Areva Malvési TDN : dépollution des effluents, quel risque ?

Dans le cadre d’un processus de réduction ou d’élimination des déchets de la conversion de l’uranium, Areva NC a demandé une autorisation d’exploiter pour son projet TDN, qui vise le traitement des effluents liquides. Les associations locales qualifient ce procédé d' »usine à gaz » et s’inquiètent des retombées possibles pour la santé et l’environnement.

Malvési vu du ciel (du sud vers le nord).

Malvési vu du ciel (du sud vers le nord).

L’enquête publique pour autorisation d’exploiter du projet TDN (traitement des nitrates) de l’usine Areva NC, à Malvési (Narbonne) a eu lieu du 5 septembre au 5 octobre 2016 et s’est conclue par un avis favorable du commissaire enquêteur. La procédure pourrait donc aboutir prochainement à une autorisation d’exploiter. Ce projet suscite néanmoins de fortes réticences de la société civile, en particulier de l’association Rubresus (1), qui souligne ce qu’elle considère comme un risque élevé de pollution à partir de la future installation. Eccla (2) conteste également la méthode utilisée et demande une tierce expertise. Le réseau Sortir du Nucléaire est aussi mobilisé contre ce projet.

TDN vise à éliminer les effluents liquides issus de l’activité de conversion de l’uranium depuis 58 ans.

Areva NC (anciennement Comurhex), filiale d’Areva, traite en effet, depuis 1958, sur son site narbonnais de Malvési (route de Moussan), tout l’uranium qui rentre en France pour, d’une part, alimenter les centrales nucléaires françaises, d’autre part servir des clients à l’exportation (environ 40 % du total). A Malvési, le minerai d’uranium, qui arrive sous forme de concentré d’uranium (yellow cake), est transformé en UF4 (tétra-fluorure d’uranium) au moyen d’opérations chimiques qui mettent en œuvre notamment de l’acide nitrique et de l’acide fluorhydrique.

Cette activité de traitement génère des déchets, sous formes de boues et d’effluents liquides qui jusqu’à présent n’ont pas été retraités et ont simplement été stockés dans des bassins de décantation et des bassins d’évaporation. Cet « entreposage« , selon Areva, ressemblait jusqu’à présent à un choix de longue durée et souligne le fait que l’élimination des déchets de la filière nucléaire reste un problème non résolu. TDN pourrait être un début de solution, en tout cas pour les 350 000 m³ d’effluents liquides. Mais il ne concerne pas les déchets solides, pour lesquels il n’y a pas à ce jour d’autre solution que le stockage.

Des déchets pas seulement chimiques

Les déchets solides de la conversion de l’uranium à Malvési étaient pendant longtemps présentés comme étant constitués essentiellement de « boues nitratées », or la rupture, en 2004 suite à de fortes pluies, d’une digue des bassins B1 et B2 a provoqué le déversement, dans la plaine voisine, de 30 000 m³ de boues et liquides. Les analyses de la Criirad (3), en 2006, ont révélé que ce qui était présenté comme des « boues nitratées » contenait aussi du plutonium et autres descendants de l’uranium : thorium 230, radium 226, plomb 210, américium 241, cela à des doses très concentrées. Ce qui s’explique par le fait que Malvési a traité, de 1960 à 1984, des déchets de combustibles usés, issus du cœur de réacteurs nucléaires.

L’absence d’élimination des déchets, liée à l’absence de solution technique, a été pendant longtemps occultée par le fait que Malvési était classé site Seveso « seuil haut » (risque chimique) alors qu’il aurait dû être classé INB (Installation nucléaire de base).

L’État et l’ASN (l’autorité de sûreté nucléaire) ont demandé récemment (2013) le classement en INB des seuls bassins B1 et B2. Ce classement est réalisé depuis 2015 (INB Écrin : « Entreposage Confiné des Résidus Issus de la Conversion). La Criirad, Sortir du Nucléaire et Eccla demandaient le classement en INB du site de Malvési dans son intégralité afin que les normes réglementaires de la radioprotection soient appliquées à tout le site avec donc une meilleure sécurisation, notamment au niveau du confinement de l’ensemble des bassins de boues.

Plan d'ensemble du site de Malvési. L'installation TDN est indiquée en jaune en bas à gauche (le plan n'est pas orienté vers le nord). En allant vers la droite, les bâtiments actuels, puis les anciens bassins B1 et B2 et les bassins en activité B5 et B6 ; les bassins B7 à B12 sont au-dessus.

Plan d’ensemble du site de Malvési. L’installation TDN est indiquée en jaune en bas à gauche (le plan n’est pas orienté vers le nord). En allant vers la droite, les bâtiments actuels, puis les anciens bassins B1 et B2 et les bassins en activité B5 et B6 ; les bassins B7 à B12 sont au-dessus.

Dans le cadre de la création en 2015 de l’INB Écrin, l’ASN autorise Areva NC à entreposer pendant 30 ans des déchets radioactifs, cela pour un volume limité à 400 000 m³. A l’issue de cette période, l’entreprise « devra avoir initié la reprise (de ces déchets) en vue de leur gestion définitive selon des modalités qui doivent d’ores-et-déjà être envisagées par Areva NC.« 

Les déchets radioactifs pouvant être entreposés dans l’installation Écrin sont « les résidus solides et les produits issus de leur traitement déjà contenus dans l’installation antérieure » ainsi que « les résidus solides issus de la vidange des bassins B5 et B6 » (bassins de décantation des effluents qui ont remplacé les bassins B1 et B2). Les boues issues des bassins B5 et B6 seront donc entreposées dans une alvéole étanche aménagée dans l’ancien bassin B2.

Areva NC prévoit par ailleurs de « modifier le procédé de l’usine pour réduire les volumes des boues à venir (l’information du public aura lieu lorsque le projet sera plus avancé)« , nous précise le service communication. Pour en savoir plus, voir le dossier « Gestion à long terme des déchets à produire du procédé de conversion », diffusé dans le cadre de l’enquête publique de TDN : PDF GESTION LONG TERME

TDN : quel impact ?

La gestion des déchets solides et celle des déchets liquides participent d’une même démarche d’Areva NC, incitée par l’ASN, qui vise à éliminer les déchets lorsque les techniques le permettent et, à défaut, à réduire leur volume pour les acheminer vers la filière TFA (déchets radioactifs de très faible activité, traités par le centre Cires de l’Andra – voir note 4) ou, s’ils ne sont pas acceptés par cette filière, pour pouvoir continuer à les stocker sur place.

Le projet Comurhex II, en cours de mise en œuvre, prévoit en effet d’augmenter la capacité du site de Malvési, qui passerait de 14 000 t d’uranium par an à 15 000 puis 21 000 t. Ce qui augmentera le volume de déchets.

C’est dans ce contexte que se situe le projet TDN de traitement des effluents liquides provenant des bassins B7 à B12, qui permettrait de réduire le volume de ces déchets au rythme d’environ 20 000 m³ d’effluents traités par an. Mais ce traitement produirait 12 000 t de déchets solides par an, qui, en tant que TFA, seraient acheminés vers le Cires, ce qui semble nécessiter à terme une extension de ce centre. Le traitement rejetterait par ailleurs 40 000 m³ de fumées par heure, soit un ratio de 16 000 m³ de fumée pour 1 tonne de déchets traités.

La maquette de l'usine TDN.

La maquette de l’usine TDN.

De plus, selon Rubresus, si l’on prend en compte la capacité de traitement de l’installation TDN et la production en cours des effluents, le déstockage effectif des bassins prendrait 30 à 35 années.

Le projet TDN présenté par Areva NC à l’enquête publique s’appuie sur le procédé THOR (THermal Organic Reduction, réduction organique thermique) mis au point par la société américaine Studsvik. Le choix de ce procédé, souligne Areva NC, est issu de plusieurs années de recherche et développement (depuis le début des années 1990).

Il consiste « en un traitement thermique et chimique de l’effluent en milieu réducteur » qui vise « trois objectifs : la destruction des nitrates (par transformation en azote), la vaporisation de l’eau contenue et la fixation des métaux et des traces de radionucléides dans une matrice minérale.« 

Rubresus, qui est rentrée dans la partie technique du dossier, émet un certain nombre de griefs.

. Incinérateur ou pas ?

Contrairement à Areva NC, l’association Rubresus estime que le procédé THOR s’apparente au fonctionnement d’un incinérateur et que les rejets atmosphériques du traitement sous forme de fumées présentent un profil en constituants analogue à celui d’incinérateurs. Elle s’appuie sur la définition de l’arrêté du 20 septembre 2002 pour considérer que TDN est un incinérateur. « Or, dans la demande d’autorisation d’exploitation, l’installation TDN n’est pas classée comme incinérateur mais se réfère à une réglementation générale des ICPE de 1998. » Problème : « Les valeurs limites des rejets atmosphériques des incinérateurs sont bien plus contraignantes que celles des ICPE.« 

. Test pilote et test grandeur nature ?

Rubresus note que « l’installation TDN a été définie à partir de données expérimentales obtenues en test pilote réalisé aux USA par la société Studsvik à partir d’une solution synthétique et non d’un effluent industriel de bassin d’évaporation de Malvési. Un test sur effluent industriel n’a été réalisé qu’à petite échelle (bench scale laboratoire) non équipé pour mesure des gaz.« 

Areva NC dit pour sa part que : « Les essais réalisés entre 2008 et 2012 dans les locaux de la société Studsvik ont été réalisés à plusieurs échelles : la première campagne de pilotage à l’échelle 1/16e réalisée en 2008 a concerné 43 m³ d’effluents synthétiques et avait pour but de vérifier l’adéquation du procédé avec le besoin ; elle a été suivie en 2011 d’un essai à plus petite échelle sur des effluents réels provenant de Malvési, puis en 2012 par une deuxième campagne pilote sur effluents synthétiques qui a permis de qualifier l’ensemble des paramètres de fonctionnement de l’installation TDN.« 

Areva NC poursuit : « Le retour d’expérience de Studsvik sur deux autres installations existantes : traitement d’effluents nitratés contenant du sodium à Idaho Falls (USA) et destruction de résines échangeuses d’ions à Erwin (Tennessee, USA) ne rendait en effet pas nécessaire le pilotage complet du procédé sur des effluents réels de Malvési.« 

. Émission de NOx : quel niveau ?

Rubresus pointe ensuite l’émission, par la cheminée des installations TDN, d’importantes quantités de rejets atmosphériques toxiques, notamment d’oxydes d’azote (NOx) et de dioxines mais aussi de SO2 (dioxyde de soufre), COV (composés organiques volatils), acides, métaux, radionucléides, furanes, hydrocarbures aromatiques polycycliques…

Pour ce qui est des NOx, selon Areva NC, l’installation TDN fait appel « à un système de traitement des NOx par un catalyseur à l’ammoniaque (DeNOx catalytique), procédé largement répandu et référencé parmi les meilleures technologies disponibles (MTD). La concentration en sortie de cheminée sera comprise entre 250 et 500 mg/Nm³, donc inférieure aux seuils réglementaires (500 mg/Nm³ ), et la valeur de 400 mg/Nm³ a été retenue pour l’étude des impacts potentiels dans le dossier soumis à enquête publique.« 

Rubresus souligne que la norme de rejet des incinérateurs donne la limite de 200 à 350 mg/m³, bien moins que la prévision pour TDN. L’association note aussi que le rejet d’un m³ de NOx équivaut à l’émission d’un véhicule diesel parcourant un kilomètre ; TDN rejetterait donc, à raison de 12 000 m³/heure, l’équivalent de la pollution émise chaque jour par 48 000 véhicules diesel effectuant chacun 6 km, ou l’équivalent d’un tronçon du périphérique parisien.

. Émission de dioxines ?

