsabilité : nous devrions être plus sélectifs, tenir compte du degré d’affinité des participants avec la coopérative en appliquant un filtre approprié dans le cadre du protocole d’accueil.« 

Santé : une expérience de centre auto-géré

La coopérative encourage les initiatives qui permettent de « récupérer le domaine public comme un bien collectif, ni étatique ni privé« , notamment en matière d’éducation, de santé, de logement, de transports, d’énergie.

En ce qui concerne la santé, une approche coopérative avait été menée avec le CAPS (Centre d’Autogestion Primaire de Santé). Plusieurs professionnels de santé et sociaux, intéressés par l’esprit de la CIC, s’étaient regroupés dans ce centre autogéré, dans les locaux d’Aurea Social (Carrer de Sardenya à Barcelone), où se situe le siège de la CIC. Ils accueillaient le public, prodiguaient des soins primaires et travaillaient sur la prévention.

Aurea Social, le siège de la Coopérative Intégrale Catalane, à Barcelone.

Aurea Social, le siège de la Coopérative Intégrale Catalane, à Barcelone.

Il y avait un esprit de lutte contre l’exclusion dans l’accès aux soins, exclusion croissante en Espagne (aussi, à un degré moindre en France) du fait de la baisse des budgets de santé et des privatisations.

Il était aussi question de construire un système mutualiste avec cotisations et prise en charge mutualisée des frais de santé.

L’expérience du CAPS s’est arrêtée pour plusieurs raisons : difficultés d’organisation ; inadéquation entre les moyens des utilisateurs et le revenu des professionnels ; divergences dans les approches thérapeutiques (alternatives ou non)… On peut parier que des expériences similaires ne tarderont pas à voir le jour. La mentalité, à la CIC, est de prendre en mains sa propre santé, avant tout de manière préventive, à l’opposé du système de consommation de santé en vigueur.

Sécurité sociale et système public coopératif

Actuellement, à la CIC, il n’existe pas de système de couverture sociale, de prestations chômage ou de retraite. Les coopérateurs comptent sur la solidarité de leurs semblables en cas de coup dur et mettent en cause le système étatique : « Nous ne pouvons pas parier sur une sécurité sociale, celle de l’État, que nous ne maîtrisons pas ; nous préférons tabler sur un système social qui ira en grandissant« , dit Dani, de la commission Communication.

A quoi pourrait ressembler une sécurité sociale coopérative ? « Pour moi« , dit Vadó, « le projet le plus important à l’heure actuelle c’est d’apprendre à gérer des fonds de secours ou des caisses de prévention pour couvrir les accidents au niveau des personnes et des groupes puis de les élargir pour une couverture interne (santé, retraite…), au moins à l’intention des plus impliqués, mais dans l’idéal pour tous. Pour que cela fonctionne, de nombreuses personnes doivent participer ; au niveau d’un « rebost » nous n’arriverons pas à couvrir grand-chose.« 

Vadó poursuit : « Il y a la question de savoir où l’on dépose l’argent de ces caisses pour commencer. Nous voulons nous passer des banques. Nous étudions la possibilité de proposer l’expérimentation pilote d’une caisse de prévention intégrée à la CAC, avec des cotisations volontaires : la CAC peut absorber ces fonds pour augmenter les achats qu’elle réalise avec son fonds de roulement. Cela reviendrait à conserver l’argent en l’utilisant non pas comme une banque ni en octroyant des prêts mais pour de l’achat-vente collectif. Cela permettrait de croître, de faciliter l’accès à des produits qu’actuellement nous offrons de façon limitée comme des PC, des panneaux solaires, des poêles, des appareils électriques… C’est urgent. Il faudrait commencer par un test.« 

« Il s’agit de remplacer les prestations de l’État. Nous n’y parviendrons que si nous nous mettons tous ensemble.« 

Ce qui nous amène à un autre sujet : « L’expérience de système public coopératif de la CIC pour la santé (comme avec le CAPS), pour l’éducation, s’est arrêtée. Mon avis c’est que ce système n’était pas viable parce qu’il était centralisé ; il ne peut fonctionner qu’au niveau local et en recevant l’appui de tous. On ne voulait pas d’un mécanisme de cotisations, d’impôts ; mais sans eux nous n’avons pas de moyens pour organiser le système public. Nous avons une peur irrationnelle d’un système collectif autoritaire, tout nous rappelle l’État et nous le rejetons. Mais je pense que maintenant ce mécanisme pourrait être accepté. Si l’on ne recueille pas des ressources on ne peut pas les redistribuer.« 

L’Albada : pour une éducation vivante et respectueuse

Des diverses expériences d’éducation, celle de L’Albada, à Arbucies (province de Gérone, en bordure du massif du Montseny), est certainement la plus représentative des objectifs de la Coopérative Intégrale Catalane. Dans cette école associative, quatre « éducateurs-accompagnants », une coordinatrice pédagogique et une coordinatrice technique, s’occupent de quatre groupes d’enfants et ados : petits, moyens, grands et adolescents. Ils sont aidés par des « volontaires en pratiques », issus principalement des familles, répartis dans différentes commissions de support au projet : entretien, nettoyage, cuisine, matériels.

Les enfants, une priorité. Photo prise lors d'un rassemblement d'éco-réseaux à Can Biarlu (photo CIC).

Les enfants, une priorité. Photo prise lors d’un rassemblement d’éco-réseaux à Can Biarlu (photo CIC).

L’association a pour objectif d’atteindre un effectif de 26 enfants, qui est son seuil d’équilibre pour couvrir les frais ; elle éprouve en ce moment des difficultés. En tant qu’école privée, elle ne bénéficie pas de subventions publiques. La CIC a aidé économiquement L’Albada pendant plus d’un an mais à la suite de plusieurs décisions de réduction des dépenses, ce n’est plus le cas.

Ses bases pédagogiques « s’appuient sur différents référentiels et expériences pédagogiques, sans se refermer sur aucune idéologie rigide.« 

« L’orientation actuelle de l’École » (en Europe), disent les promoteurs de L’Albada, « vient de la révolution industrielle ; elle a pour objectif de nous domestiquer et de nous apprendre à produire. Elle n’est pas pensée pour accompagner le développement des êtres humains.« 

Photo L'Albada.

Photo L’Albada.

Les préoccupations de L’Albada sont tout autres : « Nous ne donnons pas la priorité à l’apprentissage intellectuel au-dessus des autres capacités de la personne ; nous contemplons la beauté de l’être humain dans toutes ses dimensions, spirituelle, intellectuelle, physique psychomotrice et émotionnelle. » (…) « Si l’on ne l’interrompt pas par nos peurs, nos nécessités, il y a un processus qui n’a pas de fin : il est impossible que les enfants n’avancent pas ou qu’ils n’apprennent pas si on ne les déconnecte pas de l’envie de vivre et d’apprendre ; la pulsion vitale est innée chez eux.« 

Sources : Documentaire Dreceres et Albada Viva.

Réforme et révolution intégrale

A la CIC, on le voit, la stratégie n’est pas de changer la société mais de changer de société. Est-il vraiment impossible de changer le système de l’intérieur ? « On peut améliorer certaines choses« , dit Dani, « mais cela demande beaucoup de travail ; nous préférons construire autre chose, expérimenter d’autres types d’organisation et démontrer qu’ils peuvent être possibles. Les choses fondamentales doivent être changées de l’extérieur.« 

Integra Revolucio logo-briUne vision peu habituelle en France, où l’alternative politique se pose, pour l’instant, beaucoup plus en termes de réforme de la société que de changement radical. C’est que l’État français est encore vu par les générations les plus âgées comme l’héritier de l’État social construit par le Front Populaire de 1936 puis sur la lancée de la Libération.

Cet État social est certes intégré dans le système capitaliste : la richesse française repose en partie sur l’exploitation de ses anciennes colonies et sur le positionnement des entreprises franco-multinationales dans le monde. Cet État social est par ailleurs sans cesse grignoté par la mondialisation et le libéralisme (« there is no alternative ») mis en œuvre par les gouvernements successifs, tant de droite que du parti « socialiste ». Mais il en reste encore de solides bases et on peut se dire qu’il faut les sauvegarder et que ses principes peuvent servir à revenir à une société plus juste. Mais par quels moyens ? Par la réforme ou par la révolution intégrale ? …ou les deux à la fois ?

Une partie des jeunes générations françaises est plus ouverte à l’idée de révolution intégrale, même si on en parle peu en France dans ces termes. Les initiatives dans ce sens sont nombreuses, dans divers domaines (agriculture bio, Amap, habitat participatif, systèmes d’échanges locaux…) mais elles sont dispersées.

Et demain ?

Pour revenir à la Coopérative Intégrale Catalane, des questions se posent quant à son évolution. Elles ont trait à divers éléments : Tout d’abord, l’équilibre entre le local et le régional (au niveau de la Catalogne) dans le processus de décision. Vadó évoque le processus de décentralisation mis en œuvre au mois d’août avec la création d’assemblées biorégionales : « Dans les assemblées permanentes et les journées d’assemblée, qui sont des assemblées itinérantes, il y avait peu de participation. Nous avons essayé la participation virtuelle mais cela complique la modération et la répartition du temps. La seule solution c’est de décentraliser avec des assemblées plus locales. Il est plus facile de se coordonner quand on vit à proximité les uns des autres, il y a davantage de confiance. Passer au local était urgent.« 

Il y a, à la CIC, un principe fort qui est la décision au consensus. « Le consensus« , dit Vadó, « est un filet de sécurité pour éviter de tomber dans un système de vote qui méprise les minorités. Dans les assemblées biorégionales, il y a une proposition de limiter le droit de blocage : il devrait être argumenté et ne pas être le fait d’une seule personne mais d’un nombre minimum de personnes.« 

« On pourra aussi évoluer avec une forme de prise de décision plus rapide, pour des sujets urgents« , dit Vadó, mais la base sera toujours la démocratie réelle et par consensus.

Autre question majeure pour l’avenir de la CIC, Comment renforcer l’indépendance vis-à-vis du système Euro ?

Pour Vadó, « il y a des dépenses, comme le loyer, l’essence, dont nous ne pouvons pas nous passer facilement. Il nous faudra de nombreuses années pour y accéder en monnaie sociale. Un objectif réaliste serait moitié monnaie sociale-moitié euros. Il faut faire mûrir de grands projets d’agriculture, de logement, de communautés, produire des combustibles écologiques. Avant cela, il faut créer de bonnes bases ; la base la plus solide est le réseau collectif de consommation et de production.« 

Vadó met l’accent sur un point important pour lui : « Le système économique de réseau alternatif implique de créer des communautés notamment pour prendre en charge les enfants et les personnes âgées. La communauté pourrait s’organiser autour d’une école vivante, soutenue de manière coopérative par des familles qui privilégient l’éducation de leurs enfants. Elle pourrait aussi servir d’appui pour la formation des adolescents. Cela revient à se regrouper pour partager des ressources et des dépenses, et éventuellement l’habitation (chaque famille doit disposer de son propre espace, il y a l’espace intime et l’espace commun).« 

Un rassemblement d'éco-réseaux à Can Biarlu (photo CIC).

Un rassemblement d’éco-réseaux à Can Biarlu (photo CIC).

Autre question : Peut-il y avoir un essoufflement des initiatives ?

Ce n’est pas le sentiment de Vadó, pour qui « la coopérative est de plus en plus reconnue un peu partout. Nous avons désormais mis en place une structure stable. A travers la CAC, par exemple, il y a tous les mois de nombreux contacts dans toute la Catalogne, il y a de nombreux échanges et avec la décentralisation la participation et les échanges vont augmenter.« 

A peine cinq ans après son démarrage, la CIC, c’est un fait, a beaucoup avancé. Mais doit-on craindre, avec le succès, une tendance répressive de l’État ?

« La coopérative est allée très vite depuis le début, puis elle a marqué une pause« , dit Vadó. « C’est comme cela que nous devons fonctionner : croître lentement, par proximité, très discrètement. Quand on nous voit faire, cela donne envie de nous rejoindre. Je doute qu’il y ait une tendance répressive ; en cinq ans, il ne s’est rien passé. L’administration n’a pas intérêt à aller vers le conflit, cela nous renforcerait ; il est plus facile pour elle d’attendre en espérant que nous tombions tout seuls…« 

La Coopérative Intégrale Catalane est un vaste chantier. Elle sera ce qu’en feront ses membres, actuels ou futurs : « Les projets ne manquent pas« , dit Dani. « Ce qui manque c’est du concret. Pour être coopérateur, il suffit de payer 30 € et de remplir le formulaire ; mais si ensuite tu ne proposes rien et que rien ne t’intéresse, il ne se passe rien. » Il ajoute : « Quand il y a un fonctionnement vertical, autoritaire, les choses avancent plus vite. Nous avons choisi une structure horizontale… » Où, donc, l’avancement dépend de l’implication de chacun mais où le projet a beaucoup plus de chances d’être admis par tous.

Dans la Révolution Intégrale, disent ses partisans, « il n’y pas l’idée de la révolution à l’ancienne de prendre le pouvoir ou d’avoir le contrôle sur les autres mais c’est un processus révolutionnaire qui se développe dans tous les moments de notre vie quotidienne ; le centre de la Révolution Intégrale ce sont la personne et les formes de relations humaines, sociales et économiques. Cette révolution se fait, en parallèle, dans divers groupes. » C’est ainsi qu’elle peut s’étendre.

Ph.C.

1) Sur ce thème, lire la note de lecture du livre de José Peirats : « Les anarcho-syndicalistes espagnols, 1869-1939« .

