Inondations de la Berre : que faire ?

La Berre à Ripaud.

La Berre à Ripaud.

Dans ce dossier :

. Une demande de protection.

. Comment protéger les uns sans inonder les autres ?

. Endiguer, une illusion ?

. Le cas de la Réserve Africaine de Sigean.

. Quel entretien des cours d’eau ? La dynamique de l’eau.

. Les obligations des propriétaires ; l’action des syndicats d’aménagement hydraulique.

. Polémique et politique.

Dans les derniers jours de novembre 2014, suite à des pluies localement très importantes comme il s’en produit régulièrement dans nos régions méditerranéennes, en particulier en automne, nos rivières et fleuves côtiers ont débordé, et notamment l’Agly, la Berre, l’Orbieu, l’Orb, le Lez…

A la suite de ces inondations, deux types de discours ont ressurgi. L’un qui demande davantage de protection des hommes et des activités humaines. L’autre qui estime qu’il faut « nettoyer » davantage les cours d’eau. Ce débat a pris une dimension notable dans la vallée de la Berre, en particulier autour du devenir de la très médiatisée Réserve Africaine de Sigean, mais pas seulement.

Dans ce dossier, nous essayons de poser les éléments du débat et d’y voir plus clair.

Une partie, importante, des riverains de la Berre est remontée contre les inondations et contre ceux qui, à leur avis, ne prennent pas assez en compte cette question. Avant d’aborder différents points de vue, précisons ce qui suit :

Ce qui frappe dans les inondations, c’est l’importance des dégâts qu’elles font. L’une des causes de ces dégâts est la formation d’embâcles (1). Ceux-ci se forment d’autant plus facilement que la crue trouve, sur les rives ou dans le lit du cours d’eau, des bois morts, roseaux et autres végétaux à emporter. Certains incriminent aussi l’accumulation de graviers, qui, rehaussant le lit de la rivière, accroîtrait les dégâts.

Cela pose la question : qui est responsable de l’entretien des cours d’eau ? Nous ajouterons une autre question, quel est l’entretien idéal (entre le trop peu et le trop, entre la nature « sauvage » et son artificialisation) ?

Rappelons le principe de l’entretien des cours d’eau non domaniaux (voir plus loin) : il incombe, a priori, aux propriétaires des parcelles en bordure du cours d’eau ; mais dans les faits, les pouvoirs publics ont pris le relais des propriétaires. Pour ce qui concerne le bassin versant de la Berre, c’est le SIAH (Syndicat intercommunal d’aménagement hydraulique) du Bassin de la Berre et du Rieu, qui a pris en charge cette tâche… et qui fait l’objet de critiques.

Le souci d’être protégés

Michel Malquier, président de l'Association de Défense des Riverains de la Berre et du Rieu.

Michel Malquier, président de l’Association de Défense des Riverains de la Berre et du Rieu.

Le 22 décembre dernier avait lieu, dans les locaux de la Réserve Africaine de Sigean, l’assemblée générale de l’Association de Défense des Riverains de la Berre et du Rieu. Son président, Michel Malquier, a exposé les objectifs de l’association : obtenir le nettoyage du lit de la Berre et l’amélioration de la protection des riverains ; que cessent les procédures judiciaires contre les opérations privées d’entretien (plusieurs riverains de la Berre ont été cités en justice par l’administration qui leur reproche des interventions inappropriées).

Michel Malquier estime par ailleurs qu’il n’y a « pas moyen de discuter » avec le SIAH de la Berre et du Rieu et il demande la démission de son président.

La situation s’est en effet tendue entre certains riverains et le SIAH, voire avec l’administration : l‘association de défense a saisi la Commission européenne, au sujet du PPRI (Plan de prévention du risque inondation) de la Berre, pour « manquement à la directive européenne » sur la gestion du risque inondation (elle estime que ce PPRI ne prend pas suffisamment en compte le risque). La commune de Durban a porté plainte contre « x » au Parquet pour mise en danger de la vie d’autrui par rapport à ce qu’elle considère comme une mauvaise gestion du risque inondation sur son territoire (voir plus loin).