Selon Areva NC, TDN n’émettra pas de dioxines parce-qu’elles seront piégées par de l’argile et/ou des charbons activés. Selon Rubresus, « le charbon utilisé pour brûler le nitrate à 850°C est totalement transformé en composés gazeux (CO2, H2, CO) et ne donne pas du charbon actif. Les chlorures sont présents dans les gaz de combustion et le gaz rejeté (50 mg/m³). Cette concentration en chlore est très largement suffisante pour la formation des dioxines en postcombustion. Donc l’argile ne supprime pas la formation de dioxines. Les dioxines sont stables à ces températures et ne sont pas dégradées.« 

Pour Areva NC, « Les dioxines et furanes sont générés à haute température par la combustion ou l’incinération en milieu oxydant de produits chlorés. Or le procédé THOR n’est pas une combustion oxydante ou une incinération classique, mais un traitement thermique en milieu réducteur, faisant appel à la réaction de reformage à la vapeur (dite réaction du gaz à l’eau) qui génère de l’hydrogène naissant (d’où le milieu très réducteur), non susceptible de conduire à la formation de ces composés chimiques. »

« L’absence effective de dioxines ou furanes a été vérifiée dans les gaz rejetés lors des essais pilotes réalisés entre 2008 et 2012. Ces résultats, confirmés par le retour d’expérience du bailleur de procédé Studsvik, s’expliquent également par le fait que les éléments chlorés (et les métaux) sont intégrés à la matrice minérale formée à haute température (par réaction de l’argile ajoutée avec les composés du calcium).« 

Pour Rubresus, « l’argile fixe une partie des chlorures des effluents mais pas en totalité. Pour preuve, les gaz en sortie cheminée contiennent 50 mg de chlorure d’hydrogène/m³. Les gaz contiennent donc des vapeurs chlorées susceptibles de réagir avec les produits de combustion du charbon pour former des dioxines. Ces taux de chlore sont suffisamment élevés pour la formation des dioxines à des teneurs de l’ordre d’une fraction de nanogramme/m³. »

« Les dioxines se forment en aval du foyer lors du traitement des fumées par réaction des produits de combustion (hydrocarbures aromatiques, …) et cendres carbonées (Ineris). »

« L’EPA (agence américaine de protection de l’environnement) précise dans son rapport AP-42 les taux d’émissions en dioxines et furanes par combustion de charbon bitumineux. »

« Le charbon bitumineux est totalement consumé par le traitement TDN et Areva NC ne mentionne pas de résidus de charbon parmi les déchets. Les dioxines se forment en post-combustion. Elles ne peuvent être piégées par le charbon dans le four DMR (denitration mineralizating reformer, ou four à charbon), première étape du traitement TDN, charbon qui de toute façon est brûlé. »

« Parmi les méthodes de traitement des dioxines, il y a l’adsorption par charbon actif qui s’effectue sur les gaz avant rejet atmosphérique avec des colonnes remplies de charbon actif. Le traitement TDN n’a pas ce type de traitement de dioxines, alors que des incinérateurs en sont équipés. »

L'emplacement des futures installations TDN, au nord-ouest du site.

L’emplacement des futures installations TDN, au nord-ouest du site.

. Pire que l’incinérateur de Lunel-Viel ?

Rubresus a réalisé une comparaison des émissions atmosphériques de TDN, « qui traitera 20 000 m3 d’effluents nitratés dans un four en brûlant 5 700 t de charbon« , à celles de l’incinérateur de Lunel-Viel, au nord de Montpellier, traitant 120 000 t d’ordures ménagères provenant de plus de 200 000 habitants.

Il en ressort, dit Rubresus, que « les rejets atmosphériques de l’installation TDN seront quantitativement supérieurs en flux et en concentration«  à ceux de l’incinérateur de Lunel-Viel : en effet, « les quantités annuelles d’oxydes d’azote et de dioxyde de soufre rejetées par l’installation TDN seront supérieures à celles de l’incinérateur, respectivement de 33 % et 470 % ; les rejets d’acide fluorhydrique et poussières seront également 4,7 et 7,7 fois plus élevés pour l’installation TDN. » Quant aux concentrations en éléments polluants, celles des rejets TDN « seront de 5 à 10 fois supérieures à celles de l’incinérateur, par exemple 500 mg NOx/m³ gaz pour TDN contre moins de 71 mg/m³ pour l’incinérateur.« 

L’usine TDN produirait donc des rejets bien plus importants et bien plus polluants que ceux de l’incinérateur de Lunel-Viel qui traite les ordures ménagères de plus de 200 000 habitants « et dont les impacts sanitaires font l’objet des plus grandes craintes«  : dans la région de Lunel, le rapport du Registre des tumeurs de l’Hérault rendu en octobre 2016 constate une sur-incidence de cancers dans la population de la commune de Lansargues, qui se situe dans le vent de l’incinérateur.

« C’est comme si l’on installait à la place de TDN un incinérateur traitant les ordures ménagères du département de l’Aude« , conclut Rubresus.

. Rejets d’éléments radioactifs ?

On peut aussi se poser la question de l’éventuel rejet, dans les fumées d’une part, dans les déchets solides d’autre part, d’éléments radioactifs puisque les effluents des bassins d’évaporation en contiennent.

Areva NC dit à ce sujet : « Les éléments radioactifs présents dans les boues des bassins de décantation n’entrent pas dans le procédé THOR. Les seuls radionucléides présents dans les effluents liquides qui sont traités par le procédé THOR sont le radium, des traces d’uranium et le technétium. Ces radionucléides sont piégés dans le déchet solide qui sort du four TDN et sont envoyés dans la filière de stockage ultime de déchets très faiblement actifs (TFA) gérée par l’Andra. Une des raisons du choix du procédé THOR est son retour d’expérience sur la rétention des traces de radionucléides dont le technétium dans la matrice solide d’alumino-silicates générée par le procédé.« 

. Une consommation importante de ressources naturelles :

Rubresus et Eccla mettent en évidence le haut niveau de consommation annuelle, par le projet TDN, de ressources naturelles : 80 000 m³ d’eau (la consommation d’une commune de 1 500 habitants), 5 700 t de charbon, 2 000 t de gaz naturel, 10 000 Mwh d’électricité… Et par ailleurs l’émission de gaz à effet de serre qui aggraverait de 40 % l’empreinte environnementale de Malvési.

L'entrée d'Areva NC Malvési.

L’entrée d’Areva NC Malvési.

Chercher d’autres solutions ?

Autant de raisons, selon Rubresus, pour rechercher un procédé de traitement plus respectueux de l’environnement. Eccla, pour sa part, a donné un avis favorable au projet, mettant en avant l’intérêt de commencer à réduire les déchets, mais conteste aussi le procédé choisi, en raison de sa forte consommation de ressources et de l’importance des rejets et demande également que soient étudiées d’autres méthodes.

Dans le dossier d’enquête publique, Areva NC signale que « de nombreuses voies de traitement ont été examinées, soit sous forme de recherche bibliographique, soit sur la base d’essais. Parmi les diverses voies examinées on peut citer :« 

« La destruction thermique par atomisation du type isoflash (dénitration thermique) mais ce procédé s’est révélé difficilement applicable compte tenu de la présence de nitrates d’ammonium et de sodium ; »

« Un procédé d’électrolyse à membrane conduisant à une récupération d’acide nitrique. Ce procédé a été abandonné à cause de la présence de calcium et de l’impossibilité de recycler l’acide (présence de Tc) ; »

« Un procédé de traitement biologique dont les performances étaient limitées par la présence de calcium et des concentrations élevées en nitrates ; »

« Un procédé de cimentation (mélange des effluents avec un liant) mais qui conduisait à des volumes très importants de résidus solidifiés ; » (6)

« L’extraction liquide-liquide qui conduisait à l’obtention d’un résidu solide en grande quantité et d’un rejet liquide et posait le problème de l’acceptabilité de ce rejet au milieu environnant ; »

« La valorisation des solutions en tant qu’engrais mais nécessitant d’extraire le technétium et abandonnée compte tenu de l’impossibilité légale et du risque médiatique.« 

Le procédé THOR de reformage à la vapeur, poursuit Areva NC, « présentait par rapport aux autres procédés examinés certains avantages : Pas d’effluent liquide de procédé, Quantité de déchet limitée, Déchet solide, peu lixiviable, Peu de production d’oxydes d’azote, Procédé déjà utilisé sur d’autres installations et essais réalisés prometteurs.« 

Pour Rubresus et Eccla, Areva NC ne fournit pas d’analyse réelle des alternatives, ce qui est pourtant exigé dans toute étude d’impact. Eccla demande aussi une tierce expertise et « que le dossier ne soit pas soumis au Coderst sans ces éléments d’information indispensables pour se forger une opinion en toute connaissance de cause.« 

Compte-tenu de l’histoire du nucléaire en France, l’opinion publique n’est pas encline à faire aveuglément confiance à la filière nucléaire et aux pouvoirs publics. Dans ce dossier très technique, l’intervention d’une tierce expertise qui évaluerait le projet de façon neutre permettrait d’y voir plus clair.

Ph.C.

1) Rubresus : association de protection et sauvegarde de l’environnement des Basses Plaines de l’Aude.

2) Eccla : Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral Audois.

3) Criirad : Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité.

4) Les déchets radioactifs TFA (de très faible activité) sont traités par un centre de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), le Cires (Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage), à Morvilliers (Aube).

5) ICPE : Installation classée pour la protection de l’environnement.

6) Notons que les résidus solidifiés résultant de ce traitement sont susceptibles de contenir des éléments radioactifs, ce qui pose le problème du traitement de ces éléments.

* * * * *

En savoir plus : Dossier de l’enquête publique TDN (faire défiler en bas de la page web pour voir les dossiers détaillés).

L’association Rubresus détaille son argumentation sur son site.

ECCLA fait le point sur les avancées récentes du dossier.

Lire aussi, sur ce blog, « Areva Malvési (Narbonne) : que se passe-t-il à l’amont de la filière nucléaire ?« .

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Un Collectif de Vigilance

Un Collectif de Vigilance sur les Déchets de Malvési (CoViDeM) a été créé début 2017 (Contact : covidem@gmx.fr). Il a tenu une réunion publique le jeudi 16 février à la Médiathèque de Narbonne, en présence de quelque 300 personnes.

Par ailleurs, le préfet de l’Aude a annoncé début février un sursis à statuer jusqu’au 9 mai, donnant un temps à la concertation, notamment autour des procédés alternatifs. Le sursis à statuer a ensuite été prorogé jusqu’au 9 août.

Le Covidem multiplie les actions pour faire valoir son opposition au projet : rencontre avec les élus, pétition, et une manifestation, le 25 mars à Moussan, qui a réuni environ 300 personnes.

L’action du Covidem et d’autres collectifs d’opposants (comme Les Familles Papillons), à travers notamment une sensibilisation des élus, a abouti à une nouvelle décision du préfet qui a annoncé, le 17 juillet 2017, la nomination de deux experts « indépendants ».

L’un d’eux, spécialiste en génie chimique, ancien du CNRS, est chargé d’analyser le procédé Thor et de le comparer aux autres procédés possibles. L’autre, membre de l’IRSN, est chargé, en liaison avec l’ARS, d’évaluer l’impact sanitaire dès émissions atmosphériques. Ils devront remettre leur rapport d’ici septembre. Le Covidem conteste l’indépendance de ces experts et demande des expertises « contradictoires », incluant un débat avec la société civile.

Manifestation à l’initiative du Covidem, le 25 mars à Moussan.

Une analyse d’ECCLA

Dans un document récent (17/02/2017), ECCLA fait le point sur les différentes voies pour éliminer les déchets de Malvési. Elle se demande si la solution la moins pire pourrait être de stocker sur place les déchets issus du traitement à venir des nitrates comme le sont déjà les déchets issus des bassins B1 et B2. Mais comment traiter ces déchets ? L’une des options, la cimentation, semble présenter l’inconvénient de produire d’importantes quantités d’oxydes d’azote. Cette option nécessite donc une étude approfondie.