La volonté populaire de s’auto-gouverner, en Catalogne et ailleurs, s’enracine aussi, plus anciennement (au moins depuis le Haut Moyen Âge), dans l’auto-gouvernement des communautés, rurales et urbaines, au moyen de conseils ouverts, et dans la propriété collective de l’espace naturel (avec des résistances populaires contre sa privatisation jusqu’au XXe siècle), comme le décrit David Algarra Bascón dans « El Comú Català, la història dels que no surten a la història«  (Ed. Potlatch, octubre 2015). Voir : Note de lecture / Site du livre / Information de la CIC au sujet du livre / Site Reconstruir el comunal.

2) Ce qui les différencie de Podemos qui, tout en parlant de démocratie réelle, participe aux élections. Barcelona en Comú, le mouvement mené par Ada Colau pour conquérir la mairie de Barcelone, a décidé de participer, avec « Podem », aux récentes élections législatives (aux Cortes : Sénat et Congrès des Députés) du 20 décembre 2015. Ce qui est une façon de jouer sur les deux tableaux.

Plus d’informations :

Coopérative Intégrale Catalane.

Documentaire vidéo « Dreceres« .

Manuel de désobéissance économique (manualdesobediencia, PDF en castillan) et site.

Enric Durán : émission de Radio Catalunya.

L’Albada : Site et Documentaire Dreceres (partie).

Articles de Reporterre : Ni capitallisme ni Etat / Hors Etat et hors marché / En Catalogne, une colonie éco-industrielle.

A lire dans le n°441 de la revue Silence (janvier 2016), un article sur Can Decreix (Cerbère, 66), « un centre pour améliorer les alternatives décroissantes« .

Un article récent (2/07/2016) d’Enric Durán dans Gazette Debout, « De la voie institutionnelle à la révolution intégrale », compare la stratégie de prise du pouvoir d’une certaine gauche, à l’instar de Podemos, de Syriza ou des gauches d’Amérique Latine, aux expériences de reconstruction de la société par le bas, celles des Zapatistes, des Kurdes du Rojava ou de la Coopérative Intégrale Catalane.

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La Révolution Intégrale

L’appel à la Révolution Intégrale énumère notamment les idées suivantes :

. Contre les dominations, construire d’autres sociétés à travers une révolution intégrale.

. Auto-organisation en assemblées populaires souveraines.

. Remise en question de l’État dans toutes ses versions.

. Récupérer la propriété comme bien commun.

. Construire un système public coopératif et auto-gestionnaire.

. Nouvelle économie basée sur la coopération et la proximité.

. Révolution intégrale à partir de groupes locaux avec un objectif global.

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Gestion forestière : formation et inventivité

Un exemple parmi bien d’autres d’initiative coopérative au sein de la CIC : Le Réseau des sciences, techniques et technologies de la coopérative (XCTIT, Xarxa de ciència, tècnica i tecnologia) propose, à l’approche de l’hiver, une formation de gestion forestière intitulée Ciasbe (Cura integral autosostenible del bosc i de l’entorn, Soins intégraux et durables de la forêt et de ses abords). Elle s’adresse à des personnes, projets et communautés en milieu rural, membres de la CIC ou non.

Il s’agit de se donner les moyens d’entretenir la forêt tout en en retirant une ressource énergétique et économique durable ; cela en prenant en compte la compréhension des écosystèmes et en veillant à la sécurité des abords (lutte anti-incendies).

Dans le même domaine, la XCTIT a étudié des outils tels qu’une machine pour produire de l’huile de chaîne de tronçonneuse ; elle travaille à la mise au point d’outils forestiers et de transformation, comme un tour à bois sans électricité.

Plus d’informations : XCTIT.

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Calafou : en route pour le post-capitalisme

Calafou, friche industrielle longée par une rivière hautement polluée, est un lieu chargé de symbole. Un groupe de la CIC y a créé une coopérative de logement et s’est centré sur les techniques et technologies comme instrument de lutte politique.

L'ancienne "colonie industrielle" de Calafou, au bord de l'Anoia. Construire un monde nouveau sur les ruines du capitalisme.

L’ancienne « colonie industrielle » de Calafou, au bord de l’Anoia. Construire un monde nouveau sur les ruines du capitalisme.

Dans la vallée de l’Anoia (à Vallbona d’Anoia, près d’Igualada), Calafou est une « colonie industrielle » (1) abandonnée qui a produit, selon les époques, des textiles, du papier, des persiennes et des sièges d’école. C’est l’un des projets phares de la Coopérative Intégrale Catalane. Lorsqu’on arrive, une inscription affiche la couleur : « CA LA FOU, Colónia Ecoindustrial. » L’adjectif « postcapitalista », qui suivait, a été récemment gommé.

L’industrie capitaliste est basée sur l’épuisement et la destruction des ressources naturelles et sur l’exploitation de la main-d’œuvre humaine. Les coopérateurs de la CIC ont décidé de « faire autre chose de ce lieu consacré au travail, de construire un monde nouveau sur les ruines du capitalisme« .

Le projet remonte à il y a quatre ans. Avant de se lancer, les personnes intéressées, au sein de la CIC, se sont donné un an de réflexion et de préparation. « Nous avions un projet assez clair mais avec le temps nous avons dû l’adapter« , explique Efkin, de la commission communication. La réflexion s’est référée notamment aux idées d’Enric Durán et de Didac Acosta sur le post-capitalisme : « Le post-capitalisme nous commençons à peine à entrevoir ce que cela peut être« , dit Efkin. Il y a une volonté de rendre cet espace industriel plus écologique. La vingtaine de nouveaux occupants du site produit de manière artisanale.

Une coopérative de logement

Ils ont commencé à réhabiliter les lieux. Vu leur étendue, trois hectares avec un bâti important, il y a fort à faire et cela prendra du temps. Concrètement, le groupe a créé un coopérative de logement : 27 logements des anciens ouvriers sont disponibles et en cours de rénovation. La coopérative de la CIC Masos Pel Decreixement a acheté le site à crédit, pour près de 500 000 €. Les coopérateurs intéressés peuvent soit louer temporairement un logement (pour 175 €/mois) soit l’acheter en crédit-vente (pour 17 000 €). En fait, si l’occupation est durable la location peut aussi se convertir en achat à crédit. C’est un peu « de chacun selon ses moyens ».

L'arrivée à Calafou.

L’arrivée à Calafou.

Quoi qu’il en soit l’achat ne donne pas droit à la propriété du logement ; c’est un simple « droit d’usage permanent », qui ne peut être cédé ni donner lieu à spéculation. « Le jour où nous serons solvables, nous commencerons à rendre l’argent à ceux qui seront partis« , dit Efkin.

Un certain nombre d’ateliers ont été aménagés sur le site. Leurs utilisateurs paient un loyer à la coopérative avec un montant minimum, accessible : « Celui qui veut ou qui en a la possibilité peut donner plus, chacun est libre.« 

A ce rythme, d’ici quatre à six ans, le site aura fini d’être payé.

« Nous nous sentons différents des communautés des années 1970« 

La coopérative, en fait, est encore informelle : ses statuts sont en cours de rédaction. Mais cela ne l’empêche pas de fonctionner : « C’est un projet d’assembléisme décentralisé. » L’assemblée générale, tous les dimanches, prend les décisions stratégiques. Il y a aussi des groupes de travail, relativement autonomes : économie, communication, réhabilitation, projets productifs, cuisine communautaire, espaces verts…

"Nous nous sentons différents des communautés des années 1970."

« Nous nous sentons différents des communautés des années 1970. »

Une partie des résidents (dix à quinze) vit là en permanence, certains depuis le début, d’autres viennent pour une période, puis repartent. C’est souvent en fonction de leurs projets, de la possibilité de trouver ici un local et des outils, ou d’une opportunité de travail à l’extérieur.

La vie à vingt ne pose pas de problème particulier. L’idéal, dit Efkin, « ce serait 50 personnes, pas plus. Au-delà, cela ne serait pas viable.« 

La coopérative est un « espace pacifique, de consensus ; nous n’acceptons pas la violence de genre, de race, ni la discrimination. Certes, il est difficile de vivre ici lorsqu’on est mal voyant ou en fauteuil roulant, une personne âgée ou un bébé. Nous nous efforçons d’améliorer l’accessibilité, mais le style de vie, c’est vrai, est dur. » Certaines pièces n’ont pas encore de fenêtres, d’autres ne sont pas faciles à chauffer.

Au sujet de la discrimination de genre, à Calafou, comme souvent à la CIC, on parle plus volontiers de « résidentes », de « coopératrices » : même si en fait la répartition entre hommes et femmes est assez équilibrée, c’est le féminin qui l’emporte. Une manière de dé-formater les esprits.

Le respect et la tolérance sont la règle, cela d’ailleurs très spontanément. La plupart des résidents est issue des mouvements sociaux de Barcelone, des squats…

Pour améliorer le fonctionnement, un système de parrainage a été mis en place. Chaque nouveau venu a une marraine ou un parrain. Au bout d’un mois, on réalise une évaluation informelle : « Si l’on a des engagements économiques, on doit les assumer ; le minimum c’est de participer aux assemblées et à un groupe de travail, ainsi qu’à deux après-midi de réhabilitation des lieux par mois. Celui qui n’arrive pas à assumer s’en rend compte par lui-même…« 

Au-delà du loyer pour le logement et/ou un atelier, chacun participe aux frais communs, à hauteur de 10 € par mois au minimum (celui qui peut donne davantage).

Un chantier à Calafou (photo CIC).

Un chantier à Calafou (photo CIC).

Quant à la vie en commun, elle est libre : « Nous nous sentons différents des communautés des années 1970. Par exemple, certains mangent chez eux, des groupes s’organisent pour manger ensemble, chacun organise sa propre vie.« 

Calafou est aussi un lieu d’accueil. De nombreuses personnes sont attirées par l’expérience et viennent voir et discuter. Les gens de l’extérieur viennent aussi participer aux chantiers de réhabilitation ou encore à des réunions et événements culturels et militants.

La vie à Calafou a évolué par rapport au début. « L’habitabilité s’améliore peu à peu« , dit Sheila. « Et le groupe est plus uni. Nous sommes beaucoup plus forts, nous nous occupons davantage les uns des autres. Et puis avant, il y avait énormément de visites, c’était un peu déstabilisant, maintenant c’est plus équilibré.« 

Chacun son projet

Le lieu est bien sûr très lié à la CIC, par l’état d’esprit mais aussi par des liens formels comme la monnaie sociale ou les « auto-ocupados » : en ce moment il y en a deux, qui travaillent avec la CIC pour les factures et leur participation financière.

Les résidents ont tous leur projet, dans une grande diversité. Ariel et Carlos, par exemple, réalisent des pages web, des documents 3D, des graphiques, des vidéos, des documentaires, animent des ateliers de formation. Alfredo met au point des outils informatiques, d’organisation, pour le réseau social de la CIC.

Sheila est artiste (cirque, animations pour les enfants) et travaille le samedi dans une boutique de diététique et nutrition. A Calafou, elle fabrique du savon à base d’huile d’olive recyclée, d’eau, de soude et de plantes médicinales. Le savon est surtout utilisé sur place, un peu vendu : « C’est pour tirer profit d’une matière première plutôt que de la jeter. Pour faire du commerce, il faudrait un autre état d’esprit : faire du savon bio, acheter de l’huile d’olive de qualité voire du karité en exploitant les Africains, faire de la publicité… Je n’ai pas envie de gagner ma vie comme ça.« 

Mandi, qui a une formation d’ingénieure des travaux publics, fait des travaux divers comme des installations électriques, les vendanges ou encore des liqueurs artisanales (« je ne les ai pas vendues« ) pour gagner sa vie avec des choses qui lui plaisent.

Efkin résume un état d’esprit assez général : « Nous n’avons pas vraiment la volonté de dégager des revenus, de travailler pour travailler ou pour gagner de l’argent.« 

Toutefois, les occupations, à Calafou, ne manquent pas. Hormis les tâches d’organisation commune et les chantiers de réhabilitation, il y a le jardin de plantes aromatiques et de légumes (actuellement un peu en sommeil), le poulailler, la fabrication de savon, de conserves et confitures (pour l’auto-consommation)…

L'atelier de menuiserie.

L’atelier de menuiserie.

Il y a aussi un atelier de mécanique, une fonderie expérimentale et un atelier de menuiserie bien équipé. Il a produit notamment pas moins de 500 chaises, dont une petite partie pour Calafou. Il y avait un « auto-ocupado » qui actuellement travaille ailleurs.

Calafou est aussi et peut-être avant tout un lieu d’expérimentation. C’est le cas par exemple avec le laboratoire de biologie, où ont été menées diverses expériences : de la culture de bactéries pour réaliser des calculs binaires avec des bactéries ; la mise au point d’un colorimètre pour mesurer la turbidité de l’eau, comme indicateur simple de pollution…

Il y a eu aussi un projet de réseau téléphonique international à partir de serveurs connectés entre eux.

Philosophie hacker, trans-féminisme, appropriation de son corps…

Calafou est attaché à la philosophie « hacker », « qui ne nécessite pas forcément de disposer d’un ordinateur : être hacker c’est réaliser soi-même quelque chose, mettre la main à la pâte, c’est casser avec la délégation qui consiste à faire faire les choses par quelqu’un d’autre comme dans le capitalisme. En fin de compte si tu es dépendant de quelqu’un, tu ne sauras jamais comment faire les choses.« 

Paula. Le laboratoire Pechblenda s'inspire de la philosophie "hacker" qui consiste à se prendre en charge, par exemple pour être l'acteur de sa propre santé.

Paula. Le laboratoire Pechblenda s’inspire de la philosophie « hacker » qui consiste à se prendre en charge, par exemple pour être l’acteur de sa propre santé.