Christian Gaillard, le maire de Durban, présent lors de l’AG de l’association présidée par Michel Malquier, demande que l’on donne « la priorité à l’activité humaine : viticole, économique, la Réserve Africaine, les habitations, le hameau du Lac… » et il invite les personnes concernées à ne pas se diviser.

L'assemblée générale de l'Association de Défense des Riverains de la Berre et du Rieu, le 22 décembre.

L’assemblée générale de l’Association de Défense des Riverains de la Berre et du Rieu, le 22 décembre.

Par ailleurs, une pétition du nouveau Collectif Citoyen des Riverains de la Berre et du Rieu (devenu récemment association), demandant l’instauration d’un dialogue entre toutes les parties concernées, a recueilli plus de 6 000 signatures.

Ce collectif dénonce lui aussi « le mauvais entretien des cours d’eau ». Il demande un nettoyage régulier, un enrochement ou autres ouvrages protecteurs dans les traversées des villages et zones d’activité jusqu’à la Réserve Africaine, la suppression des zones d’extension des eaux dans les traversées des villages et sur les zones d’activités agricoles, touristiques, sportives ou culturelles (mais, ces zones étant exclues, reste-t-il des sites où pourraient être aménagées des zones d’extension des eaux ?), la création de bassins de rétention.

Le collectif demande aussi la modification du statut du SIAH pour permettre « une représentation paritaire des élus, des riverains, des viticulteurs et des entreprises ».

Tout en disant qu’il ne sait pas ce qu’il faut faire techniquement, le maire de Sigean, Michel Jammes (divers droite), demande pour sa part que « tout le monde se mette autour d’une table pour trouver des solutions ». Il est conscient de la nécessité de tenir compte des intérêts de tous les résidents de sa commune, qu’il s’agisse des quartiers bas du village, de la zone du Pavillon, de Villefalse, de l’Auberge, du Hameau du Lac, des viticulteurs ou encore de la Réserve Africaine. « On ne peut pas inonder les uns pour protéger les autres », admet-il.

Villefalse, vu de la rive droite.

Villefalse, vu de la rive droite.

Michel Jammes regrette que « les demandes des Sigeanais soient toujours rejetées » par le SIAH de la Berre et du Rieu (où il siège, avec deux autres délégués de la commune de Sigean). « La discussion est assez fermée depuis des années », dit-il. « Quand on répond de manière ferme et définitive que l’on ne peut pas nettoyer la Berre… Je ne dis pas que c’est la solution, mais il faut en discuter. »

Concernant le secteur du Pavillon, cet ancien camping transformé en résidences permanentes (voir plus loin), il est conscient du risque (inondation, incendie), dont il est responsable en tant que maire, mais, dit-il, « il n’est pas en mon pouvoir d’obliger (les habitants du Pavillon) à partir, ni même de racheter les terrains de ceux qui le voudraient. »

Ces diverses montées au créneau pour demander nettoyage de la Berre et protection des riverains ont amené de nombreux élus du secteur, en particulier les maires des communes des Corbières Maritimes et les élus du Grand Narbonne, à montrer qu’ils étaient sensibilisés par le problème et qu’ils se sentaient solidaires des sinistrés, sans toutefois rentrer dans les détails techniques.

De leur côté, le préfet de l’Aude et la sous-préfète de Narbonne sont venus sur le terrain. Ils ont promis d’étudier le dossier de près de manière globale et, concernant la Réserve Africaine, sont ouverts à la possibilité de travaux (voir plus loin).