L’association compare par ailleurs les concentrations (teneurs au m3) et les flux (volumes totaux) des rejets du projet TDN, de l’incinérateur de Lunel-Viel mais aussi de l’usine Areva de Malvési telle qu’elle fonctionne actuellement. Elle note que TDN émettrait des rejets comparables à ceux de l’incinérateur de Lunel-Viel et que, par rapport à l’usine actuelle, TDN émettrait un peu moins de particules fines et ultra-fines, autant d’oxydes d’azote et beaucoup plus d’oxydes de soufre, d’acide chlorhydrique et d’acide fluorhydrique. Ce qui souligne l’importance des rejets actuels de l’usine.

Par ailleurs, on apprend que les rejets de la cimenterie Lafarge de Port-la-Nouvelle sont comparables, en concentration, à ceux de TDN, mais de dix à trente fois supérieurs en flux selon le type de rejet !

Pas de solution miracle

Au-delà de l’analyse d’Eccla, on peut poser ainsi la question des déchets de Malvési : d’un côté il ne semble pas y avoir de procédé de traitement idéal qui n’émettrait aucun rejet atmosphérique, jusqu’à preuve du contraire ; d’un autre côté, ne pas traiter les déchets, en connaissant leur toxicité, pose le risque de dissémination dans l’environnement, à la faveur, par exemple, de forts orages et d’une rupture de digue. Quel est le risque le plus grave ? Augmenter la pollution atmosphérique est inacceptable pour la santé de la population du Narbonnais. Réduire le risque que représentent les bassins d’effluents serait une bonne chose, toutefois le procédé TDN n’y parviendrait que sur le long terme (une vingtaine d’années).

Pour certains anti-nucléaires, tout cela concorde pour souligner l’importance du risque lié à l’usine de Malvési (déchets toxiques, radioactivité, pollution atmosphérique) et justifierait sa fermeture. Problème, Malvési est la porte d’entrée du combustible nucléaire ; sa fermeture ne peut donc être envisageable qu’après la fermeture de la dernière centrale nucléaire française (à moins de déplacer ailleurs le traitement de l’uranium, mais ce serait juste déplacer le problème).

Ph.C.

Vieille Nouvelle : quel accès ?

Le débat organisé le 31 mai par Eccla à Narbonne a permis l’échange de points de vue sur l’accès à la plage de la Vieille Nouvelle. Les usagers estiment ne pas avoir été suffisamment consultés sur ce sujet.

La carte des nouveaux accès à la plage de la Vieille Nouvelle.

La carte des nouveaux accès à la plage de la Vieille Nouvelle.

En organisant, le 31 mai au Palais du Travail, une conférence-débat sur la circulation motorisée dans les espaces naturels, l’association Eccla (Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral Audois) savait qu’elle touchait un point sensible. Pour l’association, il s’agissait d’expliquer la réglementation et de sensibiliser les participants à la protection des espaces naturels.

Mais en organisant cette soirée, Eccla a, sans que cela soit son objectif premier, joué le rôle de facilitateur de débat, que les pouvoirs publics, à qui il incombe, n’ont pas joué pleinement, de l’avis de nombreux interlocuteurs.

Une évidence a d’abord été mise en avant : comme l’a expliqué Stéphane Defos (DDTM), la loi Littoral (03/01/1986) interdit toute circulation de véhicules à moteur dans les espaces naturels, y compris sur des chemins aménagés et a fortiori en hors piste. De ce fait, aucune dérogation n’est possible dans les espaces naturels littoraux.

Alain Perea, directeur du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise, a ensuite expliqué l’historique de la gestion administrative du dossier de la Vieille Nouvelle : en juillet 2013, dit-il, la sous-préfète de Narbonne a réuni les maires concernés et les représentants du Parc et a exposé la nécessité impérative d’appliquer la loi Littoral, ce qui mettait fin à la tolérance observée depuis près de trente ans à la Vieille Nouvelle : rappelons que les usagers, pour y accéder, utilisaient en toute illégalité la seule voie possible, par la zone portuaire puis par la piste de sable en retrait de la plage.

Lors de cette réunion, la sous-préfète avait chargé le Parc d’étudier les diverses possibilités d’aménager un nouvel accès, compatible avec la loi.

On peut concevoir différents types d’accès aux plages du littoral audois, dit Alain Perea. Il y a des plages proches d’une route, en accès de type urbain, comme la plage sud de Port-la-Nouvelle ou Narbonne-Plage ; il y a des plages qui peuvent satisfaire un public familial qui accepte de marcher un peu, comme la falaise de Leucate ou les Coussoules après l’aménagement qui a été réalisé ; « à la Vieille Nouvelle, il faudrait que l’accès soit plus difficile pour avoir moins de monde » et orienter plutôt l’utilisation vers les sportifs amoureux d’espaces sauvages. A Gruissan, dit-il aussi, « la loi dirait de fermer la plage au niveau du camping : nous étudions la solution de chemins d’accès. »

A la Vieille Nouvelle, dans le cadre de l’aménagement du port de La Nouvelle, c’est la Région qui a défini les nouveaux accès, dont un en voiture (les travaux sont en cours). Celui-ci prévoit un parking de 680 places, la majorité près de l’ancien domaine des Salins (« La Campagne »), le reste (180) en épis le long d’une voie entre ce domaine et la plage. Ce qui demandera de marcher entre 5 et 20 minutes pour arriver à la plage.

La carte éditée par le Conservatoire du Littoral (voir plus haut) montre les accès projetés : par la Campagne (en voiture), par le parking des Salins (à pied et en vélo), par la Maison éclusière (à pied et en vélo).

Le Collectif Vieille Nouvelle a exprimé, à de nombreuses reprises, son inquiétude sur la capacité de parking, qu’il juge insuffisante ; et il souligne la difficulté pour les amateurs de glisse équipés de matériel lourd de le transporter sur une longue distance.

D’autres, comme les pêcheurs, font remarquer que l’accès au grau de la Vieille Nouvelle demandera un long parcours à pied (3 km).

Le débat a porté aussi sur la fragilité de cette zone classée en réserve naturelle. « Dans la bande située à 400 m de la mer » (aux abords de la bande de roulement sur le sable), dit Dominique Clément, naturaliste ornithologue, « c’est là qu’est située toute la biodiversité, les oiseaux, les insectes, les plantes ; les parkings sont situés en dehors de cette zone naturelle. »

Selon Matthieu Delabie, délégué de rivages au Conservatoire du Littoral, « il est encore possible de discuter, de trouver de la souplesse dans l’utilisation du parking ».

Maryse Arditi, présidente d’Eccla, rappelle la proposition de l’association d’une passerelle partant du parking des Salins. Ce pourrait être une passerelle en bois suspendue au-dessus du sol, permettant le roulement de cycles, poussettes et autres caddies.

Le nouvel accès par La Campagne doit ouvrir début juillet. L’usage montrera si les craintes quant à la difficulté d’accès sont fondées ou non. Si c’était le cas, espérons que les autorités auront à cœur d’étudier les éventuelles solutions pour améliorer la situation.

Ph.C.

Voir le dossier initial

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Des aménagements (15/11/2016)

Une réunion s’est tenue en fin de semaine dernière (selon L’Indépendant du 15/11/2016) pour dresser le bilan de l’aménagement de l’accès à la plage de la Vieille Nouvelle, après la saison estivale et en tenant compte de la tempête des 12 et 13 octobre, qui a emporté le revêtement.

Étaient notamment présents Béatrice Obara, sous-préfète, Didier Codorniou, vice-président de la Région, Henri Martin, maire de Port-la-Nouvelle, et des représentants de l’association de défense de la plage.

Des pistes d’amélioration ont été proposées par Didier Codorniou : le nombre de places de parking pourrait être augmenté de 50 à 70 places ; le giratoire et le dépose-minute vont être revus « pour faciliter l’accès et notamment le dépôt des enfants » ; une navette électrique pourrait être mise en place pour transporter le matériel lourd, dont celui des véliplanchistes. Ce point peut se heurter à la Loi littoral, qui interdit l’accès de tout véhicule à moteur sur les plages. Enfin les revêtements (qui sont expérimentaux) vont être refaits.

Parc logistique portuaire de Port-la-Nouvelle

MISE À JOUR (23/05/2015)

Voir l’article initial

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Eccla, EELV, des observations sur l’enquête publique

L’enquête publique du projet d’agrandissement du port de Port-la-Nouvelle (partie terrestre) est désormais terminée. Eccla et EELV, parmi d’autres, ont formulé des observations sur ce dossier. En voici les grandes lignes (lien vers les documents complets plus bas) :

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Eccla : questions sur les compensations environnementales

L’association souligne d’abord ce qu’elle estime être une incohérence : l’extension du port à terre comporte deux parties, la plate-forme nord (extension de l’actuelle zone d’entrepôts, près de la mer et de la future extension du port en mer) et la zone logistique, plus à l’intérieur ; le dossier du maître d’ouvrage (la Région) prévoit de réaliser d’abord la première, liée à l’accueil du nouvel avant-port ; pour Eccla, c’est la seconde qui répond pourtant à des besoins plus immédiats (manque de place sur la zone actuelle, raccordement à la voie ferrée).

Par ailleurs, Eccla fait remarquer que le Contrat de Plan État-Région ne prévoit aucun financement pour le port de Port-la-Nouvelle dans les cinq ans à venir, alors qu’il prévoit 10 M€ pour l’intermodalité ferroviaire, dont la réalisation est pourtant prévue ultérieurement à celle du grand port…

Un autre point important est la réalisation d’un mur de soutènement sur la frange littorale de la plate-forme nord, avec pour but de protéger la zone des submersions marines. Eccla fait remarquer que, du fait de l’érosion régulière du littoral, le mur serait au bord de l’eau dans moins d’un siècle : « Dans ces conditions il ne paraît pas raisonnable d’installer une structure en dur dans une telle zone et surtout si près de la mer. »

Pour l’accès à la plage, Eccla propose un deuxième accès (en plus de celui par La Campagne) : Il s’agirait d’une passerelle en bois à partir de l’actuel parking proche de la maison éclusière de Sainte-Lucie. Il permettrait de découvrir les salins sans dégrader le milieu et d’arriver en un autre point de la plage.

Concernant les compensations environnementales, Eccla note que le dossier ne prévoit « quasiment pas d’évitement d’impact, juste un peu de réduction durant la phase chantier et quasiment tout en compensation, ce qui n’est pas vraiment l’esprit ERC » (« Éviter, réduire, compenser », loi du 10/07/1976).

Quant aux compensations, qui sont prévues en partie sur la réserve naturelle de Sainte-Lucie et, en majeure partie, sur le lido de Sète-Marseillan, Eccla souligne leur incohérence : d’une part parce que la Réserve régionale de Sainte-Lucie est déjà protégée foncièrement et réglementairement ; d’autre part parce que le lido de Sète est très éloigné du projet alors que d’autres sites plus proches auraient pu être choisis. Eccla y voit des raisons très éloignées des préoccupations environnementales et de l’idée de compensation : « lorsqu’on regarde de près le choix du lido de Sète, on comprend vite que la facilité a pesé lourd : un seul propriétaire prêt à vendre et un organisme, le Conservatoire du Littoral, prêt à en prendre la responsabilité et souhaitant fortement ce rachat. »

L’association pose des questions quand aux réalisations prévues sur l’île Sainte-Lucie : Pourquoi le plan de gestion, qui aurait dû être terminé fin 2013, n’est toujours pas en place ? Pourquoi choisir le canal de la Robine (pollutions au cadmium et au PCB, entre autres) pour la mise en eau des salins plutôt que l’étang de l’Ayrolles ? Le troisième point concerne la suppression de la circulation motorisée : le projet a-t-il été bien dimensionné (parkings, accès par le chemin de halage) ? Eccla demande que cette maîtrise de la circulation automobile soit réalisée dès avant les travaux et qu’une étude d’impact soit menée à l’issue de la première saison estivale.

Dans ses conclusions, Eccla interroge : « Si le port ne se fait pas, la Région tiendra-t-elle ses engagements envers la réserve régionale qu’elle a elle-même créée ?' ».