Le laboratoire Pechblenda, de Paula, Klau et Beka, s’inspire de cette philosophie hacker. Elles utilisent les sciences et techniques dans un esprit d’appropriation du savoir et du savoir-faire, d’interdisciplinarité et de mise en réseau au niveau international : « La technologie est aux mains du capital ; comment sortir de cette réalité ?« . Il s’agit aussi de « produire pour le local« .

Leur travail a deux grandes orientations, la première plus directement pragmatique : répondre aux besoins techniques destinés à renforcer l’autonomie de Calafou. C’est ainsi qu’elles ont développé divers outils : lampes leds pour abaisser la consommation d’électricité, électrovannes, mécanisation de systèmes par exemple pour le remplissage des réservoirs de récupération de l’eau de pluie, réalisation de poêles pour le chauffage, arrosage automatique… Le tout évidemment la plupart du temps avec du matériel de récupération.

L’autre orientation est « un travail politique et artistique quotidien » lié notamment au trans-féminisme et au concept de « sans genre » : « Certaines naissent filles, d’autres garçons, transgenre ou hybrides« , dit Paula. « Cela a été effacé pour se conformer à la volonté de l’Église ; il faut rompre avec cette structure du patriarcat.« 

Le groupe a travaillé sur la dénonciation de l’utilisation de la femme comme objet d’observation scientifique et plus précisément sur les travaux de Sims, médecin-chercheur qui, vers 1840 en Alabama, a réalisé des expériences sur les organes génitaux de femmes africaines, esclaves, en les considérant comme des objets.

Autre piste, l’appropriation de la connaissance de son propre corps, au moyen de l’observation gynécologique et de l’auto-diagnostic. Pour cela, elles ont mis au point un spéculum à partir d’une imprimante 3 D et un système de caméra webcam avec microscope. L’idée est de pouvoir détecter d’éventuels problèmes gynécologiques.

Calafou est un lieu de recherche et d’expérimentation très ouvert, qui part dans de nombreuses directions. L’analyse politique n’est jamais absente.

1) Les colonies industrielles étaient des sites de production associés, sur un même lieu, à leur cité ouvrière. Elles ont été construites, pour la plupart, dans les deux dernières décennies du XIXe siècle.

Plus d’informations : Calafou / Pechblenda-transhack feminismo / Pechblendalab / Gynepunk-les sorcières cyborg.

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QLG Serveis Integrals : Convaincre par l’exemple

Les cinq membres de cette société informelle de services croient fermement dans le système coopératif. Ils utilisent la monnaie sociale qui pour eux est aussi un moyen d’amener de nouvelles personnes à rentrer dans le système.

QLG Serveis Integrals (services intégraux), dont le siège est situé à Sant Jaume Sesoliveres, dans la comarca (l’équivalent d’un canton) de l’Anoia, est née assez naturellement : « Nous nous sommes aperçus que nous étions cinq auto-ocupados de la Coopérative Intégrale Catalane, à travailler chacun de notre côté« , explique Juli. « Nous avons décidé d’unifier nos activités ; c’était un moyen de ne pas faire toujours le même travail.« 

L'équipe de QLG Serveis Integrals (photo QLG Serveis Integrals).

L’équipe de QLG Serveis Integrals (photo QLG Serveis Integrals).

En effet, QLG Serveis Integrals propose une grande diversité de prestations : théâtre (avec la Compagnie PuntMoc), organisation d’événements culturels, « travaux verticaux » (intervention sur des lieux difficiles d’accès, comme les façades), véhicules de loisirs (réparation de mobil-homes et de caravanes), maçonnerie, peinture, menuiserie, plomberie, électricité, travaux agricoles et de paysagiste…

Pour chacune de ces prestations, il y a une personne référente (celle qui connaît le métier et coordonne les travaux) et les autres l’aident. Cela apporte plusieurs avantages : avoir un travail varié, pouvoir répondre à des demandes diverses et avoir toujours de l’activité.

« Nous réfléchissons à l’opportunité de quitter la CIC et de monter notre propre coopérative« , dit Juli. « Nous nous entendons bien entre nous et nous aurions ainsi une structure juridique. A la CIC, la cotisation des auto-ocupados est assez élevée. Si tu factures beaucoup, cela représente presque 20 % du chiffre d’affaires. Avec la TVA (1), on arrive presque à 40 %. Et plus tu as de chiffre d’affaires, plus le taux à verser est élevé, ce qui réduit proportionnellement le bénéfice net. C’est lourd ; certes, la CIC se charge normalement de la facturation, en fait ici nous la faisons nous-mêmes, gratuitement, sur notre temps. Si nous avions plus de bénéfices nous pourrions investir là où nous pensons devoir le faire.« 

« La CIC paie des personnes, avec des rétributions, pour un travail administratif. Peut-être que la première des choses à faire, pour la CIC, serait d’acheter des logements et de donner à ses agents un logement et de quoi manger, plutôt que de les rémunérer pour qu’ils puissent payer leur loyer et leur nourriture. En Grèce, j’ai vu de nombreux collectifs, dans des hôpitaux, des usines, où le volontariat est la première forme d’organisation. Il faut se poser la question : nous faisons la révolution ou nous recherchons un emploi ? »

Juli souligne aussi le problème d’échelle de la CIC : « Essayer de se coordonner avec plus de 2 000 adhérents, c’est très difficile. La réforme en cours des biorégions est une bonne avancée mais elle n’est pas suffisante. Il faut aller vers quelque chose de plus local ; le maximum, c’est 30 personnes.« 

Il précise : « Ce que la CIC a fait jusqu’à maintenant, c’est super. Il fallait en passer par là pour nous rendre compte de certaines erreurs, pour apprendre.« 

Les membres de QLG Serveis Integrals parviennent à vivre de leur activité. Ils se font payer le plus possible en monnaie sociale (celles des éco-réseaux de l’Anoia et du Penedés). « J’achète mon alimentation uniquement en monnaie sociale« , dit Juli. « Je peux trouver, en monnaie sociale, des vêtements, des chaussures, des services, des massages, un mécanicien… Dans l’éco-réseau d’Anoia, les offres sont nombreuses ; nous sommes actifs.« 

Il poursuit : « Nous sommes demandeurs de davantage de monnaie sociale. Nos clients sont divers, il y a des coopérateurs et des personnes extérieures, c’est le réseau de clients que nous avons tissé. Quand nous leur parlons de monnaie sociale, ils sont souvent surpris et veulent en savoir plus, c’est une manière de faire connaître la CIC, de diffuser nos idées. C’est comme cela que nous progressons peu à peu dans notre petite région.« 

« Nous devons avancer patiemment, même si nous nous tromperons des milliers de fois« , conclut Juli.

1) En Espagne, l’IVA (impuesto al valor agregado).

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Eco-réseau d’Anoia : une dynamique propre

Tout en étant en phase avec la Coopérative Intégrale Catalane, l’éco-réseau d’Anoia a sa vie propre. Il met l’accent sur la nécessité de développer des liens entre les personnes, avant tout au niveau local.

« La comarca de l’Anoia a toujours été marquée par des mouvements sociaux, syndicaux, avec la CNT. Et puis il y a l’expérience de Calafou. L’éco-réseau est né un peu de tout ça, de ces personnes« , dit Lucie, qui consacre de son temps à l’éco-réseau (en partie en volontariat, en partie moyennant une rétribution).

Cet éco-réseau a trois ans d’existence ; au début, il avait peu de relations avec la CIC. Un petit groupe de personnes s’est organisé au niveau local avec des échanges de biens et de services en troc direct et en monnaie sociale. « Le travail de base était de créer du lien.« 

Capellades. La Vallée de l'Anoia est toujours marquée par l'industrie.

Capellades. La Vallée de l’Anoia est toujours marquée par l’industrie.

L’Anoia a sa propre monnaie sociale, sur l’ancienne plate-forme CES : « Elle est très performante et nous avons préféré en rester là. Un travail des programmateurs a permis de relier les bases de données de manière à permettre les échanges entre les deux plate-formes. » Échanges qui se font au niveau local mais aussi avec toute la Catalogne.

L’éco-réseau anime un dépôt (en catalan « Rebost » : cellier, magasin) de produits, alimentaires et autres. Produits qui viennent en petite partie de la CAC (Centrale d’Approvisionnement Catalane), en fait pour ce qui ne peut pas être produit localement. « Nous avons presque tout sur place : fruits et légumes, conserves, céréales, légumineuses, fromages de chèvre, yaourts…« . Les producteurs locaux vendent aussi à la CAC pour approvisionner les autres dépôts de Catalogne.

Il y a un grand débat sur la monnaie sociale : La CAC encaisse une partie en euros, parce que certains producteurs ne peuvent pas absorber suffisamment de monnaie sociale du fait qu’ils ont à payer leurs frais en euros. « Nous préférerions que la CAC ne nous propose pas certains produits si elle ne les trouve pas en monnaie sociale. Pour la CAC, c’est aussi une étape. La réflexion est en cours, à tous les niveaux.« 

Une vingtaine de personnes font régulièrement des commandes au Rebost. Lucie insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas que d’un point de vente ; il s’agit d’échanger, en monnaie sociale, dans l’esprit de producteurs-consommateurs (prosumidores) : une condition pour participer, c’est de s’insérer dans l’éco-réseau en offrant un produit, alimentaire ou non, ou un service.

On est donc en circuit fermé, de manière à rechercher l’auto-suffisance par rapport à la société. « Quelques uns, de plus en plus nombreux, sont à peu près auto-suffisants, disons à 70 %. L’éco-réseau est assez jeune et on ne change pas sa vie d’un coup.« 

Il y a, dans l’Anoia, un embryon de groupe santé, avec plusieurs professionnels (médecine alternative, chinoise, yoga, un pharmacien). Pour l’instant, le manque de local est un frein. « Et puis, nous n’avons peut-être pas besoin d’un groupe santé ; l’important, c’est de donner un accès facile de chacun à l’auto-soin. C’est peut-être ce qui bloque. Il ne s’agit pas de créer une Sécurité Sociale.« 

En matière de logement, il y a eu une expérience : un bâtiment avait été cédé par un membre du réseau ; il y avait un projet de le réhabiliter pour du logement social ou temporaire. Ça n’a pas marché, pour des raisons externes. Pour l’instant il n’y a pas d’autre opportunité de terrains ou de logements en cession.

« Nous avons réussi à obtenir une implication de tout le monde dans l’assemblée du Rebost« , note Lucie. « Par contre, encore pas mal de personnes ne s’approchent pas beaucoup de l’assemblée permanente de l’éco-réseau (qui n’a pas de forme légale). On y parle stratégie mais c’est très accessible.« 

Pour ce qui est des relations entre l’éco-réseau et la CIC, environ 40 à 50 % des membres de l’éco-réseau adhèrent à la CIC. « Ce n’est pas une obligation ; les assemblées sont ouvertes, chacun voit ce qu’il veut faire. Beaucoup utilisent les outils de la CIC dans leur vie quotidienne ; nous essayons de soutenir la CIC à l’échelle locale.« 

Ressort le débat sur la décentralisation de la CIC. « Ma vision« , dit Lucie, « c’est que la coopérative est un organisme vivant ; il n’y a pas besoin de liens structurels. Les biorégions, c’est une manière de décentraliser, je pense que l’on a pris le bon chemin : il y a plus de proximité et c’est plus facile de s’impliquer dans l’assemblée. Mais il faut aller plus loin, jusqu’à la base, au niveau d’un groupe « familial » ou de village, de vingt à trente personnes. »

« Bien sûr il y a un intérêt à garder des assemblées aux différentes échelles. Au niveau local on ne peut pas résoudre tous nos besoins. Mais il faut partir de la base : c’est une erreur historique de partir d’une coopérative pour décentraliser.« 

Lucie ajoute : « Le débat est très sain. Il y a beaucoup d’auto-critique, de conscience de ce qui se passe. Le groupe a une vraie volonté de changer les choses.« 

Plus d’informations : Eco-réseau d’Anoia.

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Coopération Intégrale Toulousaine : pas à pas mais sûrement

Un groupe est né à Toulouse, il y a trois ans. Il a commencé par définir ses objectifs et sa manière d’agir. Le lancement récent d’une monnaie sociale est un nouveau pas en avant.

L’origine de Coopération Intégrale Toulousaine (CIT) remonte à 2012 : un groupe de Toulousains avaient rencontré notamment Enric Durán, lors de la Marche catalane pour la décroissance. Puis un groupe de Catalans est venu présenter à Toulouse le projet de la Coopérative Intégrale Catalane. Le groupe toulousain a été créé en novembre 2012, avec une centaine de personnes.

Il s’est appelé jusqu’ici Coopérative Intégrale Toulousaine, mais l’assemblée d’octobre 2015 a décidé un changement de nom pour devenir « Coopération Intégrale Toulousaine ». Cela pour marquer qu’il s’agit d’un « réseau ouvert de groupes et personnes autonomes qui n’implique aucune adhésion ou statut de membre » (ce qui serait le cas avec une coopérative).

Après la création, la priorité a été donnée à la réflexion théorique, explique Jérôme (du comité d’accueil), et des groupes de travail ont été constitués, notamment pour écrire les statuts. Le groupe central s’est ensuite réduit à une dizaine de personnes au bout de six mois, mais il reste solide. « Le travail de construction est ingrat ; il a pu démotiver les gens« , dit Jérôme.