Lien vers le document d’Eccla

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EELV : « de graves irrégularités » en termes de concertation

Le groupe local du Narbonnais d’EELV soulève « de graves irrégularités » dans le déroulement de l’enquête publique qui, selon lui, sont des motifs d’annulation de l’enquête : absence de concertation de la Région avec les usagers, contrairement à son engagement et en opposition avec le Code de l’environnement et l’esprit du « Débat public ».

EELV estime que le projet ne prend pas suffisamment en compte les effets du changement climatique, en particulier par rapport à l’élévation du niveau de la mer et la réalisation d’un ouvrage de soutènement le long de la plate-forme nord, ce qui devrait amener à rechercher des solutions d’évitement, voire de repli pour une partie de cette plate-forme ; cela permettrait en même temps d’épargner pour l’instant les habitats qui sont dans le meilleur état écologique, estime le document.

Comme Eccla, EELV est critique vis-à-vis des compensations environnementales et les juge même « insuffisantes, inappropriées et en contradiction avec les recommandations de l’Agence de l’Eau » (le lido se Sète-Marseillan n’étant pas dans le même bassin versant que le projet).

EELV souligne l’important impact social, sanitaire et sociétal du projet : flux de véhicules lié aux travaux ; risques technologiques minimisés ; concentration humaine du fait du nouvel accès à la plage ; gestion des eaux de ruissellement ; pollution du chantier (plastiques, remblaiements).

En conclusion, EELV estime le dossier fragile et suggère une légèreté du maître d’ouvrage dans ses décisions.

Le document d’EELV : Observations EELV enquête publique PLN

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La Nouvelle : port et réserve naturelle, un voisinage à réussir

La réalisation du « parc logistique portuaire » de Port-la-Nouvelle, dont l’enquête publique est en cours, prendra 100 ha d’espace naturel. Les compensations environnementales, prévues par la loi, seront-elles à la hauteur de ce préjudice ? Par ailleurs, l’aménagement modifiera l’accès à la plage de la Vieille Nouvelle.

Du grau à Port-la-Nouvelle, 4 km de plage, dans la réserve naturelle.

Du grau de la Vieille Nouvelle à Port-la-Nouvelle, 4 km de plage, dans la réserve naturelle.

L’enquête publique, qui a lieu du 16 avril au 15 mai 2015, concerne une partie du projet d’agrandissement du port : la partie terrestre. L’agrandissement des bassins se fera ultérieurement (les travaux devraient démarrer en septembre 2018).

La Région Languedoc-Roussillon, en lien avec le transfert par l’État à la Région de la compétence sur les ports de Sète et Port-la-Nouvelle (2007), a élaboré un plan de développement des équipements portuaires du Languedoc-Roussillon. Port-la-Nouvelle, 18e port de commerce français (sur une quarantaine) et 3e de la côte méditerranéenne française, voit son trafic augmenter légèrement (4 % entre 2009 et 2013). La Région estime que ses équipements portuaires sont limités et nécessitent un agrandissement pour « répondre aux standards actuels des ports modernes ». Il est donc envisagé d’agrandir l’emprise au sol par l’aménagement d’un parc logistique pouvant accueillir davantage d’activités logistiques et industrielles ; et d’autre part d’agrandir la zone de bassins pour pouvoir accueillir des navires aux dimensions plus importantes : jusqu’à 225 m de long et 14,50 m de tirant d’eau contre, actuellement, un maximum de 140 m de long et 8 m de tirant d’eau.

Le projet d’agrandissement des bassins avait fait l’objet d’un « débat public » en 2012-2013, à l’issue duquel la Région a décidé de le mettre en œuvre.

Quant à l’aménagement du parc logistique, il se fera en deux temps avec d’abord la création d’une zone de 20 ha au nord-est du port actuel : elle mordra en partie sur la plage et la zone dunaire (1) ; puis, ultérieurement, on créera une zone de 80 ha, plus à l’ouest ; à cette occasion, le parc sera relié à la voie ferrée. Cette partie du parc empiétera sur les anciens salins dont une partie est encore en eau (zone humide d’environ 19 ha), au nord de la zone portuaire.

L'extension du parc logistique portuaire supprimera cette étendue d'eau d'environ 19 ha.

L’extension du parc logistique portuaire s’étendra sur une partie de l’ancien salin (ici, une zone encore en eau d’environ 19 ha).

L’ensemble des zones prises par le parc logistique jouxtent la Réserve naturelle régionale de Sainte-Lucie (825 ha), qui s’étend sur l’île de Sainte-Lucie, sur l’ancien salin, la zone dunaire et la plage. Propriété du Conservatoire du Littoral et de l’État (pour la partie du Domaine public maritime), la Réserve naturelle est gérée par le Parc naturel régional de la Narbonnaise et la commune de Port-la-Nouvelle.

L’aménagement du parc logistique entraînera des compensations environnementales. Dans ce contexte, il y a un débat sur la remise en eau des anciens salins : pour certains, l’idéal pour les oiseaux c’est ce qu’il y avait avant, avec une remise en eau de l’ensemble des salins ; les botanistes font remarquer que, avec les salins à sec, une flore intéressante se développe sur les rives. Trois scénarios sont en discussion, avec une partie en eau qui fluctuerait. Il y a aussi une interrogation sur la qualité de l’eau, si elle vient de la Robine.

Le nouvel accès passera par le domaine de "la campagne" (au coeur de l'ancien salin), où sera aménagé l'un des deux parkings.

Le nouvel accès à la plage passera par le domaine de « la campagne » (au coeur de l’ancien salin), où sera aménagé l’un des deux parkings.

La mise en place du projet aboutira aussi à la modification de l’accès à la plage de la Vieille Nouvelle : celui-ci se fait jusqu’à présent à travers la zone portuaire et les voitures empruntent, en retrait de la plage, une piste de sable damé par les roues, qui arrive jusqu’au grau de la Vieille Nouvelle. Ce non-respect de la loi, qui interdit la circulation motorisée sur les plages (et à plus forte raison dans une réserve naturelle), était jusqu’à présent toléré. A la faveur des aménagements du port, la Région a prévu un nouvel accès par le chemin de halage du canal de la Robine en direction de Sainte-Lucie puis par l’ancien domaine des Salins, appelé « la Campagne », et de là vers l’est jusqu’à la plage. Une voie est prévue pour les voitures, une autre pour les piétons et les cycles. Les véhicules ne circuleront donc plus sur la plage. Un parking de 150 à 180 places, en épis, est prévu le long de la voie d’accès (à partir d’une distance de 500 m de la plage jusqu’à la plage) ; un autre, de 300 à 500 places (selon les documents), est prévu à la Campagne, soit à 1,5 km de la plage. Il faudra marcher, du parking à la plage, au maximum 5 minutes pour le premier parking, 20 minutes pour le second.

Ph.C.

1) Ou plutôt proto-dunaire : il s’agit de dunes en formation.

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Le grau de la Vieille Nouvelle.

Le grau de la Vieille Nouvelle.

Maryse Arditi (Eccla) : « Nous allons nous bagarrer sur les compensations environnementales »

Quelques questions à Maryse Arditi, présidente d’Eccla (Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral audois).

. Pour vous, l’agrandissement de la plate-forme logistique du port est-il justifié ?

. M.A. : « Nous n’y sommes pas opposés. Le port manque d’espace et cela d’autant plus que l’application du Plan de prévention des risques technologiques (plusieurs établissements sont classés Seveso) demande de la place.

Pour nous, ce projet présente l’avantage de prévoir une boucle ferroviaire, qui justifie l’extension. Nous vérifierons que cette boucle se fait bien. Si ce port a quelque prétention d’activité supplémentaire, c’est bien que le transport se fasse autrement que par camion.

Nous savons que les 100 ha sur lesquels va se faire l’agrandissement ont été pris sur ce qui est devenu aujourd’hui la Réserve naturelle régionale, qui avant était les salins. Mais en même temps, le Conservatoire du Littoral a pu acheter un morceau de salins et de plages pour constituer la Réserve naturelle, avec Sainte-Lucie, grâce à la Région qui a rendu cette opération possible (1). A l’époque, en tant que conseillère régionale, j’ai voté pour cette décision.

Il y a 7-8 ans, nous étions très inquiets vis-à-vis de la situation des Salins du Midi, qui possédaient 1 400 ha tout le long du littoral. Ce qui a été acquis par le Conservatoire, c’est toujours ça qui est à l’abri. »

. Que pensez-vous de la modification de l’accès à la plage ?

. « Tant que l’État était en charge du port, il n’a rien dit et a laissé les gens traverser le port jusqu’à la plage. Quand il a transféré la compétence à la Région, il lui a dit « vous êtes responsable en cas de problème ». Il était clair, dès 2007-2008, qu’il fallait interdire l’accès du port.

Comment fait-on ? Les gens ont l’habitude de rouler, sur 4 km de plage, et veulent continuer. On parle de dérogation à la Loi Littoral, mais dans un réserve naturelle c’est inconcevable. La loi (2) n’a jamais été respectée, c’est l’occasion de le faire. La circulation motorisée est contradictoire avec les espaces naturels ; il faut apprendre à les respecter.

Il y a aussi le fait qu’il y a trente ans, on comptait beaucoup moins de véhicules sur la côte qu’aujourd’hui. Maintenant, de La Franqui à Gruissan, il y a des milliers de camping cars ; c’est une sur-fréquentation. Si on veut accueillir dignement les touristes, il faut aménager un peu.

Pour l’accès à la plage de la Vieille Nouvelle, la Région a prévu un nouveau chemin d’accès. Si les gens voulaient bien se mettre autour d’une table ronde on pourrait trouver une solution à peu près acceptable par tous, mais il n’y a pas moyen de se réunir. Pourquoi pas voir ce qui est possible, par exemple à partir du parking actuel de Sainte-Lucie avec un passage à pied, en vélo, un petit train électrique ? Si les gens veulent une dérogation à la Loi Littoral, avec une bande de roulement et rien d’autre, ce n’est pas la peine de discuter.

Aux Coussoules (La Franqui), le maire a fermé l’accès des véhicules à la plage et ça se passe bien.

Au passage, il faut dire que la Loi Littoral n’a pas rempli son office : la population des cantons littoraux s’accroît davantage, depuis 30 ans, que la moyenne française. La pression sur le littoral est toujours plus forte. »

. Les compensations environnementales prévues par la Région pour compenser l’extension du port vous conviennent-elles ?

. « Ces mesures compensatoires ont été débattues au Comité consultatif de Sainte-Lucie. La Région, conformément au cadre légal, a demandé une dérogation au Conseil national de la protection de la nature pour pouvoir aménager 100 ha d’espaces naturels. Le fait qu’elle ait anticipé a peut-être joué ; la Région a obtenu l’accord du CNPN.

Nous allons nous bagarrer notamment sur deux aspects : ils ont été chercher des compensations dans l’Hérault, au Domaine de Vassal ; c’est loin, il faut faire le plus proche possible ; par ailleurs, si on prend 100 ha, il faut en compenser 200 et qu’il y ait réellement compensation et non pas la prise en compte d’un espace naturel déjà existant.

Et puis, parmi les compensations, il y a le financement de la Réserve régionale naturelle de Sainte-Lucie ; c’est scandaleux, cette réserve existe déjà ; puisque la Région avait décidé de la mettre en place, elle doit la financer, indépendamment du nouveau projet. »

1) La Région Languedoc-Roussillon est l’organisme compétent pour la mise en place de réserves naturelles régionales. Elle contribue largement au financement de celle qui nous préoccupe.

2) Loi du 3/01/1986, article 30.

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Les voitures empruntent actuellement cette piste à l'arrière de la plage.

Les voitures empruntent actuellement cette piste à l’arrière de la plage.

Port-la-Nouvelle Windsurf : pour une piste de sable

Le collectif d’associations (Port-la-Nouvelle Windsurf, l’Association des usagers de Port-la-Nouvelle et une association de Peyriac-de-Mer) réclame, depuis longtemps, avec 6 000 signatures à l’appui, le maintien de l’accès des véhicules motorisés aux plages, à Gruissan, à la Vieille Nouvelle, à La Palme ou encore un peu avant La Franqui. Laurent Bady, président de Port-la-Nouvelle Windsurf, met l’accent sur l’importance de ce secteur du littoral, où le vent est favorable pour ces activités sportives : « on peut naviguer parallèlement à la côte sans risque ».

« Nous demandons », dit-il, « une bande de roulement, autrement dit une piste sur le sable, à 250 m du rivage, balisée, naturelle, avec la possibilité de se croiser et de se garer en épis. Nous ne voulons plus de voitures sur la plage. »

Le projet de la Région, à la Vieille Nouvelle, ne satisfait pas l’association qui craint un manque de places de parking et souligne la concentration des usagers au même endroit : « Nous avons compté 1 100 voitures par jour autour du 10 août, avec 700 voitures de 15 h à 17 h. Avec les 450 places annoncées, cela risque d’être la foire d’empoigne. De plus, sur le chemin de halage de Sainte-Lucie, on ne peut pas se croiser au petit pont. Est-ce que l’on veut dégoûter les gens d’aller sur la plage ? Ce projet concentrera tous les usagers au même endroit : baigneurs, véliplanchistes, kiteurs, alors que jusqu’ici chacun avait son coin. Il y aura, c’est sûr, un accident dans les 15 jours. »

Laurent Bady n’apprécie pas la concertation telle qu’elle a été faite : « Le président du Parc naturel régional de la Narbonnaise, Bernard Devic, nous a rencontrés séparément, les maires, nous, et a remis un rapport à la sous-préfète, mais il n’y a jamais eu de rencontre entre tout le monde. » Il ajoute : « Tous les élus se sont prononcés pour la bande de roulement, Marie-Hélène Fabre, Roland Courteau, André Viola et Eric Andrieu (1). Mais derrière, ça ne bouge pas. Il semble que ce soit le préfet qui tranchera. »

1) Respectivement députée, sénateur, président du Conseil départemental et vice-président de la Région.

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Au grau, un pêcheur.

Au grau, un pêcheur.

Albert Cormary (EELV) : une bande de roulement limitée

Albert Cormary (Europe Écologie les Verts du canton de Sigean) n’est pas opposé à une bande de roulement sur le sable : « Aujourd’hui, les voitures vont n’importe où sur la plage. Une bande de roulement, balisée, pourquoi pas, mais il ne faudrait pas qu’elle aille jusqu’au grau de la Vieille Nouvelle, qui est la partie la plus fragile en terme de biodiversité. La moitié de la distance jusqu’au grau suffirait. On resterait en dehors du milieu dunaire, des sansouïres. »

Il estime par ailleurs qu’un mois pour l’enquête publique c’est trop court et que la période où elle se fait ne permet pas de consulter les estivants, qui sont une partie importante des usagers.

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Mise à jour (17/04/2016) : Vieille Nouvelle, mobilisation massive pour un accès direct à la plage

Le Collectif de la Vieille Nouvelle a réussi son pari en réunissant, samedi 16 avril, entre 600 et 1 000 personnes dans les rues de Port-la-Nouvelle. Les usagers de la plage de la Vieille Nouvelle, sportifs et familles, ont réclamé un accès abordable à la plage, que selon eux les aménagements en cours ne permettent pas. Ils demandent le maintien de la bande de roulement située sur le sable en retrait de la plage (à 250 m du rivage), avec un aménagement de parking en épis qui fermerait l’accès des véhicules sur la plage.

L’État se replie derrière la Loi Littoral (doublée du zonage en réserve naturelle), qui interdit toute circulation de véhicules à moteur sur les plages. A la suite de la manifestation, la sous-préfète de Narbonne, Béatrice Obara, déclare (L’Indépendant du 17/04/2016) : « Nous ne fermons pas la porte à des aménagements. Il existe des propositions comme les modes de circulation douce. » Sans plus de précision.

Le collectif fait valoir qu’il n’y a jamais eu de concertation regroupant, autour d’une même table, toutes les personnes concernées. Concertation qui aurait peut-être permis de réfléchir ensemble à des solutions pratiques conciliant davantage les différents points de vue ? Il est peut-être encore temps.

Nous reproduisons la réflexion d’Albert Cormary, de Sigean, qui, sans se joindre à ceux (ce n’est pas la majorité) « qui veulent pouvoir faire ce qu’ils veulent quand ils veulent comme ils veulent« , « partage à 100 % le sentiment de Nouvellois (et autres) qui estiment qu’on leur vole tout. Le port a vécu en symbiose avec le village pendant des siècles. Depuis 20 ans, c’est un corps étranger. Les salins ont rythmé la vie sociale et le paysage des habitants pendant un siècle et les pouvoir publics l’ont abandonné, en décrétant une réserve naturelle mal née d’un marchandage sur un coin de table. Maintenant, on leur vole la plage en limitant très fortement l’accès. Cerise sur le gâteau pour les écolos, il faudra de très forts arguments pour me faire croire que le dépose minute aménagé sur l’aire de nidification des sternes naines est moins dommageable pour l’avifaune qu’une bande de roulement facilement contrôlable et établie là où il n’y a aucun enjeu en matière environnementale. A ce sujet, les écolo-technocrates responsables du truc devraient relire attentivement le DOCOB du Natura 2000…« 

Quant aux solutions pratiques : « Si ce n’était qu’une problématique de gens accros à la voiture, il n’y aurait pas tant de passions. Le problème vient de ce que l’on est dans le paysage du sensible. C’est un aspect qu’ignorent les tenants de la fermeture totale et qui pourtant devrait interpeller les écologistes. Un « responsable » avait proposé d’y faire rouler des petits trains pour amener les usagers à pied d’œuvre. Cela a été reçu comme une gifle de plus : on veut transformer notre plage en parc d’attraction ! Quant aux déplacements doux, on ne voit pas très bien ce que cela peut être. Rouler en vélo, ceux qui en parlent devraient essayer, histoire de nous faire rigoler ! Des calèches ? On revient au petit train…« 

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Mise à jour (02/06/2016) : Vieille Nouvelle, quel accès ?

Le débat organisé le 31 mai par Eccla à Narbonne a permis l’échange de points de vue sur l’accès à la plage de la Vieille Nouvelle. Les usagers estiment ne pas avoir été suffisamment consultés sur ce sujet.

La carte des nouveaux accès à la plage de la Vieille Nouvelle.

La carte des nouveaux accès à la plage de la Vieille Nouvelle.

En organisant, le 31 mai au Palais du Travail, une conférence-débat sur la circulation motorisée dans les espaces naturels, l’association Eccla (Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral Audois) savait qu’elle touchait un point sensible. Pour l’association, il s’agissait d’expliquer la réglementation et de sensibiliser les participants à la protection des espaces naturels.

Mais en organisant cette soirée, Eccla a, sans que cela soit son objectif premier, joué le rôle de facilitateur de débat, que les pouvoirs publics, à qui il incombe, n’ont pas joué pleinement, de l’avis de nombreux interlocuteurs.

Une évidence a d’abord été mise en avant : comme l’a expliqué Stéphane Defos (DDTM), la loi Littoral (03/01/1986) interdit toute circulation de véhicules à moteur dans les espaces naturels, y compris sur des chemins aménagés et a fortiori en hors piste. De ce fait, aucune dérogation n’est possible dans les espaces naturels littoraux.

Alain Perea, directeur du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise, a ensuite expliqué l’historique de la gestion administrative du dossier de la Vieille Nouvelle : en juillet 2013, dit-il, la sous-préfète de Narbonne a réuni les maires concernés et les représentants du Parc et a exposé la nécessité impérative d’appliquer la loi Littoral, ce qui mettait fin à la tolérance observée depuis près de trente ans à la Vieille Nouvelle : rappelons que les usagers, pour y accéder, utilisaient en toute illégalité la seule voie possible, par la zone portuaire puis par la piste de sable en retrait de la plage.

Lors de cette réunion, la sous-préfète avait chargé le Parc d’étudier les diverses possibilités d’aménager un nouvel accès, compatible avec la loi.

On peut concevoir différents types d’accès aux plages du littoral audois, dit Alain Perea. Il y a des plages proches d’une route, en accès de type urbain, comme la plage sud de Port-la-Nouvelle ou Narbonne-Plage ; il y a des plages qui peuvent satisfaire un public familial qui accepte de marcher un peu, comme la falaise de Leucate ou les Coussoules après l’aménagement qui a été réalisé ; « à la Vieille Nouvelle, il faudrait que l’accès soit plus difficile pour avoir moins de monde » et orienter plutôt l’utilisation vers les sportifs amoureux d’espaces sauvages. A Gruissan, dit-il aussi, « la loi dirait de fermer la plage au niveau du camping : nous étudions la solution de chemins d’accès. »

A la Vieille Nouvelle, dans le cadre de l’aménagement du port de La Nouvelle, c’est la Région qui a défini les nouveaux accès, dont un en voiture (les travaux sont en cours). Celui-ci prévoit un parking de 680 places, la majorité près de l’ancien domaine des Salins (« La Campagne »), le reste (180) en épis le long d’une voie entre ce domaine et la plage. Ce qui demandera de marcher entre 5 et 20 minutes pour arriver à la plage.

La carte éditée par le Conservatoire du Littoral (voir plus haut) montre les accès projetés : par la Campagne (en voiture), par le parking des Salins (à pied et en vélo), par la Maison éclusière (à pied et en vélo).

Le Collectif Vieille Nouvelle a exprimé, à de nombreuses reprises, son inquiétude sur la capacité de parking, qu’il juge insuffisante ; et il souligne la difficulté pour les amateurs de glisse équipés de matériel lourd de le transporter sur une longue distance.

D’autres, comme les pêcheurs, font remarquer que l’accès au grau de la Vieille Nouvelle demandera un long parcours à pied (3 km).

Le débat a porté aussi sur la fragilité de cette zone classée en réserve naturelle. « Dans la bande située à 400 m de la mer » (aux abords de la bande de roulement sur le sable), dit Dominique Clément, naturaliste ornithologue, « c’est là qu’est située toute la biodiversité, les oiseaux, les insectes, les plantes ; les parkings sont situés en dehors de cette zone naturelle. »

Selon Matthieu Delabie, délégué de rivages au Conservatoire du Littoral, « il est encore possible de discuter, de trouver de la souplesse dans l’utilisation du parking ».

Maryse Arditi, présidente d’Eccla, rappelle la proposition de l’association d’une passerelle partant du parking des Salins. Ce pourrait être une passerelle en bois suspendue au-dessus du sol, permettant le roulement de cycles, poussettes et autres caddies.

Le nouvel accès par La Campagne doit ouvrir début juillet. L’usage montrera si les craintes quant à la difficulté d’accès sont fondées ou non. Si c’était le cas, espérons que les autorités auront à cœur d’étudier les éventuelles solutions pour améliorer la situation.

Ph.C.

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Eccla, EELV, des observations sur l’enquête publique

L’enquête publique du projet d’agrandissement du port de Port-la-Nouvelle (partie terrestre) est désormais terminée (mise à jour, 23/05/2015). Eccla et EELV, parmi d’autres, ont formulé des observations sur ce dossier. En voici les grandes lignes (lien vers les documents complets plus bas) :

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Eccla : questions sur les compensations environnementales

L’association souligne d’abord ce qu’elle estime être une incohérence : l’extension du port à terre comporte deux parties, la plate-forme nord (extension de l’actuelle zone d’entrepôts, près de la mer et de la future extension du port en mer) et la zone logistique, plus à l’intérieur ; le dossier du maître d’ouvrage (la Région) prévoit de réaliser d’abord la première, liée à l’accueil du nouvel avant-port ; pour Eccla, c’est la seconde qui répond pourtant à des besoins plus immédiats (manque de place sur la zone actuelle, raccordement à la voie ferrée).