Une Agora de Coopération Intégrale Toulousaine (2015)

Une Agora de Coopération Intégrale Toulousaine (2015)

Bien que CIT s’inspire fortement de la coopérative catalane, le contexte, à Toulouse, est différent de ce qu’il est en Espagne : « Il y a là bas une culture de la réunion, du parler ensemble, que nous avons un peu perdue en France.« 

Il y a aussi d’importantes différences juridiques avec l’Espagne : CIT ne peut pas avoir le statut de coopérative (il faudrait par exemple avoir au moins deux salariés dans certaines formes de coopératives) ; elle a formé une association, et le statut fiscal des associations en France ne permet pas de mettre en place un système comme celui des « auto-ocupados ».

On l’a vu plus haut, l’esprit de CIT reste celui d’un groupe informel, d’une assemblée se réunissant tous les mois et ayant à sa disposition des outils et des services communs, parmi lesquels l’association, qui sert d’appui aux diverses nécessités légales, liées par exemple à la monnaie sociale ou à la centrale d’achat.

La monnaie sociale, outil majeur

Coopération Intégrale Toulousaine fonctionne à partir de l’assemblée générale mensuelle de tous les coopérateurs (l’Agora), avec des décisions au consensus : « Cela peut ralentir les choses mais au final, quand tout le monde est d’accord, on va plus loin.« 

Il y a des services communs (comité d’organisation de l’Agora, communication, outils informatique, juridique…). Et des groupes autonomes, qui prennent en charge diverses initiatives (groupement d’achats, imprimerie, bibliothèque, cuisine collective, apprentisseurses…).

Ces groupes sont en évolution permanente, au gré des projets et de l’implication de chacun. L’Imprimerie du Bambou est un service de reprographie pour réaliser divers documents. La cuisine collective met du matériel à disposition de ceux qui souhaitent organiser des repas, par exemple à l’occasion d’événements. Un groupe « apprentisseurses » est en formation : il envisage de répertorier les offres d’apprentissage et de les mettre à disposition sur internet (à CIT on préfère parler d’apprentissage que de formation, terme qui « laisse sous-entendre l’intervention d’un formateur(trice) et un rapport de domination dont nous souhaitons nous émanciper ».)

Le Groupement d’achats solidaires Epicerie de Toulouse (Gaset) est le groupe qui réunit le plus de personnes (une quarantaine). Mis en place en 2014, il consiste à faire des commandes groupées à divers producteurs. Il se limite pour l’instant aux produits secs, en attendant de pouvoir disposer d’un local, son absence étant un facteur limitant (au départ, on a pu utiliser un squat, ce qui n’est plus le cas). Le démarrage de la monnaie sociale et la coopération du Gaset avec celle-ci devraient entraîner un gain d’autonomie pour les coopérateurs-trices de ces deux groupes.

Un pas important à en effet été réalisé cet automne. Après une période d’essai en petit groupe, la monnaie sociale, l’Oseille, a été lancée progressivement à partir de septembre. Elle s’appuie sur la plate-forme informatique Integral CES.

Des expériences de monnaie locale existent dans la région toulousaine, comme le Sol Violette et le Sel Cocagne. A CIT, on ne veut pas un fonctionnement pyramidal ni d’indexation sur l’Euro et de compte dans une banque. On ne veut pas non plus être dans un rapport marchand, où l’acheteur négocie avec le producteur ou le vendeur de services. Le but, c’est non seulement d’acheter local mais aussi de sortir de l’Euro et de développer les échanges pour s’affranchir du système capitaliste.

La monnaie sociale de Coopération Intégrale Toulousaine a deux niveaux : l’Oseille, pour l’échange entre personnes et collectifs autonomes ; la Groseille, pour construire des passerelles avec les communs de CIT et les personnes qui les préservent et les diffusent.

Pour utiliser l’Oseille, il faut adhérer à l’association ; une sorte de parrainage est mis en place pour accueillir et susciter les candidats. Pour lancer le mécanisme, il faut au départ créer de la monnaie : il est donc demandé à ses utilisateurs de commencer par émettre une offre (de produits ou de services) avant d’être acheteurs.

L’étalonnage de l’Oseille se fait sur 60 oseilles pour une heure de service.

Le débat de savoir s’il faut payer différemment une heure de maçon ou une heure d’ingénieur n’a pour l’instant pas été tranché.

Le succès de la monnaie sociale dépendra de la réalité des échanges, c’est-à-dire du niveau d’intégration de chaque utilisateur dans le système coopératif pour satisfaire ses besoins quotidiens et apporter sa part au collectif. Mais aussi du nombre d’utilisateurs. La bonne taille serait 300 utilisateurs, estime Jérôme.

CIT, étant à Toulouse, est surtout composée de citadins, et peu de personnes ont des formations dans les métiers manuels. On entrevoit clairement la nécessité de compléter un jour l’offre en produits agricoles et services liés aux métiers artisanaux, notamment ceux du bâtiment. Le logement et l’alimentation viennent en effet en tête des besoins de base. Cette offre peut soit être intégrée dans CIT soit être trouvée dans des groupes voisins.

Un chaudron bouillonnant d’idées

Lors de l’Agora du 26 septembre, deux réflexions à long terme ont été évoquées. D’une part la création d’une coopérative d’achat de foncier pour créer des logements. A CIT, on n’est pas favorable à la location, à cause de ce qu’elle contient d’injustice sociale : elle permet à quelqu’un qui a hérité d’un capital d’en tirer un profit aux dépens du locataire. On étudie l’achat de bâtiment(s), qui pourraient être détenus par une structure coopérative, pour ne pas reproduire un schéma de société privée ; mais il faudrait un minimum d’argent…

Autre sujet de réflexion, une coopérative de travail : « Le monde dont nous rêvons ne passe pas par le travail« , dit un intervenant. « Mais nous avons besoin d’argent pour vivre dans cette société et faire fonctionner la coopérative intégrale tant qu’il reste une dépendance (vis-à-vis du système capitaliste). Le travail bouffe le temps et la vie des gens ; en société, il est leur activité majeure. » La coopérative de travail pourrait avoir plusieurs objectifs : accompagner les porteurs de projet, administrativement et comptablement ; procurer des ressources à CIT.

La réflexion a porté aussi sur les relations avec les gens qui, hors de CIT, mènent des initiatives qui peuvent aller dans le même sens ; et sur les moyens pour tisser des liens.

A une échelle encore modeste, Coopération Intégrale Toulousaine est un groupe très vivant, en mouvement. Il suffit d’assister à une agora pour voir à quel point c’est un chaudron bouillonnant d’idées et un lieu de débat.

Plus d’informations : Coopération Intégrale Toulousaine.

* * * * *

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REVOLUCION INTEGRAL : …………………. No quieren reformar la sociedad, sino construir otra

El movimiento de la cooperativas integrales, nacido en Cataluña, se va extendiendo poco a poco. Sus miembros han renunciado a reformar la sociedad. Prefieren construir otra, « liberada de la dominaciones capitalista, de género y de raza » ; una sociedad sin Estado, en la que los ciudadanos ejercen juntos un poder autónomo, a partir de abajo. Las principales herramientas para llegar a esto son la democracia directa, unas estructuras cooperativas y la moneda social como medio de intercambios que escapen al sistema dominante.

Esta utopía es fuerte. Va seduciendo a miles de personas que se emplean, día tras día, a hacerla realidad.

VOIR LA VERSION FRANÇAISE

Debate y fiesta en la casa okupa de Kan Kolmo, en Girona (photo CIC).

Debate y fiesta en la casa okupa de Kan Kolmo, en Girona (photo CIC).

 

DOSSIER

. La Cooperativa Integral Catalana.

. Calafou : en camino hacia el post-capitalismo.

. Eco-redes : una dinámica propia.

. Coopération Intégrale Toulousaine : paso a paso pero con determinación.

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Entre 2 000 y 7 000 cooperadores

La Cooperativa Integral Catalana (CIC, nacida en 2010), que está al origen de aquél movimiento, reúne en toda Cataluña a más de 2 000 personas ; y quizás hasta se puede hablar de unas 6 000 o 7 000 personas, más o menos implicadas. En efecto, gran parte de la actividades en torno a la cooperativa integral se desarrollan de modo informal y es difícil registrar las numerosas iniciativas locales, autónomas por definición.

Lo cierto es que el movimiento va difundiéndose en España y fuera. Hay actualmente, en España, una quincena de cooperativas integrales, la mayor parte a nivel de una región o de una ciudad. En Francia, varias cooperativas integrales fueron creadas más recientemente (como la de Toulouse : leer más lejos).

Un funcionamiento más que todo informal

El funcionamiento de la CIC es sencillo : se da prioridad a la iniciativa local mientras la asamblea permanente coordina. Pero a la vez es un poco difícil de concebir porque la organización informal prima sobre las estructuras oficiales. Estas se van creando según las necesidades, de modo pragtico.

La base del funcionamiento de la CIC es la asamblea permanente, que reúne más o menos cada mes a los cooperadores quienes lo desean. La decisiones se toman según el principio del consenso.

Una Asamblea Permanente de la CIC (19/10/2014).

Una Asamblea Permanente de la CIC (2015).

Diariamente, el trabajo de organización lo realizan comisiones (con temas permanentes) o grupos (con temas puntuales). La comisiones están agrupadas en nodos temáticos, para favorecer la cohesión de sus actividades.

Se ha emprendido un proceso de descentralización con la reciente creación de asambleas « bioregionales », en cada una de las tres regiones de la CIC, norte, centro y sur.

Pero la otra base de la CIC son las eco-redes o redes locales. Las hay 25 en actividad ; son autónomas y sus actividades son tan diversas como los procesos que las han dado a luz.

Estas eco-redes están concretamente vinculadas entre ellas por la CAC (Central de Abastecimiento Catalana) y por la moneda social. Esta permite a la CAC funcionar pero también permite numerosos otros intercambios de bienes y servicios. Las eco-redes tienen generalmente sur propia moneda social, a escala local, y ésta es convertible en moneda social de la cooperativa, el Eco.

La Cooperativa Integral Catalana no tiene, por ella misma, existencia jurídica. Está formalmente estructurada en tres cooperativas principales : la CASX (Cooperativa d’Autofinançament Social en Xarxa = Cooperativa de auto-financiación social en red) ; una cooperativa de patrimonio (Masos pel decreixement), que permite disponer de una estructura jurídica para la posesión de inmuebles ; y una cooperativa de profesionales (Xarxa Interprofesional).

Esta última ha servido de apoyo, al principio, a unas 800 personas para crear su propio empleo. Los llaman los « auto-ocupados ».

En realidad, se crea una nueva cooperativa cada vez que es necesario : esto para limitar su tamaño (y así facilitar su trabajo) y porque cada cooperativa tiene un nivel de « responsabilidad limitada » que es mejor no rebasar : la responsabilidad limitada es una característica de la forma legal de la cooperativa la cual implica que los « socios » no son responsables económicamente ; en caso de riesgo solo queda expuesto el capital social. Por otra parte está la limitación de número de « socios auto-ocupados » que se quiere establecer para cada nueva cooperativa ; esta limitación no es limitación de responsabilidad de los socios sino limitación de volumen de facturación por temas de hacienda e IVA.

Hay otro aspecto en la organización : la CIC compensa económicamente (« asignación« ) a 50 militantes quienes hacen para ella trabajo militante de tipo administrativo y organizativo. Las asignaciones van de unas 300 a 900 unidades monetarias, en euros o en ecos (representa este gasto la mayor parte del presupuesto de la CIC).

Así se puede resumir el « sistema » de la cooperativa integral ; volveremos más lejos con más detalles sobre algunos de sus aspectos. Lo que se puede destacar es una organización cooperativa con iniciativa en la base, en la acción de los grupos de base que se auto-gobiernan. El papel de la asamblea permanente es tomar las decisiones que atañen al conjunto de los cooperadores, es coordinar y es velar por el respeto de los principios comunes.

Foto CIC.

Foto CIC.

Un contexto histórico determinante

La Cooperativa Integral Catalana se enraíza por una parte en la tradición libertaria catalana y española, con la que los cuatro decenios del franquismo no lograron acabar (1), y por otra parte en la historia reciente de los movimientos sociales españoles.

En el origen de la CIC encontramos lo que se puede considerar como una cooperativa de pruebas, Altercoms (2006-2008). El Primer seminario de sistemas monetarios libres, en el año 2009 (en Alto Montseny), es otro evento fundador de la CIC.

Como lo explica Carlos, de Coopération Intégrale Toulousaine, « la crisis inmobiliaria del final de los años 2000 en España provocó un aumento súbito del paro, hasta el 45 % entre los jóvenes (a pesar de su nivel de cualificación generalmente elevado).« 

En este contexto se desarrollaron luchas ciudadanas como la de la PAH (Plataforma d’afectats per la hipoteca), surgida en Barcelona en 2009, y que se extendió a toda España. Este movimiento ha obstaculizado, por manifestaciones, numerosos desahucios de propietarios de alojamientos que se encontraban en la imposibilidad de pagar sus préstamos. Ada Colau, la alcaldesa de Barcelona, fue una de las fundadoras y la portavoz de la PAH.

Foto CIC.

Foto CIC.

Carlos completa : « Siguiendo el modelo de Occupy Wall Street, el movimiento de los Indignados (15 de mayo de 2011) y numerosas otras iniciativas surgieron en España, con el objetivo de intentar salir del capitalismo. Estos movimientos propugnan una democracia real, al contrario de la democracia parlamentaria representativa. » (2)

« Con esta idea, los creadores de la Cooperativa Integral Catalana han elegido un sistema de toma de decisiones al consenso y siempre al nivel más local.« 

« En el enfoque de la Red catalana por el decrecimiento, recorrieron toda Cataluña, en bicicleta, de pueblo en pueblo, para decir cómo se sale concretamente del capitalismo, esto apoyándose en varios principios : comer productos locales, crear cooperativas, organizarse en redes, en autogestión y crear monedas locales.« 

« Así se unieron 45 pueblos (a partir de 2009). Y se crearon las eco-redes ; son redes organizadas a la escala más local, la de un pueblo por ejemplo.« 

Los fundadores de la CIC se refieren a menudo al Llamamiento internacional para la Revolución integral, difundido en 2010, y también al zapatismo : las nociones de poder ejercido directamente por el pueblo y de comunidades locales auto-gobernadas se vuelven a encontrar en las cooperativas integrales.