Par ailleurs, Eccla fait remarquer que le Contrat de Plan État-Région ne prévoit aucun financement pour le port de Port-la-Nouvelle dans les cinq ans à venir, alors qu’il prévoit 10 M€ pour l’intermodalité ferroviaire, dont la réalisation est pourtant prévue ultérieurement à celle du grand port…

Un autre point important est la réalisation d’un mur de soutènement sur la frange littorale de la plate-forme nord, avec pour but de protéger la zone des submersions marines. Eccla fait remarquer que, du fait de l’érosion régulière du littoral, le mur serait au bord de l’eau dans moins d’un siècle : « Dans ces conditions il ne paraît pas raisonnable d’installer une structure en dur dans une telle zone et surtout si près de la mer. »

Pour l’accès à la plage, Eccla propose un deuxième accès (en plus de celui par La Campagne) : Il s’agirait d’une passerelle en bois à partir de l’actuel parking proche de la maison éclusière de Sainte-Lucie. Il permettrait de découvrir les salins sans dégrader le milieu et d’arriver en un autre point de la plage.

Concernant les compensations environnementales, Eccla note que le dossier ne prévoit « quasiment pas d’évitement d’impact, juste un peu de réduction durant la phase chantier et quasiment tout en compensation, ce qui n’est pas vraiment l’esprit ERC » (« Éviter, réduire, compenser », loi du 10/07/1976).

Quant aux compensations, qui sont prévues en partie sur la réserve naturelle de Sainte-Lucie et, en majeure partie, sur le lido de Sète-Marseillan, Eccla souligne leur incohérence : d’une part parce que la Réserve régionale de Sainte-Lucie est déjà protégée foncièrement et réglementairement ; d’autre part parce que le lido de Sète est très éloigné du projet alors que d’autres sites plus proches auraient pu être choisis. Eccla y voit des raisons très éloignées des préoccupations environnementales et de l’idée de compensation : « lorsqu’on regarde de près le choix du lido de Sète, on comprend vite que la facilité a pesé lourd : un seul propriétaire prêt à vendre et un organisme, le Conservatoire du Littoral, prêt à en prendre la responsabilité et souhaitant fortement ce rachat. »

L’association pose des questions quand aux réalisations prévues sur l’île Sainte-Lucie : Pourquoi le plan de gestion, qui aurait dû être terminé fin 2013, n’est toujours pas en place ? Pourquoi choisir le canal de la Robine (pollutions au cadmium et au PCB, entre autres) pour la mise en eau des salins plutôt que l’étang de l’Ayrolles ? Le troisième point concerne la suppression de la circulation motorisée : le projet a-t-il été bien dimensionné (parkings, accès par le chemin de halage) ? Eccla demande que cette maîtrise de la circulation automobile soit réalisée dès avant les travaux et qu’une étude d’impact soit menée à l’issue de la première saison estivale.

Dans ses conclusions, Eccla interroge : « Si le port ne se fait pas, la Région tiendra-t-elle ses engagements envers la réserve régionale qu’elle a elle-même créée ?' ».

Lien vers le document d’Eccla

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EELV : « de graves irrégularités » en termes de concertation

Le groupe local du Narbonnais d’EELV soulève « de graves irrégularités » dans le déroulement de l’enquête publique qui, selon lui, sont des motifs d’annulation de l’enquête : absence de concertation de la Région avec les usagers, contrairement à son engagement et en opposition avec le Code de l’environnement et l’esprit du « Débat public ».

EELV estime que le projet ne prend pas suffisamment en compte les effets du changement climatique, en particulier par rapport à l’élévation du niveau de la mer et la réalisation d’un ouvrage de soutènement le long de la plate-forme nord, ce qui devrait amener à rechercher des solutions d’évitement, voire de repli pour une partie de cette plate-forme ; cela permettrait en même temps d’épargner pour l’instant les habitats qui sont dans le meilleur état écologique, estime le document.

Comme Eccla, EELV est critique vis-à-vis des compensations environnementales et les juge même « insuffisantes, inappropriées et en contradiction avec les recommandations de l’Agence de l’Eau » (le lido se Sète-Marseillan n’étant pas dans le même bassin versant que le projet).

EELV souligne l’important impact social, sanitaire et sociétal du projet : flux de véhicules lié aux travaux ; risques technologiques minimisés ; concentration humaine du fait du nouvel accès à la plage ; gestion des eaux de ruissellement ; pollution du chantier (plastiques, remblaiements).

En conclusion, EELV estime le dossier fragile et suggère une légèreté du maître d’ouvrage dans ses décisions.

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Le document d’EELV : Observations EELV enquête publique PLN

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Un pêcheur à pied, dans l'étang de l'Ayrolle.

Un pêcheur à pied, dans l’étang de l’Ayrolle.

Aux Coussoules (La Franqui), l'accès a été fermé aux véhicules.

Aux Coussoules (La Franqui), l’accès a été fermé aux véhicules.

Areva Malvési (Narbonne) : que se passe-t-il à l’amont de la filière nucléaire ?

Pendant longtemps peu connue, l’usine Areva (ex-Comurhex) de Malvési, à Narbonne, n’est pas une usine ordinaire. Le réseau Sortir du Nucléaire se bat depuis quelques années pour obtenir plus de transparence à son sujet. Une journée d’information et de débat, le 21 février, a posé la question : « L’usine Areva de Malvési/Narbonne, quel impact radiologique ? »

Saint-Just vertical P1040593 2Depuis deux ans le réseau Sortir du Nucléaire fait monter la pression autour de l’usine d’Areva Malvési, près de Narbonne, avec un but précis : faire parler de ce site, porter un éclairage sur la chaîne de l’uranium, sensibiliser l’opinion et obtenir davantage de transparence d’Areva et des pouvoirs publics. Après plusieurs actions, notamment ces derniers mois (manifestations devant l’usine, sur la rocade ou à la gare, blocage d’un camion transportant de l’UF4, réunion publique), la grande journée du 21 février a réuni plus de 200 participants au Palais du Travail de Narbonne.

Une journée qui a permis, avec l’intervention de Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), de mieux connaître l’activité de Malvési, les risques qu’elle comporte, mais aussi les risques liés au transport de matières nucléaires. Des ateliers ont porté sur d’autres aspects, comme les conditions de travail des salariés permanents et de ceux des entreprises sous-traitantes.

Une grande partie de l’uranium pour les centrales françaises passe par Narbonne

Créée en 1958 aux portes de Narbonne, l’usine de Malvési a fait partie de la société Comurhex (filiale d’Areva) jusqu’en 2014, et elle est aujourd’hui intégrée au sein d’Areva NC (comme « nuclear cycle »), également filiale d’Areva.

Elle emploie environ 280 salariés permanents auxquels il faut ajouter autour de 300 travailleurs des entreprises sous-traitantes.

L’activité principale de cette usine est le traitement du minerai d’uranium à son arrivée en France : cet uranium approvisionne ensuite les centrales nucléaires françaises (100 % de l’uranium converti en France passe par Malvési), mais aussi l’exportation (qui représente environ 40 % du volume traité à Malvési). Au total, Malvési traite environ le quart de l’uranium mondial et c’est donc l’une des usines les plus importantes de cette activité.

A Malvési, l’uranium arrive (par le train) sous forme de concentré d’uranium (le yellow cake). Il est raffiné et transformé en UF4 (tétrafluorure d’uranium). Il part ensuite (jusqu’à présent surtout par camions, désormais surtout par le train) vers Pierrelatte, pour être transformé en UF6 (hexafluorure d’uranium). De là, il continue vers le site du Tricastin, où il est enrichi, avant d’être transformé en combustible pour les centrales à Romans-sur-Isère.

A Narbonne (Malvési), environ 14 000 tonnes d’uranium sont traitées chaque année. Le projet d’extension Comurhex II, validé en 2012 et en cours de réalisation, entend porter ce tonnage à 21 000 t. (1)

Comurhex II, le projet de modernisation, en cours d'achèvement.

Comurhex II, le projet de modernisation, en cours d’achèvement.

Les risques : radioactivité et fuites dans l’environnement

Comme le réseau Sortir du Nucléaire, la Criirad, a expliqué Bruno Chareyron, travaille à la connaissance du risque engendré par la filière nucléaire. La Criirad, rappelle-t-il, a été créée en 1986, au lendemain de Tchernobyl : le « mensonge d’État » (selon lequel il n’y avait pas eu de retombées de l’explosion de Tchernobyl sur le territoire français) avait fait ressentir le besoin de créer un organisme d’enquête indépendant.

Quel est le risque autour de Malvési ? Très insignifiant si l’on en croit Areva… Bruno Chareyron, au vu des observations de la Criirad, est bien plus circonspect :

Le stockage des fûts de déchets. La Criirad a mesuré, à proximité, des taux de radioactivité supérieures à la normale.

Le stockage des fûts d’uranium. La Criirad a mesuré, à proximité, des taux de radioactivité supérieures à la normale.

Le risque est d’une part, même si la communication autour de l’usine a tendance à le faire oublier, radioactif : le concentré d’uranium, qui contient 70 à 75 % d’uranium, et dont 20 000 t sont entreposées dans des fûts, en extérieur, sur le site de Malvési, est très radioactif. Il émet des radiations dont les plus puissantes sont les rayons gamma (qui traversent la paroi des fûts jusqu’à quelques centaines de mètres) et les rayons alpha (dangereux par inhalation).

Les mesures de la Criirad effectuées en 2006 et 2014 notamment ont relevé des taux de radiations supérieurs à la normale jusqu’à 280 mètres de la clôture qui longe le dépôt de fûts. Plus près, contre la clôture, selon les relevés de la Criirad, les radiations sont jusqu’à 20 fois supérieures au niveau naturel.

Le Rapport environnemental 2013 d’Areva parle d’une exposition de 0,72 mSv/an (2) en limite de site, pas très éloignée de la dose maximale admissible (1 mSv/an pour l’exposition cumulée de toutes les sources de radioactivité).

Si les promeneurs sont certainement rares autour de la clôture de Malvési, une famille vivait à proximité, en 2006. Depuis, elle a été relogée. Et puis il y a les travailleurs de Malvési : quel est le risque pour eux ?

Michel Leclerc, travailleur du nucléaire, a témoigné, lors de cette journée, dans un atelier (voir plus loin).

Autre risque, le rejet dans l’atmosphère, par la cheminée de l’usine, de poussières radioactives.

Il y a aussi les poussières consécutives à la rupture des bassins B1 et B2 en 2004, qui a laissé des boues s’épandre alentour (voir plus loin). La Criirad a estimé qu’avec ces poussières, les riverains pourraient être exposés à deux fois la dose maximale annuelle admissible.

Une étude de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) de 2008 sur la végétation autour de l’usine a relevé la présence de plutonium sur des cyprès jusqu’à 2 km dans le vent du site.

Le risque, autour de Malvési, est aussi chimique : le traitement de l’uranium met en œuvre divers produits dont l’ammoniac et le très dangereux acide fluorhydrique.

Les incidents et accidents autour de Malvési ne sont pas négligeables, tels que des rejets liquides dans le canal du Tauran (qui aboutit dans le ruisseau de la Mayral, lequel débouche dans le canal de la Robine et celui-ci dans l’étang de Bages).

En 2006, de fortes pluies ont fait déborder les bassins de boues.

« Sans vouloir créer une psychose », dit Bruno Chareyron, « nous sommes exigeants pour obtenir un niveau de qualité du site le meilleur possible. »

Saint-Just P1040587 2Transport : des normes très laxistes

La Criirad s’est par ailleurs intéressée au transport d’UF4 par camion entre Malvési et Pierrelatte. Une mesure réalisée près d’un camion sur une aire d’autoroute a montré qu’une personne qui passerait la nuit dans sa voiture, garée près du camion, atteindrait en une nuit le tiers de la dose annuelle maximale admissible. Un taux qui, toutefois, rentre dans les doses autorisées par la réglementation internationale. « La réglementation », dit Bruno Chareyron, « a été faite pour que le nucléaire soit possible, pas pour protéger les gens. »

L’objectif de la Criirad est au contraire de « mieux informer pour éviter une exposition inutile. »

On peut aussi se demander à quelle dose sont soumis les chauffeurs des camions.

Le transport ferroviaire, qui semble prendre le pas sur le transport par route, est-il plus sûr ? En 2001, deux wagons contenant 100 tonnes d’acide fluorhydrique se sont couchés en gare de Narbonne.

Et là encore, quel risque pour les travailleurs, en l’occurrence les conducteurs de train ?

Le Classement Seveso n’est pas suffisant

L’une des installations importantes de Malvési est la série de bassins, 10 au total en activité, où sont mis en décantation des boues et des liquides issus du traitement de l’uranium, afin d’obtenir l’évaporation des liquides au soleil et au vent. Les conditions climatiques de Narbonne seraient une raison du choix de ce site pour l’usine… à moins que le poids du député SFIO de l’Aude Georges Guille (membre du gouvernement) à l’époque n’ait été prépondérant.

Les bassins. Au centre (derrière le véhicule), les ex-bassins B1 et B2. Derrière, un bassin en activité, en surplomb par rapport à la plaine.

Les bassins. Au centre (derrière le véhicule et sur sa droite), les ex-bassins B1 et B2 (boues sèches). Au premier plan et en arrière-plan, les bassins d’évaporation en activité, en surplomb par rapport à la plaine. On ne voit pas les bassins de décantation en activité, plus à droite.

La rupture, en 2004, d’une digue des bassins B1-B2 a provoqué le déversement, dans la plaine voisine, de 30 000 m³ de boues et liquides, officiellement des « boues nitratées ». Les analyses de la Criirad, en 2006, ont révélé qu’en réalité ces boues contenaient du plutonium et autres descendants de l’uranium : thorium 230, radium 226, plomb 210, américium 241, cela à des doses très concentrées. Ce qui signifie que Malvési a traité des déchets de combustibles usés, issus du cœur de réacteurs nucléaires. Il s’est avéré que cette activité a eu lieu de 1960 à 1984.

Le problème c’est que, pour traiter ces déchets, Malvési aurait dû être classée INB (Installation nucléaire de base) alors qu’elle est classée seulement Seveso « seuil haut » (risque chimique).

La Criirad, Sortir du Nucléaire et Eccla (3), qui siègent au CLIC (Comité local d’information et de concertation), demandent le classement en INB du site Areva de Malvési dans son intégralité. Cela permettrait, dit Maryse Arditi (présidente d’Eccla) dans la revue Nexus (n°97, mars-avril 2015), l’application des normes réglementaires de la radioprotection à ce site et donc une meilleure sécurisation. Cela notamment au niveau du confinement de l’ensemble des bassins de boues. Areva, pour éviter le classement total en INB, se retranche derrière un amendement au décret d’application de la loi du 13 juin 2006, amendement qui exclut du classement les installations qui ne mettent en œuvre « que » de l’uranium naturel.

Le classement INB est en cours, à l’initiative de l’État et de l’ASN (autorité de sûreté nucléaire)… mais uniquement pour les anciens bassins B1 et B2. Pour les associations, ce classement est nettement insuffisant et n’assurera pas la totale sécurité du site.

Concernant le statut des déchets contenus dans les bassins en activité, Areva parle d’entreposage (donc provisoire). Un entreposage qui dure depuis 50 ans… et qui montre une fois de plus que l’élimination des déchets de la filière nucléaire reste un problème non résolu.

Plus globalement, la nature du site de Malvési, en zone humide, a de quoi inquiéter. Areva a installé, dans les bassins, un système de récupération et de retraitement, censé éviter la dispersion des liquides et boues. Mais l’étanchéité des bassins est-elle garantie ? Et quid du risque de rupture de digue ? Le passé a montré la réalité de ce risque comme de celui du débordement par forte pluie. C’est toute la plaine aval qui est exposée.

Depuis quelques années, Areva améliore progressivement les installations de Malvési. Pas suffisamment, estiment les organisations non-gouvernementales.

Et puis il y a ce qu’elles considèrent comme « la culture du secret » dans la filière nucléaire. Une culture du secret qui a tout pour inquiéter les citoyens sur le bien fondé des décisions prises en haut lieu.

Ph.C.

1) Cet objectif est toutefois contrarié en partie par le choix d’EDF, premier client d’Areva, de faire opérer les deux tiers de la conversion de l’uranium (transformation en UF4 et en UF6) hors d’Europe, notamment en Russie. Lire ci-après.

2) millisieverts par an.

3) Eccla : Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral audois.

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Pour approfondir le sujet :

Le magazine Nexus, n°97, de mars-avril 2015, a publié un dossier sur Malvési, avec une approche scientifique très détaillée.

La Revue XXI, n°29, hiver 2015, a publié pour sa part l’article « Une si discrète usine ».

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Vue entrée P1040573 2* * * *

Vous avez dit maladie professionnelle ?

Faire reconnaître une maladie professionnelle dans la filière nucléaire n’est pas facile. Le témoignage de Michel Leclerc le montre. Cet ancien salarié de la Serci (société aujourd’hui disparue, qui était une sous-traitante de la Comurhex) est atteint depuis 1991 (avec des symptômes depuis 1983) d’une leucémie myéloïde chronique.

Il a fallu des années de procédures, depuis 1995, pour que le tribunal des affaires de sécurité sociale reconnaisse (1999) le caractère professionnel de la maladie puis que le tribunal d’instance de Narbonne déclare (2012) la Comurhex responsable de cette maladie. La Comurhex a fait appel et la Cour d’appel, en 2013, s’est déclarée incompétente, estimant que la Comurhex n’était pas l’employeur de Michel Leclerc. Le procès est maintenant en cassation.

Le développement de la sous-traitance ne facilite pas la responsabilisation de la filière nucléaire par rapport à ses travailleurs. Or, ce sont les intérimaires qui, à 90 %, supportent la plus grande partie des doses d’exposition sur les chantiers nucléaires.

Le peur de perdre son emploi, l’isolement des salariés sont des freins pour faire reconnaître leurs droits. De plus, la preuve de l’origine professionnelle de la maladie est à leur charge ; or, ils disposent rarement des données sanitaires les concernant.

Le magazine Nexus a recensé une dizaine de cas de cancers ou leucémies chez des salariés du nucléaire autour de Narbonne, dont cinq décès.

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100 % du minerai d’uranium est importé

Il n’y aurait pas d’électricité nucléaire en France sans l’importation du minerai (depuis la fermeture des mines françaises, 100 % du minerai est importé). Ce qui met à mal le mythe de l’indépendance énergétique du nucléaire français.

Or, cette exploitation minière se fait dans des conditions peu favorables à certains pays producteurs, comme l’a illustré l’association Survie à partir de l’exemple du Niger, où Areva exploite deux mines.

L’État du Niger reçoit à peine 12 %, environ, de la valeur de l’uranium extrait de son sol. Et ce pays, malgré ses richesses minières, est le dernier au classement de l’indice de développement humain du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), ce qui montre qu’elles lui profitent bien peu.

Qui plus est, les mines d’uranium au Niger entraînent une grave pollution des sols, de l’air et de l’eau et l’épuisement de la nappe aquifère profonde. Les mineurs et les populations de cette région souffrent de maladies graves (maladies respiratoires, cancers et leucémies) selon des taux anormaux.

La présence d’Areva au Niger et les conditions de négociation entre cette entreprise et l’État du Niger n’échappent pas au système de la Françafrique et de ses ingérences politiques qui font dire à Survie que l’Afrique n’a jamais été décolonisée. Le livre de Raphaël Granvaud, Areva en Afrique, explique bien ces aspects.

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Secret défense ?

Je prenais des photos devant l’entrée de l’usine de Malvési lorsque le gardien est sorti pour me demander ce que je faisais. Il m’a ensuite suivi en voiture et, lorsque je me suis garé à l’entrée du chemin qui longe la clôture des fûts, s’est garé, m’a demandé ma carte d’identité, ce que j’ai refusé, tout en m’identifiant volontiers. Il a relevé le numéro d’immatriculation de ma voiture puis est parti.

Un instant plus tard, alors que je terminais mes photos, un autre gardien est venu me dire qu’il était interdit de prendre des photos, contrairement à ce que dit la loi puisque j’étais toujours dans le domaine public, hors de l’enceinte d’Areva. Il m’a dit que je devais partir et m’a menacé d’appeler les gendarmes… ! Excès de zèle ou suivi de consignes dignes du « secret défense » ?

Ph.C.

Une pétition pour la fermeture de Malvési. Lire la pétition

Lire aussi sur ce blog : « Areva Malvési TDN : dépollution des effluents, quel risque ? »

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La CGT manifeste « pour l’emploi, contre la casse industrielle et sociale »

CGT P1040615 2La CGT organisait, le 19 mars à l’entrée du site Areva-Comurhex de Malvési, une manifestation pour préparer notamment la « journée nationale de manifestation et de grève » du 9 avril. Le syndicat estime que l’usine de Malvési est « dans le collimateur des casseurs d’emploi » et que le groupe Areva, bien que s’appuyant à 87 % sur un actionnariat d’État, a une attitude très négative vis-à-vis des salariés.

« Areva veut faire payer aux salariés les pots cassés d’une mauvaise gestion »

Gaël Roussel (en noir) : "Les salariés n'ont pas à payer les pots cassés de la gestion d'Areva".

Gaël Roussel (en noir) : « Les salariés n’ont pas à payer les pots cassés de la gestion d’Areva ».

« Les pertes d’Areva », explique Gaël Roussel, délégué CGT, « s’élèvent à 4,8 milliards d’euros » (le groupe a publié ses comptes début mars). Pour les éponger, « Areva élabore un plan de redressement de 1 milliard d’euros, avec notamment des économies en personnel, la menace de statuts à la baisse et éventuellement un plan social. La perte d’Areva est due à une mauvaise gestion, notamment avec l’achat d’Uramin (1), où Areva a investi 3,5 milliards sans qu’un gramme d’uranium ait été extrait. Il est honteux de vouloir faire payer les pots cassés aux salariés. »

Outre les emplois, les salariés sont inquiets par rapport à la sécurité : « On ne peut plus se permettre aujourd’hui de réduire les effectifs sans compromettre les conditions de sécurité sur le site. »

Comurhex II : politique incohérente

Une partie du passif d’Areva concerne le projet Comurhex II, de modernisation des sites de Malvési et du Tricastin dédiés à la conversion de l’uranium. Un projet qui tarde à se mettre en place : on parle de juillet 2015 à Narbonne mais de 2018 à 2020 pour le Tricastin. « Il ne s’agit pas de pertes », explique Gaël Roussel : « Comurhex II a coûté 1 milliard d’euros mais Areva, considérant qu’il y a dépréciation de bien, l’évalue aujourd’hui à 400 M€. Cela dans un contexte de marché de l’uranium en baisse. »

Le délégué CGT dénonce une politique commerciale incohérente d’Areva, qui a privilégié la vente d’uranium au Japon, au détriment d’EDF qui est allé chercher des prix moins chers sur le marché russe : « Notre point fort était la vente d’une partie de la conversion à EDF ; on est allés jusqu’à 70 % de part de marché, aujourd’hui nous ne sommes plus qu’à 15 ou 20 %. » Une logique étonnante de la part de deux groupes, Areva et EDF, détenus majoritairement par l’État français.

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1) En 2007, Areva a racheté la société canadienne Uramin, dont les actifs étaient composés entre autres de gisements africains d’uranium. Non seulement la richesse de ces gisements potentiels aurait été surestimée mais Areva aurait surpayé l’achat de cette société, ce qui laisse planer des soupçons de corruption. Voir Survie et Médiapart : articles et eBook.