Por fin, en el origen, también hay Enric Durán quién, por su aportación teórica, desempeñó un papel importante en la emergencia de la CIC. Entre 2006 y 2008, él había contratado 68 préstamos, ante 39 bancos diferentes, por un importe total de cerca de 500 000 €, que nunca devolvió. Este dinero lo empleó a financiar varios movimientos sociales « y entre ellos el colectivo Crisis, el cual distribuyó dos periódicos con tirada elevada para denunciar el papel de los bancos en la crisis y explicar el concepto de cooperativa integral«  (cf. artículo de Emmanuel Daniel en Reporterre de 26/5/2015). Enric Durán ha denunciado el sistema de creación monetaria que, al provocar la deuda, da el poder a las instituciones financieras internacionales para imponer la política liberal (privatizaciones, planes de ajuste estructural…).

Encarcelado durante dos meses y luego liberado bajo fianza, dejó España, negándose a comparecer ante la justicia en condiciones que él consideraba injustas.

Moneda social : para salir del mercado capitalista

La moneda social de la CIC, el Eco, no puede ser objeto de especulación ni producir intereses. Al contrario del Euro y otras monedas convencionales, es creada a partir de la actividad y de los intercambios.

Cualquier cooperador puede tener acceso a esta moneda virtual por una plataforma informática, Integral CES, una aplicación a la CIC del CES (Community Exchange System). El CES es una red, nacida en África del Sur, que se extiende ahora en el mundo entero (la península ibérica es su mayor usuario y representa el tercio de los usos). El CES y el Integral CES son compatibles.

Se puede tener acceso al Eco sin otro vínculo obligatorio con la CIC. Al abrir una cuenta, se puede participar al sistema de oferta y demanda de bienes o servicios.

Cada eco-red tiene su moneda social, la cual está vinculada con el Eco.

Los principales usos de la moneda social son los intercambios en y entre las eco-redes, la CAC (Central de Abastecimiento Catalana que abastece, en toda Cataluña, unas 30 despensas locales) y el pago de servicios o productos de los « auto-ocupados ».

Respecto al « Eco », un objetivo prioritario de la CIC, al igual que de las monedas de las eco-redes, es liberarse del mercado capitalista, lo que no es el caso de monedas locales que existen en España y en Francia fuera de las cooperativas integrales, y cuyo objetivo principal es favorecer el consumo de productos locales, sin más.

Esta moneda anima pues a cada usuario para que encuentre los productos y servicios que necesita no en el mercado capitalista sino dentro del sistema cooperativo de la CIC o dentro de la comunidad de intercambio que es cada eco-red, y le lleva a ser él mismo una fuente de oferta de productos o servicios. En suma, para vivir con la moneda social, hay que cambiar de vida para lograr encontrar sus principales medios de subsistencia (alojamiento, alimentación, salud, vestidos…) dentro del sistema cooperativo y abstenerse de ciertos bienes de la sociedad de consumo. Idealmente, cada usuario es consumidor y productor, y aporta a la comunidad de intercambio tanto como obtiene de ella ; éste es el « principio de reciprocidad« , que a su vez actúa como principio de estabilidad monetaria (tendencia al balance cero entre eco-redes) y simplificación del mantenimiento (reducción de operaciones monetarias de cualquier tipo por medio del intercambio).

La CAC, lugar de promoción de la moneda social… o, mejor, de los intercambios sin moneda alguna

La Central de Abastecimiento Catalana (CAC) pone en relación productores y consumidores para productos con una caducidad mínima de un mes. No tiene ni quiere tener frigoríficos, almacenes o vehículos propios, sino distribuir toda la logística entre los participantes, mediante una buena gestión informática. Por su parte, las despensas locales (« rebosts » en catalán), gestionadas por las eco-redes, se encargan de los productos frescos.

Cada mes, los productores anuncian los productos que pueden ofrecer y los compradores (cooperadores o no), hacen su pedido ; la CAC reparte los pedidos de todos los grupos en los rebosts, que son los puntos de entrega de grupos de consumo, comisiones y rebosts.

Actualmente, la CAC tiene unos 500 usuarios, repartidos en más de 30 rebosts (20 son realmente activos) y unos 10 grupos de consumo (en crecimiento). Los pagos se hacen en euros y en ecos. La CAC cobra un 5 % del importe de las ventas para gastos y un coste de transporte cooperativizado proporcional al peso del pedido.

Aproximadamente los dos tercios de los productos proceden de productores cooperadores. Y, últimamente, se ha llegado al 48 % pagado en moneda social (el Eco) : esta proporción ha duplicado desde que se aplica un respaldo selectivo para la compra en ecos por parte de los productores.

Esto es una cuestión central para la CAC. Ciertos productos son pagados en parte en euros y en parte en ecos ; otros totalmente en euros o en ecos. Esto según las posibilidades de los productores de usar los ecos que reciben. Además la CAC tiene que comprar ciertos productos en euros porque es el único modo de encontrarlos. Vadó, uno de las cuatro personas de la comisión CAC, toma el ejemplo de los botes de cristal para conservas, muy usados por los cooperadores.

Vadó, cerca de la camioneta usada para las entregas de la CAC.

Vadó, cerca de la camioneta usada para las entregas de la CAC.

Hubo un momento en el que la CAC aceptaba los pagos 100 % en ecos, aunque la CIC pagara a los proveedores en euros (en realidad, la CAC es una estructura informal ; se apoya en la CIC para las gestiones oficiales). Lo que ocasionó un desequilibrio entre la necesidad de euros y los ingresados.

Para incentivar a los productores y a los consumidores a usar más moneda social, la CAC decidió en agosto pasado limitar el respaldo en ecos (luego convertidos en euros pagados por la CIC) a los productores y consumidores en función de su participación en los intercambios en los seis meses pasados : Cuanto más consumes, más produces, menor es la diferencia entre tu consumo y tu producción y más moneda social aceptas por lo que ofreces en la CAC, más respaldo tienes, es decir, con más ecos puedes pagar tus pedidos a la CAC. Además, el objetivo es reducir lo más posible las operaciones monetarias : cuando más se intercambia, menor es la diferencia que se paga en moneda. Y el hecho de que sea en euros o en ecos, finalmente, tiene menor importancia.

Esta manera de hacer, dice Vadó, se muestra eficaz : « Desde que se empezó el respaldo selectivo se ha duplicado el porcentaje medio de moneda social. La gente escoge a productores que ofrecen más productos en ecos y los productores aceptan más ecos. Es un buen motor. Para mí es clave respaldar a quién participa según nuestros principios ya que se genera una reacción en cadena a favor de éstos.« 

Otro objetivo de la CIC (y de la CAC), ir más y más hacia el abastecimiento local : « Es un proceso lento, ya casi maduro« , dice Vadó. « Queremos que los rebosts canalicen a los productores locales hacia el resto de la red. » Se pide pues a los rebosts que identifiquen a los productores de los cuales la cooperativa necesita y que los avalen. Hay un proyecto de sello de confianza : cada rebost pondrá el aval a productores para distribuir en toda la CAC. Los criterios son los mismos de siempre : local, ecológico, ético.

Este proceso es, al mismo tiempo, el de la descentralización de la CAC. El proyecto es que empiecen a conectarse los rebosts próximos para luego crear una central de abastecimiento bioregional (CAB). La CAC, a su vez, se fundiría en una de las centrales bioregionales.

Vadó subraya otras posibles cuestiones que solucionar : « No tenemos sistema de precios ; por ahora generalmente nos basamos en el euro pero no más que para tener una comparación. Vemos pequeños síntomas de lo que puede venir cuando crezcamos : por ejemplo, ciertos productores no reaccionan como esperamos, sintiendo que compiten con otros productores ; cuando esto se produce, la solución es hablar juntos en asamblea para compartir situaciones, formas de producción, conocimientos y establecer acuerdos sobre la base del apoyo mutuo.« 

Es por otra parte necesario controlar el origen de los ecos : « Hubo un desarrollo de moneda social sin límites, inmaduro ; la gente buscaba ecos con cualquier medio. Cada vez que vemos un número de cuenta que no conocemos, pedimos asesoramiento a la Comisión de Intercambio y Moneda Social (CIMS) para que evalúe su eco-red y nos diga si para ella es confiable esa eco-red.« 

Vadó defiende una idea fuerte : La CAC (y sus formas locales) « es un atractivo para los que no conocen la cooperativa ; cada uno puede venir sin definir exactamente sus principios y la moneda social no es obligatoria, esto es una buena entrada. Incluso para los grupos de consumo que pagan en euros ; así respaldan el sistema. Es una economía dual. » Y luego, poco a poco, se aumenta el uso de moneda social y sobre todo, al final, el intercambio sin moneda.

« Auto-ocupados » : al centro de la economía cooperativa

El sistema de los « auto-ocupados » es uno de los factores de éxito de la Cooperativa Integral Catalana. Permite a personas crear su empleo y, por consiguiente, asegurar sus ingresos, en el cuadro cooperativo ; así tienen la posibilidad de liberarse del sistema económico que rechazan. Para la cooperativa, los auto-ocupados son un elemento esencial para ir concretando una nueva sociedad.

La CIC proporciona a los auto-ocupados los consejos necesarios para el desarrollo de su actividad y se encarga de una parte de la gestión administrativa.

Son unos 800 auto-ocupados, aunque con una proporción relativamente alta de movimiento (altas y bajas), algo como el 40 % cada año. Sus campos de actividad son diversos con una fuerte proporción de profesiones artesanales y de la salud. Muchos (más o menos la mitad) son feriantes (venden sus productos en los mercados).

El mecanismo de los auto-ocupados, al tiempo que respeta las bases legales, beneficia de ciertas disposiciones : los auto-ocupados son considerados como socios voluntarios de la cooperativa (la cual tiene reconocimiento con finalidad social). Por ello no tienen que pagar los gastos habituales de los trabajadores por cuenta propia, como el IRPF, y es la cooperativa la que factura sus prestaciones y paga el IVA si es conveniente.

Por otra parte han de pagar a la CIC una cuota proporcional a su volumen de negocios. Esta cuota es la principal fuente de ingresos de la CIC (o sea casi la única).

Los auto-ocupados no benefician de la cobertura social de la que disfrutarían si tuvieran un estatuto de trabajador por cuenta propia. Si su actividad lo requiere, tienen que suscribir un seguro de responsabilidad civil. Pueden también asegurarse personalmente, por ejemplo para una pensión de jubilación.

La CIC ha creado una bolsa de trabajo (« Fem feina ») para poner en relación a los cooperadores quienes necesitan ayuda y a los que están en busca de actividad.

Se observa que algunos auto-ocupados tienen tendencia a usar de la cooperativa, y no a implicarse en ella ; solo buscan una solución económica. Esto, dice Vadó, « es también una responsabilidad de la cooperativa, el ser más selectiva según el grado de afinidad de los participantes, aplicando un filtro adecuado durante el proceso de acogida.« 

Salud : una experiencia de centro autónomo

La cooperativa promueve las iniciativas que permitan « recuperar lo público como un bien colectivo – ni estatal ni privado« , en particular en materia de educación, salud, vivienda, transportes, energía.

En cuanto a la salud, un enfoque cooperativo había sido llevado con el CAPS (Centro de Autogestión Primaria en Salud). Varios profesionales de salud y sociales, interesados por la manera de ver de la CIC, se habían juntado en un centro autónomo, en el piso de Aurea Social (Carrer de Sardenya en Barcelona), en el cual se ubica la sede de la CIC. Ellos atendían al público, proporcionaban asistencia básica y promovían la prevención.

Aura Social, sede de la Cooperativa Integral Catalana, en Barcelona.

Aura Social, sede de la Cooperativa Integral Catalana, en Barcelona.

Había un enfoque de lucha contra la exclusión del acceso al cuidado, una exclusión que va creciendo en España (y también, en menor grado, en Francia) por causa de las rebajas de los presupuestos de salud y de las privatizaciones.

También se trataba de construir un sistema mutualista con cuotas y toma en carga compartida de los gastos de salud.

Se acabó la experiencia del CAPS por razones múltiples : dificultades de organización ; desajuste entre los recursos de los usuarios y los ingresos de los profesionales ; discrepancias en los enfoques terapéuticos (alternativos o no)… Se puede apostar a que experiencias similares no tardarán en surgir. La mentalidad es tomar en manos su propia salud, antes de todo de manera preventiva, al opuesto del sistema de consumo de salud vigente.

Seguridad social y sistema público cooperativo

Actualmente en la CIC no existe sistema de cobertura social, de prestaciones de desempleo o de jubilación. Los cooperadores cuentan con la solidaridad de sus prójimos en caso de dificultad e impugnan el sistema estatal : « Hay que escoger entre apostar por una Seguridad Social, la del Estado, que no controlamos o apostar por un sistema social que va creciendo« , dice Dani, de la comisión Comunicación.