Changement climatique : davantage de crues et de coups de mer

UNE CONFERENCE-DEBAT ORGANISEE PAR ECCLA

Même si ses effets se font connaître lentement (à l’échelle humaine), le changement climatique est une réalité. Il se traduit, au niveau du littoral méditerranéen par exemple, par une accentuation des phénomènes orageux (et des inondations qui s’en suivent) et par un risque accru de « coups de mer ».

Maryse Arditi, présidente d'Eccla, a rappelé les mécanismes du changement climatique à l'oeuvre.

Maryse Arditi, présidente d’Eccla, a rappelé les mécanismes du changement climatique à l’oeuvre.

Dans le contexte de la 21e Conférence climatique, que la France accueillera à la fin de l’année, Eccla (Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral audois) organisait le 7 mars à Narbonne une rencontre sur « Inondations, submersions marines et changement climatique« . Une façon d’aborder le sujet par sa traduction concrète et locale, sur la côte méditerranéenne.

Le changement climatique à l’horizon 2050 (voir le bulletin météo du 17 août 2050), c’est une canicule un été sur quatre en France. Mais déjà aujourd’hui on observe une augmentation des températures depuis vingt ou trente ans. En 2014, les mois d’avril, mai, juin, août et septembre ont été les plus chauds jamais enregistrés sur la planète. Fin septembre 2014, la mer Méditerranée était à 24°C, deux degrés au-dessus des normales de saison, ce qui a été à l’origine d’orages très violents, notamment sur le Languedoc. Le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estime que ces phénomènes extrêmes vont s’intensifier dans les prochaines années à l’échelle du globe.

Autres constats, l’augmentation de la concentration dans l’atmosphère de CO2 et autres gaz à effet de serre (cette concentration augmente en flèche depuis le début de l’ère industrielle) et l’évolution du niveau moyen des mers.

GESNiveau_des_mers 2La tendance au réchauffement est par ailleurs soumise à des « accélérateurs », explique Maryse Arditi, présidente d’Eccla : avec la fonte des glaces (banquise, glaciers), le rayonnement du soleil est de moins en moins renvoyé dans l’espace ; en effet, la glace renvoie 90 % du rayonnement solaire, mais l’eau à peine 10 %. Par ailleurs, plus le taux de CO2 dans l’atmosphère augmente, plus il fait augmenter la température et plus cette augmentation de température réduit la capacité des océans à absorber le CO2.

On risque alors de passer des seuils, comme la fonte du permafrost (le sol gelé), qui entraînerait une émission massive de méthane, ou l’arrêt du gulf stream (courant océanique qui radoucit le climat des côtes européennes).

Ces enjeux du climat sont au centre des discussions internationales, depuis le Sommet de la Terre à Rio (1992), en passant par le Protocole de Kyoto (1997), qui a défini des objectifs de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Les débats sont actuellement marqués par la défection de certains pays riches (USA, Canada) et par la position des pays en développement qui souhaitent une contribution différenciée. Elle s’appuie sur le fait, par exemple, que, si la consommation totale d’énergie de la Chine a dépassé celle des États-Unis, sa consommation par habitant est encore trois fois moindre.

Après l’échec de la Conférence de Copenhague (2009), le Sommet de Paris apportera-t-il des avancées ?

En attendant, que se passe-t-il au niveau local ?

Narbonnais : 39 000 habitants en zone inondable

Si le risque de submersion marine, à Narbonne, n’a rien à voir avec ce qu’il peut représenter au Bangladesh ou dans certaines îles du Pacifique, il n’en est pas moins réel. L’élévation du niveau marin pourrait en effet atteindre 40 cm sur nos côtes d’ici 2100 (le Giec donne une fourchette entre 20 et 90 centimètres). Et donc rendre les coups de mer plus dévastateurs.

Stéphanie Defossez, géographe, maître de conférences à l’Université de Montpellier 3, explique le mécanisme de ces submersions marines liées à plusieurs facteurs, qui généralement se conjuguent : un niveau moyen élevé de la mer (en Méditerranée, les marées font quelques dizaines de centimètres), la pression atmosphérique (par dépression, le niveau marin moyen augmente) et les vagues (accentuées par le vent et les fonds marins).

Stéphanie Defossez : "Les risques de submersion marine doivent pris en compte dans les politiques publiques."

Stéphanie Defossez : « Les risques de submersion marine doivent pris en compte dans les politiques publiques. »

Cet ensemble de facteurs produit un « déferlement » en front de mer, qui projette des paquets d’eaux et divers matériaux sur les habitations, puis inonde les zones plus en arrière. Les conséquences peuvent être matérielles mais aussi humaines avec, en Languedoc-Roussillon, un risque important.

L’un des effets des submersions marines est l’érosion des côtes, avec le recul de la ligne de rivage : la côte atlantique a perdu 500 m de rivage en 45 ans ; mais en Méditerranée aussi l’érosion est présente ; à Vias, par exemple, la plage a reculé de plusieurs mètres ces huit dernières années. (Lire notre article sur l’érosion des côtes languedociennes).

Pour Stéphanie Defossez, lorsqu’une situation de submersion marine se conjugue avec une crue de l’Aude (ou autres fleuves côtiers), cela peut être lourd de conséquences.

Le Narbonnais est identifié comme un territoire à risque en termes de submersion marine et d’inondations fluviales. La population habitant en zone inondable atteint 39 000 personnes dans le premier cas et 22 000 dans le deuxième.

Un risque souvent oublié… ou ignoré

Les inondations dues aux crues de nos fleuves côtiers et de leurs affluents font partie de l’histoire de nos régions méditerranéennes, même si on a souvent tendance à l’oublier. Elles aussi sont accentuées par le changement climatique, du fait notamment de températures élevées de la mer en automne.

Jacques Chabaud, directeur du SMMAR (Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières), a expliqué l’action de cette fédération de syndicats de bassins, née à l’initiative du Conseil général de l’Aude à la suite des inondations de 1999.

Un sujet que nous avons développé dans un dossier récent : Inondations de la Berre : que faire ?

Le SMMAR et les syndicats de bassin agissent à plusieurs niveaux : l’entretien des cours d’eau, pour limiter l’impact des crues, notamment en réduisant la possibilité de formation d’embâcles (ces barrages d’arbres, branchages et autres végétaux, qui, en cédant, créent des vagues destructrices) ; la réalisation d’ouvrages de protection, comme les digues de Cuxac-d’Aude ; l’amélioration des systèmes de prévention.

L’intervention dans les rivières, qu’il s’agisse des particuliers (les propriétaires riverains) ou des collectivités publiques, est aujourd’hui relativement compliquée et doit se conformer à un certain nombre de règles (Code de l’environnement) : « C’est », dit Jacques Chabaud, « le revers après des années de politique interventionniste sans se préoccuper de l’environnement ».

Il ajoute : « Face aux inondations, il faut être très humble et éviter de croire qu’il y a des recettes toutes faites ; je n’en connais pas. »

L’action du SMMAR est un exemple des politiques publiques mises en place pour prévenir les inondations. Ces politiques s’appuient par ailleurs sur un instrument qu’est le PPRI (Plan de prévention du risque inondation). Il a pour objet d’identifier le risque et les zones concernées, avec pour effet la limitation ou l’interdiction de l’urbanisation dans certaines zones. Ce qui ne plaît pas forcément aux élus, eux-mêmes impliqués dans l’élaboration du PPRI.

Des témoignages ont montré la difficulté des citoyens à se faire entendre, face à des élus municipaux soucieux d’étendre l’urbanisation de leur commune, sans tenir compte du risque d’inondation, comme, il y a vingt ans, à Cuxac-d’Aude et plus récemment à Luc-sur-Orbieu.

A Cuxac, explique Lucette Zeller, 1 200 personnes environ se sont installées dans les écarts (Les Garrigots, Mouchaïras, L’Horte de Senty), à partir des années 1980. La plupart venaient de l’extérieur du village et peu de Cuxanais les ont avertis du fait que ces zones étaient inondables. La mairie et la DDE ont accordé et validé les permis de construire. Aujourd’hui, pour protéger ces quartiers on a construit 10 km de digues, qui ont coûté des millions d’euros, « ce qui aurait pu être évité si l’on n’avait pas construit là. »

A Luc-sur-Orbieu, les projets d’urbanisation de la commune ne prenaient pas en compte le risque lié au ruisseau du Tourrenc. Le PPRI ne le prenait pas en compte non plus. Les riverains, explique Paulette Barbe, ont eu beaucoup de mal à faire admettre par la mairie ce risque qui pourtant était connu localement.

Au moment du débat, certains soulignent l’importance de conserver la mémoire locale des inondations et des risques qu’elles comportent. Mais cette mémoire est souvent sélective, les élus ayant parfois tendance à oublier ou à minimiser le risque, au nom d’intérêts économiques, collectifs ou privés. Mais lorsque le risque est oublié, ses conséquences peuvent être très lourdes, en pertes humaines surtout mais aussi économiques.

Ph.C.

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Tsunami : un autre risque de submersion

Le risque de tsunami n’a rien à voir avec le réchauffement climatique mais a une origine géologique, a expliqué Roland Courteau, sénateur de l’Aude, auteur du rapport du Sénat (2007) « Tsunami sur les côtes françaises, un risque certain, une impréparation manifeste ». Comme pour les autres risques de submersion marine, il nécessite une politique de prévention.

Roland Courteau : "Le risque de tsunami existe sur les côtes méditerranéennes. Il nécessite une politique de prévention."

Roland Courteau : « Le risque de tsunami existe sur les côtes méditerranéennes. Il nécessite une politique de prévention. »

Ce sont les séismes, les effondrements sous-marins ou encore les météorites qui peuvent être à l’origine de tsunamis. Ceux-ci ne sont pas comparables avec les vagues des tempêtes : « ils peuvent déchaîner une énergie plusieurs centaines de fois supérieure. »

A travers 150 auditions de spécialistes des tsunamis dans le monde entier, Roland Courteau a pu se faire une idée du risque et des réponses à y apporter. Il a pu constater que la Méditerranée n’est pas à l’abri des tsunamis, même si aucun n’a atteint le niveau de la catastrophe de l’Océan indien en 2004 (près de 300 000 morts). Au XXe siècle, 10 % des tsunamis ont eu lieu en Méditerranée. Depuis l’Antiquité, on a relevé un certain nombre de tsunamis dévastateurs en Méditerranée, le plus meurtrier étant celui de Messine en 1908 (30 000 morts). Sur les côtes françaises, c’est la Côte d’Azur qui est la plus exposée : en octobre 1979, un glissement de terrain au large de Nice a produit une vague qui a causé 11 morts à Antibes : « Combien de morts si cela s’était passé en plein été ? », questionne le sénateur.

Mais le littoral languedocien et roussillonnais n’est pas à l’abri : une vague de 50 cm, en 2003, a coulé des centaines de bateaux dans les ports de cette région. Selon des simulations du BRGM, un séisme ou un glissement de terrain dans le Golfe du Lion peuvent entraîner des vagues de 50 cm sur les côtes audoises et de 2 m dans les Pyrénées-Orientales.

Le risque le plus élevé proviendrait d’un éventuel séisme dans la région du Stromboli (sud de l’Italie), qui pourrait avoir de fortes répercussions sur les côtes françaises. Mais il faut aussi, estime Roland Courteau, prévenir les tsunamis de petite importance.

Il y a des signes avant-coureurs, en particulier le fait que la mer se retire. Ce qui peut être mesuré par un instrument, le marégraphe. Les sismographes, pour leur part, permettent de surveiller les séismes.

La première proposition du rapport du sénateur était la création de centres d’alerte, afin d’organiser l’évacuation des populations du front de mer. Un premier centre d’alerte a été créé en Polynésie française ; un second est opérationnel depuis 2012 en Méditerranée. Il permet d’observer le risque, mais pour l’instant l’alerte descendante (celle destinée à prévenir les populations) est en cours de mise en place. Les moyens envisagés : sirènes, messages radio et télé, voire appels téléphoniques.

Une autre préconisation de Roland Courteau est d’apprendre le risque aux enfants des écoles.