¿ A qué podría parecerse una seguridad social cooperativa ? « Para mí« , dice Vadó, « el proyecto más importante ahora es aprender a gestionar fondos de emergencia o cajas de resistencia para cubrir desastres de las personas y grupos y luego ampliarlo para cobertura interna (salud, retiro…), a lo menos a los más implicados y mejor a todos. Para que sea útil debe participar mucha gente, a nivel de un rebost no va a llegar para cubrir algo.« 

Prosigue Vadó : « Hay la cuestión de saber dónde se guarda el dinero de estas cajas para empezar. Queremos prescindir de bancos. Se está trabajando en una propuesta de prueba piloto para una caja de resistencia integrada en la CAC, con aportaciones voluntarias ; la CAC puede absorber esos fondos para aumentar los productos que compra con su fondo de liquidez. Esto significaría guardar el dinero usándolo no como un banco ni mediante un sistema de préstamos sino como compra-venda colectiva. Permitiría crecer, facilitar acceso a productos que ahora no estamos ofreciendo de forma ilimitada como PC, placas solares, estufas, aparatos eléctricos… Es una urgencia. Habría que hacer una prueba primero.« 

« Se trata de sustituir la prestaciones del Estado. Solo podremos hacerlo si colaboramos todos.« 

Esto está vinculado con otro tema : « El sistema público cooperativo de la CIC de salud (como el CAPS), de educación, se detuvo. Mi punto de vista es que no se podía sostener centralizado, solo se puede a nivel más local y recibiendo el apoyo común. Se rechazaba un sistema con cuotas, impuestos ; pero sin ellos no tenemos medios para organizarlo. Tenemos un miedo irracional a un sistema colectivo autoritario, cada cosa nos recuerda el Estado y lo rechazamos. Ahora creo que se podría aceptar. Si no se recaudan recursos, no se pueden redistribuir.« 

L’Albada : para una educación viva y respetuosa

Entre las diversas experiencias de educación, la de L’Albada, en Arbúcies (provincia de Girona, en la periferia del macizo del Montseny), es probablemente la s representativa de los objetivos de la Cooperativa Integral Catalana. En esta escuela asociativa, cuatro « educadors-es/acompanyants », una coordinadora pedagógica y una coordinadora técnica cuidan de cuatro grupos de niños y adolescentes : pequeños, medianos, grandes y adolescentes. Les ayudan unos « voluntarios en prácticas », venidos principalmente de las familias y quienes se reparten en diferentes comisiones de apoyo al proyecto : mantenimiento, limpieza, cocina, materiales.

Los niños, una prioridad. Foto sacada en un encuentro de eco-redes en Can Biarlu (foto CIC).

Los niños, una prioridad. Foto sacada en un encuentro de eco-redes en Can Biarlu (foto CIC).

La asociación apunta un objetivo de 26 niños, que es el punto de equilibrio para cubrir los costes ; actualmente conoce ciertas dificultades. Como escuela privada, no recibe subvenciones públicas. La CIC estuvo apoyando económicamente a LAlbada durante mas de un año, pero a causa de varias decisiones de reducción de gastos se detuvo.

Sus bases pedagógicas « están basadas en diferentes referencias y experiencias pedagógicas, sin encerrarse en ninguna ideología rígida.« 

« El sentido actual de la Escuela » (en Europa), dicen los constructores de L’Albada, « viene de la revolución industrial para tenernos domesticados y enseñados para producir. No está pensado para acompañar los procesos de las personas.« 

Foto L'Albada.

Foto L’Albada.

Las preocupaciones de L’Albada son muy diferentes : « No priorizamos el aprendizaje intelectual por encima de las otras capacidades del ser sino que contemplamos la belleza del ser en todas sus dimensiones : tanto la espiritual como la intelectual, como la física psicomotriz o la emocional. » (…) « Si no lo interrumpes por tus miedos, tus necesidades, es algo que no tiene fin : es imposible que no hagan o que no aprendan si no se les desconecta las ganas de vivir y de aprender ; el impulso de vida es innato en ellos.« 

Fuentes : Documental Dreceres y Albada Viva.

Reforma y revolución integral

Ya está claro que en la CIC la estrategia no es cambiar la sociedad sino cambiar de sociedad. ¿ Es verdaderamente imposible cambiar el sistema desde el interior ? « Se pueden mejorar ciertas cosas« , dice Dani, « pero esto pide mucho esfuerzo ; preferimos construir otra cosa, experimentar otros tipos de organización y demostrar que pueden ser posibles. Las cosas fundamentales tienen que ser cambiadas desde el exterior.« 

Integra Revolucio logo-briEste modo de ver es poco habitual en Francia, en donde la alternativa política se plantea, hasta ahora, mucho más en términos de reforma de la sociedad que de cambio radical. Esto porque al Estado francés todavía lo ven las generaciones más antiguas como el heredero del Estado social que construyeron primero el Frente Popular de 1936 y luego los gobiernos después de la Liberación.

Este Estado social, por cierto está integrado en el sistema capitalista : la riqueza de Francia estriba en parte en la explotación de sus antiguas colonias y en las posiciones de las empresas franco-multinacionales en el mundo. Por otra parte, este Estado social va siendo mordisqueado poco a poco por la globalización y el liberalismo (« there is no alternative ») activado por los gobiernos sucesivos, de la derecha como del partido « socialista ». Pero todavía quedan de él unas bases sólidas y se puede creer que es preciso salvaguardarlas y que sus principios pueden ser útiles para volver algún día a una sociedad más justa. Pero cómo ? ¿ Por la reforma o por la revolución integral ? …o por ambos medios a la vez ?

Una parte de las jóvenes generaciones francesas es más abierta a la idea de revolución integral, aunque se habla poco de esta en Francia en aquellos términos. Las iniciativas en este sentido son numerosas, en varios ámbitos (agricultura ecológica, grupos de consumo ecológico, ecoaldeas, sistemas locales de intercambio…). Pero son dispersas.

¿ Y mañana ?

Volvamos a la Cooperativa Integral Catalana. Nos podemos preguntar cómo va a evolucionar en distintos aspectos. Primero en el del equilibrio entre lo local y lo regional (a nivel de Cataluña) en el proceso de decisión. Vadó comenta el proceso de descentralización emprendido a partir de agosto con la creación de asambleas bioregionales : « En las asambleas permanentes y en las jornadas asamblearias (estas son asambleas itinerantes), había poca participación. Hemos intentado participación virtual pero es difícil para la moderación y la asignación de tiempo. La única solución es la descentralización en asambleas más locales. Es más fácil coordinarse cuando convivimos, hay más confianza. Era una urgencia pasar a lo local.« 

Hay en la CIC un principio fuerte que es la decisión al consenso. « El consenso« , dice Vadó, « es un límite de seguridad para que no se caiga en el sistema de votación con menosprecio de las minorías. En las asambleas de bioregiones hay una propuesta de limitar el derecho de bloqueo : tendría que ser argumentado y no de una sola persona, sería necesario un número mínimo de personas.« 

« Se podrá también evolucionar con una forma de toma de decisiones más ágil, para tomas urgentes« , dice Vadó, pero la base seguirá siendo la democracia real y por consenso.

Otra pregunta principal para con el porvenir de la CIC es ¿ Cómo reforzar la independencia para con el sistema Euro ?

Opina Vadó : « Hay gastos como el alquiler, la gasolina, de los que no podemos prescindir fácilmente. Hace falta muchos años para poder acceder a ellos en moneda social. Un objetivo realista es mitad-mitad (moneda social y euro). Hay que madurar proyectos grandes de cultivo, de vivienda, de comunidades, producir combustibles biológicos. Antes hay que sentar unas buenas bases ; la base más potente es la red de consumo y de producción colectiva.« 

Vadó pone el acento en un punto : « El sistema económico de red alternativa implica crear comunidades para ocuparse de niños y mayores. La comunidad podría centrarse en una escuela viva, sostenida cooperativamente por las familias que se centran en la educación de sus hijos. Podría también servir de apoyo para la formación de los adolescentes. Esto es estar próximos para compartir recursos y gastos, y eventualmente la vivienda (cada familia debe tener su propio espacio, hay el íntimo y el común).« 

Encuentro de eco-redes en Can Biarlu (foto CIC).

Encuentro de eco-redes en Can Biarlu (foto CIC).

Otra pregunta : ¿ Se puede que las iniciativas pierdan impulso ?

No es el sentimiento de Vadó para quien « la cooperativa está siendo reconocida en muchos sitios ya. Ya hemos generado una estructura estable. A través de la CAC, por ejemplo, hay muchos contactos en toda Cataluña cada mes, hay muchos intercambios y con la descentralización va a aumentar la participación, los intercambios.« 

Con apenas cinco años de existencia es cierto que la CIC ha avanzado mucho, pero ¿ Se debe temer, con el éxito, una tendencia represiva del Estado ?

« Desde el inicio la cooperativa ha estado yendo muy rápido y se paró« , dice Vadó. « Es como debemos funcionar : hacer crecimiento lento, por proximidad, muy discreto. Cuando te ven hacer, tienen ganas de venir. Dudo que haya tendencia represiva ; en cinco años nada ha pasado. La administración no tiene interés en entrar en conflicto, nos daría fuerza, es más fácil para ella esperar que caigamos por nosotros mismos…« 

La Cooperativa Integral Catalana es una obra extensa. Será lo que la harán sus miembros, actuales o futuros : « No sobran proyectos« , dice Dani. « Lo que nos falta es lo concreto. Hay de todo. Para ser socio, basta pagar 30 € y llenar el formulario ; pero luego si no propones nada o si nada te interesa, no pasa nada. » Añade : « Cuando hay una estructura vertical, autoritaria, las cosas van más rápido. Nosotros tenemos estructura horizontal… » En la que, por consiguiente, el avance depende del empeño de cada uno pero donde es más probable que el proyecto sea admitido por todos.

La Revolución Integral, dicen sus partidarios, « no es la revolución a la antigua, de tomar el poder o tener control sobre los demás sino que es un proceso revolucionario que se da en todos los ámbitos de nuestra vida ; el centro de la Revolución Integral es la persona y las formas de relación humana, social y económica. Esta revolución se hace paralelamente en diversos grupos. » Así es como puede ir extendiéndose.

Ph.C.

1) Acerca de este tema, leer el reporte del libro de José Peirats : « Les anarcho-syndicalistes espagnols, 1869-1939 » (titulo original : « Los anarquistas en la guerra civil española« ).

La voluntad popular de auto-gobernarse, en Cataluña y en otras partes, también se enraíza, más antiguamente (al menos desde la Alta Edad Media), en el autogobierno de las comunidades, rurales y ciudadanas, a través de consejos abiertos, y en la propiedad colectiva del espacio natural (con resistencias populares contra su privatización hasta el siglo XX), como lo describe David Algarra Bascón en « El Comú Català, la història dels que no surten a la història«  (Ed. Potlatch, octubre 2015). Ver : sitio del libro / información de la CIC acerca del libro / sitio Reconstruir el Comunal.

2) Lo que los diferencia de Podemos, el cual, al mismo tiempo que habla de democracia real, participa en las elecciones. Barcelona en Comú, el movimiento encabezado por Ada Colau para conquistar el ayuntamiento de Barcelona, ha decidido participar, con « Podem », en las recientes elecciones generales del 20 de diciembre de 2015. Lo que es una manera de jugar a dos manos.

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Más informaciones :

Cooperativa Integral Catalana.

Documental « Dreceres ».

Manual de desobediencia económica (PDF) : manualdesobediencia et site.

Enric Durán : emisión de Rádio Catalunya.

L’Albada : sitio y Documental Dreceres.

Artículos (en francés) de Reporterre : Ni capitalisme ni Etat / Hors Etat et hors marché / En Catalogne, une colonie éco-industrielle.

Un artículo reciente (02/07/2016) de Enric Durán, « De la vía institucional a la revolución integral », compara la estrategia de toma del poder de una cierta izquierda, como Podemos, Syriza o las izquierdas latinoamericanas, a los experimentos de reconstrucción de la sociedad por abajo, las de los Zapatistas, de los Kurdos del Rojava o de la Cooperativa Integral Catalana.

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La Revolución Integral

El llamamiento para la Revolución Integral enumera, entre otras, las ideas siguientes :

. Contra las dominaciones, construir otras sociedades mediante una revolución integral.

. Auto-organización en asambleas populares soberanas.

. Impugnación del Estado en todas sur versiones.

. Recuperar la propiedad como bien común.

. Construir un sistema público, cooperativo y autogestionario.

. Nueva economía basada en la cooperación y la proximidad.

. Revolución Integral desde los grupos locales con un objetivo global.

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Gestión forestal : formación y creatividad

Un ejemplo entre otros muchos de iniciativa cooperativa en la CIC : La Red de Ciencias, técnicas y tecnologías de la cooperativa (XCTIT, Xarxa de ciència, tècnica i tecnologia) propone, para prepararse al invierno, una formación de gestión forestal llamada Ciasbe (Cura integral autosostenible del bosc i de l’entorn). Se dirige a personas, proyectos y comunidades en el área rural, miembros de la CIC o no.

Se trata de aprender el mantenimiento del bosque y, a la vez, los modos de sacar de él recursos energéticos y económicos sostenibles ; también se trata de conocer los eco-sistemas y las cuestiones de seguridad de las cercanías (lucha contra los incendios).

En el mismo ámbito, la XCTIT ha trabajado sobre herramientas como una máquina para producir aceite de cadena de motosierra ; está trabajando a instrumentos forestales y de transformación entre los cuales un torno de madera sin electricidad.

Más informaciones : XCTIT.

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Calafou : en camino hacia el post-capitalismo

Colonia industrial en desuso, bordada por un río muy contaminado, Calafou es un espacio cargado de símbolos. Un grupo de la CIC ha creado allí una cooperativa de vivienda y se ha centrado en las técnicas y tecnologías como instrumento de lucha política.

La antigua colonia industrial de Calafou, a orillas del río Anoia. Construir un mundo nuevo sobre los escombros del capitalismo.

La antigua colonia industrial de Calafou, a orillas del río Anoia. Construir un mundo nuevo sobre los escombros del capitalismo.

En el valle del Anoia (en Vallbona d’Anoia, cerca de Igualada), Calafou es una colonia industrial abandonada que produjo, según las épocas, textiles, papel, persianas y sillones de escuela. Es uno de los proyectos mayores de la Cooperativa Integral Catalana. Al llegar allí, una inscripción anuncia : « CA LA FOU, Colònia Ecoindustrial. » El calificativo « postcapitalista », que iba siguiendo, fue recientemente borrado.

Está basada la industria capitalista en el agotamiento y la destrucción de los recursos naturales y en la explotación de la mano de obra humana. Los cooperadores de la CIC han decidido « hacer otra cosa de este lugar consagrado al trabajo, construir un mundo nuevo en las ruinas del capitalismo.« 

El proyecto surgió hace cuatro años. Antes de empezar, las personas interesadas, dentro de la CIC, se dieron un año de reflexión y preparación. « La gente tenía bastante claro el proyecto, pero pasando el tiempo hemos tenido que adaptarlo« , explica Efkin, de la comisión comunicación. La reflexión se refirió, entre otras, a las ideas de Enric Durán y de Didac Acosta acerca del postcapitalismo : « El postcapitalismo apenas empezamos a ver lo que puede ser« , dice Efkin. Hay la voluntad de hacer este espacio industrial más ecológico. La veintena de nuevos ocupantes del lugar produce artesanalmente.

Una cooperativa de vivienda

Han empezado a restaurar el sitio, el cual es muy extendido (tres hectáreas con grandes edificios). Por ello, la tarea es importante y necesitará tiempo. Concretamente, el grupo ha creado una cooperativa de vivienda : 27 pisos, que eran alojamientos de los obreros, van renovándose poco a poco. La cooperativa de la CIC Masos Pel Decreixement compró el sitio a crédito, por cerca de 500 000 €. Los cooperadores interesados pueden sea alquilar temporalmente un piso (por 175 €/mes), sea comprarlo a crédito con opción a compra (por 17 000 €). De hecho, si alguien permanece en el piso, el alquiler puede también convertirse en compra a crédito. Es un poco « de cada cual según sus capacidades« .

La entrada de Calafou.

La entrada de Calafou.

En cualquier caso la compra no da el derecho de propiedad sobre el piso ; hay una simple « cesión de uso permanente ». El piso no puede ser vendido ni dar lugar a especulación. « El día que estemos solventes, empezaremos a devolver el dinero a la gente que se ha ido« , dice Efkin.

Algunos talleres han sido instalados en Calafou. Sus usuarios pagan un alquiler con un importe mínimo barato : « Si quieres dar más, si tienes la posibilidad, puedes hacerlo, es una elección (…) Quedan de cuatro a seis años para acabar de comprar la colonia.« 

« Nos sentimos diferentes de la comunidades de los años 1970« 

La cooperativa, en realidad, es todavía informal : están escribiendo los estatutos. Esto no impide que funcione : « Es un proyecto de asamblerarismo descentralizado. » La asamblea general, cada domingo, toma las decisiones estratégicas. Hay grupos de trabajo, con cierta autonomía : economía, comunicación, rehabilitación, proyectos productivos, cocina comunitaria, espacios verdes…

"Nos sentimos diferentes de las comunidades de los años 1970."

« Nos sentimos diferentes de las comunidades de los años 1970. »

Parte de los residentes (unos diez o quince) viven aquí de modo estable, algunos de ellos desde el principio ; otros se quedan un par de días o algunos meses. « Depende mucho de la forma de ganarse la vida, que implica hacerlo aquí o fuera.« 

Vivir juntos con veinte personas no plantea problema particular. « Me gustaría llegar a 50« , dice Efkin, « No más, sería inviable.« 

La cooperativa es « un espacio pacífico, de consenso ; no aceptamos violencia de género, de raza, ninguna discriminación… aunque es difícil de vivir aquí cuando se es ciego, con silla de ruedas, anciano o un bebé. Intentamos mejorar la accesibilidad pero el estilo de vida es duro. » Algunos cuartos todavía no tienen ventana, otros son difíciles de calentar.

Aquí un aparte acerca de la discriminación de género : en Calafou, como a menudo en la CIC, se habla más fácilmente al femenino (« nosotras, las cooperadoras ») ; aunque en realidad la distribución entre mujeres y hombres es bastante equilibrada, el femenino prevalece. Una manera de desformatear las mentes.

El respeto y la tolerancia son la norma, pero esto es muy espontáneo. La mayor parte de los residentes viene de los movimientos sociales de Barcelona, okupa…

Para mejorar la vida en común, un sistema de amadrinamiento ha sido decidido. Cada persona nueva se ve otorgar una madrina, o un padrino. Al cabo de un mes, se hace una evaluación informal : « Si tienes compromisos económicos, tienes que asumirlos ; participar en las asambleas y en un grupo de trabajo es lo mínimo, así que en dos tardes de rehabilitación al mes. Quien no puede asumir lo ve por sí mismo.« 

Además del alquiler para la vivienda y/o un taller, cada cual participa en los gastos comunes, por 10 € por mes como mínimo (quien puede da más).

Obras en Calafou (foto CIC).

Obras en Calafou (foto CIC).

En cuanto a la manera de vivir en común, es libre : « Nos sentimos diferentes de la comunidades de los años 1970. Hay gente que come en su casa, grupos que se organizan para comer juntos… cada uno organiza su propia vida.« 

Calafou es también un centro de acogida. A numerosas personas les atrae la experiencia y ellas vienen a ver, a discutir. La gente del exterior también participa en las obras de rehabilitación o en reuniones y eventos culturales y militantes.

La vida en Calafou ha cambiado desde el principio. « La comodidad va mejorando progresivamente« , dice Sheila. « Incluso en el grupo hay más unión, somos mucho más fuertes, nos curamos más. Y también antes había muchas visitas, era muy desordenado, ahora es diferente.« 

A cada cual su proyecto

Calafou está por cierto vinculado fuertemente con la CIC, por el espíritu pero también con relaciones formales como la moneda social o los auto-ocupados : en este momento hay dos, quienes trabajan con la CIC para las facturas y los impuestos.

Los residentes tienen todos un proyecto, con gran diversidad. Ariel y Carlos, por ejemplo, realizan páginas web, documentos 3 D, gráficos, vídeos, documentales, talleres de formación. Alfredo fabrica herramientas informáticas, organizativas, para la red social de la CIC.

Sheila es artista (espectáculos de circo, animaciones infantiles) y trabaja los fines de semana en una dietética-nutrición. En Calafou, fabrica jabón con aceite de oliva reciclado, agua, sosa y plantas medicinales. El jabón se usa sobre todo en el grupo, se vende poco : « Es para aprovechar una materia, para eliminar aceite, más que nada. Para venderlo, caldría aceite bueno, biológico, de oliva, o crema de karité explotando a los Africanos, y hacer publicidad… No tengo ganas de ganarme la vida así.« 

Mandi tiene una formación de ingeniera de obras públicas. Realiza instalaciones eléctricas, ha vendimiado, hace licores artesanales (« no las he vendido« ) para poder ganarse la vida « con cosas que me gustan« .

Efkin resume un estado mental bastante generalizado : « Tenemos poca voluntad de hacer renta ; no queremos trabajar para trabajar ni hacer dinero.« 

Mientras tanto, no faltan las ocupaciones en Calafou. Además de las tareas de organización común y de las obras de rehabilitación, hay el jardín de plantas aromáticas, el huerto (actualmente un poco parado), las gallinas, la fabricación de jabón, de conservas de garbanzos, de mermelada (para el auto-consumo)…

El taller de carpintería.

El taller de carpintería.

También hay un taller mecánico, un taller de fundición experimental y un taller de carpintería bien equipado. De él salieron no menos de 500 sillas (en pequeña parte para Calafou). Había un auto-ocupado que actualmente trabaja fuera.

Calafou es también y quizás antes de todo un lugar de experimentos. Esto se refiere por ejemplo al laboratorio de biología, en el cual hubo diversas experiencias : cultivo de bacterias para cálculos binarios ; invento de un colorímetro para medir la turbidez del agua como indicador de contaminación…

Hubo también un proyecto de red telefónica internacional a partir de servidores conectados entre ellos.

Filosofía hacker, transfeminismo, apropiación de tu cuerpo…

La filosofía « hacker » tiene mucha importancia en Calafou. « Un hacker no tiene forzosamente un ordenador : ser hacker es poner manos a la obra, romper con la delegación, dejar que otra gente te haga las cosas como en el capitalismo ; de aquella manera no sabes nunca cómo se hacen las cosas porque estás dependiente de otra persona.« 

Paula. El laboratorio Pechblenda se inspira de la filosofía hacker que supone responsabilizarse, por ejemplo para ser el actor de su propia salud.

Paula. El laboratorio Pechblenda se inspira de la filosofía hacker que supone responsabilizarse, por ejemplo para ser el actor de su propia salud.

El laboratorio Pechblenda, de Paula, Klau y Beka se inspira de esta filosofía « hacker ». Ellas utilizan las ciencias y técnicas en un espíritu de apropiación del conocimiento y de la pericia, de interdisciplinariedad y de relación con redes tecnológicas internacionales : « La tecnología está en manos del capital ; ¿ Cómo salir de esta realidad ? » También se trata de producir para lo local.

Su trabajo tiene dos grandes orientaciones, la primera más directamente pragmática : se trata de desarrollar tecnologías « para servir proyectos que tienen una utilidad en el espacio que habitamos« . Así han inventado varias herramientas : lámparas led para reducir el consumo de electricidad, electroválvulas, mecanización de sistemas por ejemplo para el llenado de los depósitos de recogida del agua de lluvia, realización de estufas, riego automático… Todo esto, claro, casi siempre con material de desecho.

La otra orientación es « un trabajo artístico-político cotidiano » relacionado, por ejemplo, con el transfeminismo y la noción de no género biológico : « Algunas nacen chicas, otros machos, intersex o híbridos« , dice Paula. « Esto se ha borrado según los deseos de la Iglesia ; hay que romper con esta estructura del patriarcado.« 

El grupo ha trabajado sobre la denuncia de la utilización de la mujer como objeto de observación científica y más precisamente sobre las búsquedas de Sims, médico-investigador quien, hacia 1840 en Alabama, realizó experimentos sobre los órganos sexuales de unas mujeres africanas, esclavas, considerándolas como objetos.

Otra pista es la apropiación del conocimiento de su propio cuerpo, mediante la observación ginecológica y el auto-diagnóstico. Para ello, han reproducido un espéculo con una impresora 3 D y han creado un sistema de cámara webcam con microscopio. La idea es poder detectar eventuales problemas ginecológicos.

Calafou es un lugar de investigación y de experimentos muy abierto, que sale a varias direcciones. El análisis político nunca es ausente.

Más informaciones : Calafou / Pechblenda-transhack feminismo / Pechblendalab / Gynepunk-les sorcières cyborg.

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QLG Serveis Integrals : Convencer por el ejemplo

Los cinco miembros de esta sociedad informal de servicios creen fuertemente en el sistema cooperativo. Utilizan la moneda social, la cual, para ellos, es también un medio para interesar a nuevas personas en la revolución integral.

QLG Serveis Integrals tiene su sede en Sant Jaume Sesoliveres, en la comarca de Anoia. Fue creada de modo sencillo : « Nos dimos cuenta de que éramos cinco auto-ocupados de la Cooperativa Integral Catalana quienes trabajábamos y facturábamos cada uno por separado« , explica Juli. « Decidimos unificar nuestras actividades para facilitarlas y no hacer el mismo trabajo siempre.« 

El equipo de QLG Serveis Integrals (foto QLG Serveis Integrals).

El equipo de QLG Serveis Integrals (foto QLG Serveis Integrals).

En efecto, esta entidad informal propone prestaciones muy diversas : teatro (con la Compañía PuntMoc), organización de eventos culturales, « trabajos verticales » (intervención en altura, en fachadas), vehículos recreativos (reparación de auto-caravanas y caravanas), albañil, pintor, ebanista, fontanero, electricista, jardinería, trabajos agrarios.

Para cada una de estas prestaciones « hay uno, el que sabe, y los demás lo ayudan« . Esto tiene varias ventajas : variedad en el trabajo, atender demandas variadas, estar siempre ocupados.

« Estamos pensando, quizás, en dejar la CIC para montar nuestra cooperativa« , dice Juli. « Somos afines entre nosotros y tendríamos una estructura jurídica. En la CIC, las cuotas (de los auto-ocupados) son bastante altas, es casi un 20 % de nuestra facturación ; si agregas el IVA es casi el 40 %. Si facturas mucho, sube la cuota, más que proporcionalmente, con un porcentaje por cada grupo de ingresos. La CIC se encarga de la facturación, pero aquí la hacemos nosotros, gratuitamente. Con más beneficios, podríamos invertir donde creemos que es mejor.« 

Juli relaciona la cuota de la CIC con el trabajo de las personas que cobran asignaciones para un trabajo administrativo. « Quizás el primer paso, por la CIC, sería comprar viviendas y en vez de pagar agentes para que puedan pagar su vivienda y su comida, darles vivienda y alimentación, recursos y no dinero. En Grecia, vi muchos colectivos en hospitales, fábricas ; el voluntariado era la primera forma de organización. Hay que preguntarse si estamos haciendo la revolución o buscando un trabajo ?« 

Juli subraya por otra parte el problema de escala de la CIC : « Intentar coordinar-se con más de 2 000 socios, es muy difícil. La reforma pendiente de las bioregiones es un buen paso, pero no es suficiente. Hay que ir hacia algo más local ; el máximo son 30 personas. » Juli precisa : « Lo que la CIC ha hecho hasta ahora es súper. Había que llegar a este punto para darnos cuenta de los errores, para aprender.« 

Los miembros de QLG Serveis Integrals logran vivir de su actividad. Cobran lo máximo en moneda social (las de las eco-redes de Anoia y del Penedés). « Compro mi alimentación únicamente con la moneda social« , dice Juli. « Se puede encontrar, en moneda social, ropa, zapatos, servicios, masajes, un mecánico… En la eco-red de Anoia las ofertas son numerosas, somos activos.« 

Ėl prosigue : « Queremos más moneda social. Entre nuestros clientes hay de todo, personas que pagan en ecos y personas exteriores. Encontramos clientes por nuestra experiencia pasada. Discutimos con ellos. Parte de los clientes están sorprendidos cuando les hablamos de moneda social, es la mejor publicidad para divulgar nuestras ideas. Poco a poco en la zona es lo que hacemos.« 

Y concluye : « Nos equivocaremos miles de veces… tenemos que ir con paciencia.« 

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Eco-red de Anoia : una dinámica propia

Si bien está en sintonía con la Cooperativa Integral Catalana, la eco-red de Anoia vive su vida propia. Pone el acento sobre la necesidad de interconectar las personas, antes de todo a nivel local.

« La comarca de Anoia siempre fue caracterizada por movimientos sociales, sindicales, con la CNT. Y también hay los experimentos de Calafou. La eco-red nació un poco de todo esto, de estas personas« , dice Lucie, quien da parte de su tiempo a la eco-red (una parte en voluntariado, otra mediante una asignación).

Esta eco-red tiene tres años de existencia ; al principio había pocos contactos con la CIC. Un pequeño grupo de personas organizó-se a nivel local con intercambios de bienes y servicios en trueque y en moneda social. « El trabajo de base era crear relaciones entre las personas.« 

Capellades. La industria sigue siendo presente en El Valle de Anoia.

Capellades. La industria sigue siendo presente en El Valle de Anoia.

Anoia tiene su propia moneda social, basada en la antigua plataforma CES : « Es muy eficiente y preferimos quedarnos en esto. Un trabajo de los programadores permitió vincular las bases de datos de manera a hacer posibles los intercambios entre las dos plataformas. » Los intercambios son a nivel local y también al de toda Cataluña.

La eco-red anima una despensa (en catalán, « rebost ») de productos alimenticios y otros productos. Estos proceden en pequeña parte de la CAC (Central de Abastecimiento Catalana) cuando no pueden ser producidos localmente. « Tenemos casi todo en producciones locales : frutas y verduras, conservas, cereales, leguminosas, queso de cabra, yogures… » Los productores locales también venden a la CAC para abastecer los otros rebosts de Cataluña.

Hay un gran debate acerca de la moneda social : La CAC cobra una parte de las ventas en euros, porque algunos productores, teniendo gastos en euros, necesitan de esta moneda y no pueden cobrarlo todo en moneda social. « Nosotros preferiríamos que la CAC no nos proponga ciertos productos si no los encuentra en moneda social. Para la CAC, es una etapa. La reflexión sigue, a todos los niveles.« 

Unas veinte personas hacen regularmente encargos en el Rebost. Lucie insiste sobre el hecho de que el Rebost no es solo un punto de venta ; se trata de intercambiar, en moneda social, con una mente de « prosumidores » (a la vez productores y consumidores) : una condición para participar en el Rebost es insertarse en la eco-red ofreciendo un producto, alimenticio o no, o un servicio.

Se busca pues un funcionamiento de circuito cerrado, para buscar la auto-suficiencia respecto a la sociedad. « Algunos, quienes van siendo más numerosos, son casi auto-suficientes, digamos por el 70 %. La eco-red es bastante joven y uno no cambia su vida de un día para otro.« 

Hay, en Anoia, un embrión de grupo de salud, con varios profesionales (medicina alternativa, china, yoga, un farmacéutico). Por ahora, la falta de un local es un freno. « Pero quizás no necesitamos un grupo de salud ; lo importante es procurar a cada cual un acceso fácil a la capacidad de curarse a sí mismo. Es quizás lo que está bloqueando. No se trata de crear una Seguridad Social.« 

En lo que se refiere a vivienda hubo un principio de experimento : un edificio había sido cedido por un miembro de la red ; hubo un proyecto de renovarlo para vivienda social o temporaria. No funcionó, por razones externas. Por ahora no hay otra oportunidad de terrenos o viviendas en cesión.

« Hemos conseguido obtener una implicación de todos en la asamblea del Rebost« , apunta Lucie. « Al contrario, todavía un número importante de personas no se acercan mucho a la asamblea permanente de la eco-red (que no tiene forma legal). Allí se habla estrategia pero es muy asequible.« 

En cuanto a las relaciones entre la eco-red y la CIC, unos 40 a 50 % de los miembros de la eco-red están afiliados a la CIC. « No hay obligación ; las asambleas son abiertas, cada cual hace tal como quiere. Muchos utilizan las herramientas de la CIC en su vida cotidiana ; nos esforzamos en apoyar la CIC a la escala local.« 

Viene luego el debate acerca de la descentralización de la CIC. « Mi idea« , dice Lucie, « es que la cooperativa es un organismo vivo ; no se necesitan vínculos estructurales. Las bioregiones son una manera de descentralizar, creo que hemos tomado el buen camino : hay más proximidad y es más fácil implicarse en la asamblea. Pero hay que ir más lejos, hasta la base, a nivel de un grupo « familiar » o de un pueblo, de veinte a treinta personas.« 

« Claro que hay interés en conservar asambleas en las diferentes escalas. A nivel local no se pueden satisfacer todas nuestras necesidades. Pero hay que salir de la base : es un error histórico empezar por una cooperativa para descentralizar.« 

Lucie añade : « El debate es muy sano. Hay mucha autocrítica, mucha conciencia de lo que está pasando. El grupo tiene verdaderamente la voluntad de cambiar las cosas.« 

Más informaciones : Eco-red de Anoia.

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Coopération Intégrale Toulousaine : paso a paso pero con determinación

Un grupo se constituyó en Toulouse, hace tres años. Empezó por definir sus objetivos y su manera de actuar. La reciente puesta en marcha de una moneda social es un nuevo paso hacia adelante.

Coopération Intégrale Toulousaine (CIT) fue creada en noviembre de 2012, con un centenar de personas. Poco antes, un grupo de Tolosanos habían encontrado a Enric Durán y a otras personas en ocasión de la Marcha catalana por el decrecimiento y un grupo de Catalanes había venido a Toulouse para presentar el proyecto de la Cooperativa Integral Catalana.

La que se llamó hasta aquí Coopérative Intégrale Toulousaine cambió de nombre por decisión de la asamblea de octubre de 2015 para convertirse en « Coopération Intégrale Toulousaine ». Esto para hacer patente que se trata de « una red abierta de grupos y de personas autónomos que no implica ninguna afiliación o ningún estatuto de miembro » (lo que sería el caso con una cooperativa).

Después de la creación, la prioridad fue dada a la reflexión teórica, explica Jérôme (del comité de acogida), y fueron constituidos grupos de trabajo, entre otras cosas para escribir los estatutos. El grupo central redujo-se luego a una decena de personas al cabo de seis meses, pero queda fuerte. « El trabajo de construcción es ingrato ; se puede que esto haya desmotivado a las gentes« , dice Jérôme.

Un Ágora de Coopération Intégrale Toulousaine (26/09/2014).

Un Ágora de Coopération Intégrale Toulousaine (2015).

Aunque CIT se inspira fuertemente de la cooperativa catalana, el contexto, en Toulouse, es diferente del contexto español : « Allá hay una cultura del encuentro, de hablar juntos, que hemos un poco perdido en Francia.« 

Hay también importantes diferencias jurídicas con España : CIT no puede tener un estatuto de cooperativa (sería por ejemplo necesario tener al menos dos asalariados en ciertas formas de cooperativas) ; se constituyó pues una asociación, pero el estatuto fiscal de la asociaciones en Francia no permite instituir un sistema como el de los auto-ocupados.

Como se vio más arriba, el ambiente de CIT queda el de un grupo informal, de una asamblea que se reúne cada mes y tiene a su disposición herramientas y servicios, entre los cuales una asociación, la cual sirve de respaldo para las diversas necesidades legales, relacionadas por ejemplo con la moneda social o la central de abastecimiento.

La moneda social, herramienta de primera importancia

El funcionamiento de Coopération Intégrale Toulousaine se basa en la asamblea general mensual de todos los cooperadores (el Ágora), con decisiones al consenso : « Esto puede frenar las cosas pero al final, cuando todos estamos de acuerdo, vamos más lejos.« 

Hay servicios comunes de la cooperativa (comité de organización del Ágora, comunicación, herramientas informáticas, jurídico…). Y grupos autónomos, los que se encargan de diversas iniciativas (central de compras, imprenta, biblioteca, cocina colectiva, « apprentisseurs-ses »…).

Estos grupos evolucionan permanentemente, según los proyectos y el compromiso de cada uno. L’Imprimerie du Bambou es un servicio de reprografía para la realización de diversos documentos. La cocina colectiva pone material a disposición de los que quieren organizar comidas, por ejemplo en ocasión de eventos. Un grupo « apprentisseurses » está constituyéndose : pretende identificar las ofertas de aprendizaje y ponerlas a disposición en el internet (en CIT se prefiere hablar de aprendizaje en vez de formación, « porque éste término alude a una relación de dominación de la que queremos liberarnos ».)

La central de compras (Groupement d’achats solidaire épicerie de Toulouse, Gaset), constituida en 2014, es el grupo que reúne el mayor número de personas (unas cuarenta). Hace encargos agrupados a diversos productores. Por ahora se limita a los productos secos, esperando que se pueda disponer de un local. La ausencia de local es un factor limitante ; al principio se utilizaba una casa okupa, pero ya no es posible. El lanzamiento de la moneda social y la cooperación entre ésta y el Gaset deberían dar más autonomía a los cooperadores(as) de ambos grupos.

En efecto, hubo un avance importante este otoño. Después de un período de pruebas de la moneda social dentro de un grupo reducido, esta moneda, la Oseille, ha sido lanzada progresivamente a partir de septiembre. Se basa en la plataforma informática Integral CES.

Hay otras experiencias de moneda local en la región de Toulouse, como el Sol Violette y el Sel Cocagne. En CIT, no quieren un funcionamiento piramidal, ni tampoco indexación sobre el Euro o tener una cuenta en un banco. Tampoco quieren estar en una relación mercantil, en la que el comprador negocia con el productor o el vendedor de servicios. El objeto de la moneda social no es solamente comprar productos locales pero también salir del Euro y desarrollar los intercambios para liberarse del sistema capitalista.

La moneda social de Coopération Intégrale Toulousaine tiene dos niveles : la Oseille, para el intercambio entre personas y colectivos autónomos ; y la Groseille, para crear puentes con los comunes de CIT y las personas quienes usan de ellos y los difunden.

Para utilizar la Oseille, es preciso afiliarse a la asociación ; se pasa por un amadrinamiento para acoger y suscitar a la gente interesada. Para lanzar el mecanismo, primero hay que emitir moneda : por ello se pide a los usuarios que empiecen a ofrecer productos o servicios antes de comprar.

El valor de la Oseille se refiere a 60 oseille por una hora de servicio.

No se ha resuelto por ahora el debate de saber si hay que pagar lo mismo una hora de albañil y una hora de ingeniero.

El éxito de la moneda social estribará en la realidad de los intercambios, es decir en el nivel de integración de cada usuario en el sistema cooperativo para satisfacer sus necesidades diarias y llevar su participación al colectivo. Pero también estribará en el número de usuarios. La buena dimensión, según Jérôme, serían unos 300 usuarios.

Ubicándose en Toulouse, CIT es más que todo integrada por ciudadanos, y pocas personas tienen formaciones en las profesiones manuales. Se puede entrever claramente la necesidad de completar algún día la oferta de productos agrícolas y de servicios relacionados con las profesiones artesanales, en particular las de la construcción, siendo la vivienda y la alimentación las principales necesidades básicas. Esta oferta puede ser integrada en CIT o encontrada en grupos vecinos.

Un caldo de cultivo lleno de ideas

En el Ágora del 26 de septiembre, fueron evocadas dos reflexiones a largo plazo. La primera es la constitución de una cooperativa de compra de pisos, para crear viviendas. En CIT no son partidarios del alquiler, por ser éste socialmente injusto : el alquiler permite a alguien quien heredó de un capital sacar provecho de él a despensas del inquilino.

Se estudia la compra de edificios que podrían ser poseídos por una estructura cooperativa, para salir del modelo de sociedad privada ; pero se necesita dinero para ello…

El segundo tema de reflexión es una cooperativa de trabajo : « El mundo con el que soñamos no pasa por el trabajo« , dice un cooperador. « Pero necesitamos dinero para vivir en esta sociedad y para que funcione la cooperativa integral hasta no ser más dependiente del sistema capitalista. El trabajo quema el tiempo y la vida de la gente ; en sociedad, es su actividad principal. » La cooperativa de trabajo tendría varios objetivos : acompañar administrativamente a los que tienen un proyecto, proporcionar recursos a CIT…

Fueron también evocadas las relaciones con la gente quien, fuera de CIT, lleva iniciativas que pueden ir en el mismo sentido y sobre los medios para crear vínculos con ella.

A escala todavía modesta, Coopération Intégrale Toulousaine es un grupo muy animado, en movimiento. Basta asistir a un ágora para ver cuanto es un caldo de cultivo rico en ideas y un lugar de debate.

Más informaciones : Coopération Intégrale Toulousaine.

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