Sigean : toute la plaine est dans le lit majeur de la Berre

Sur le secteur de la basse plaine de la Berre, protéger tout le monde de toutes les crues semble une illusion. Il faut avoir en tête la topographie du cours de la Berre en aval de Portel. Le cours naturel de ce fleuve côtier passait autrefois par les abords du village de Sigean et aboutissait à l’étang de Bages-Sigean près de Port-la-Nouvelle. Au XVIIe siècle, la rivière a été détournée (2), par la construction de la digue de l’Espinat (entre Villefalse et Sigean), pour fertiliser, avec ses dépôts alluviaux, la plaine du Lac, pour la culture du blé.

La crue de 1999 dans la basse vallée de la Berre (la crue en bleu clair, le bleu foncé étant les étangs). On devine Villefalse dans le coude de la Berre au centre des trois branches. Branche de gauche, l'amont, sous Portel ; branche de droite, l'ancien lit, au nord de Sigean et jusqu'au Pavillon, tout à fait à droite ; branche du haut, le lit actuel, par le Hameau du Lac, et la large déverse en rive droite, dans la plaine du Lac.

La crue de 1999 dans la basse vallée de la Berre (la crue en bleu clair, le bleu foncé étant les étangs). On devine Villefalse dans le coude de la Berre au centre des trois branches. Branche de gauche, l’amont, sous Portel ; branche de droite, l’ancien lit, au nord de Sigean et jusqu’au Pavillon, tout à fait à droite ; branche du haut, le lit actuel, par le Hameau du Lac, et la large déverse en rive droite, dans la plaine du Lac.

Se sentant protégés par la digue, les Sigeanais ont construit dans l’ancien lit de la Berre, au nord du village. Ajoutons à cela l’aménagement du camping Le Pavillon. Mais depuis sa construction, la digue a été submergée deux fois, la crue de 1999 étant la plus mémorable. Cette année-là, quelque 300 constructions de l’agglomération sigeanaise ont été inondées.

Compte tenu du risque de rupture de la digue, qui serait catastrophique pour Sigean, le SIAH de la Berre et du Rieu a décidé de reconstruire la digue, sans la rehausser. Les travaux étaient en cours lors de la crue de novembre 2014. Les bas quartiers de Sigean et du Pavillon ont été inondés, mais vu l’importance de la crue, elle serait de toutes façons passée par dessus la digue.

La crue de 1999 faisait partie des crues dites centennales (avec probabilité de retour tous les cent ans, mais ce n’est qu’une moyenne statistique : il peut y avoir deux crues « centennales » très rapprochées dans le temps). Son débit maximal en aval de Portel a été d’un peu plus de 1 000 m³/s. La crue de fin novembre 2014 a atteint dans ce même secteur un débit maximal instantané de 880 m³/s (données de la station de Portel le 30 novembre ; le débit moyen journalier de ce même 30 novembre étant de 344 m³/s).

On a calculé (cf. Dossier d’enquête publique du confortement de la digue de l’Espinat, ISL Ingénierie) que la crue de 1999, avec un débit de 1 000 m³/seconde environ en aval de Portel, s’était écoulée de la manière suivante : par la digue de l’Espinat (et donc vers Sigean), environ 220 m³/s ; 520 m³/s par surverse en rive droite de la Berre entre Pech Maho et le Hameau du Lac ; le reste, 250 m³/s, passant par le lit de la Berre entre le Hameau du Lac et la Réserve Africaine, avec plusieurs surverses en rives gauche (vers la Réserve) et droite.

On comprend que l’importante masse d’eau qui arrive lors des crues, même celles de moyenne importance, ne saurait se contenter du passage dans le lit mineur. D’autant qu’au niveau de la plaine du Lac, la pente n’est que de 0,3 %.

La Berre entre le Hameau du Lac et la Réserve Africaine.

La Berre entre le Hameau du Lac et la Réserve Africaine.

Si l’on protégeait davantage Sigean, en remontant le niveau de la digue de l’Espinat, ce village serait à l’abri des grandes crues (en n’oubliant pas toutefois le risque de rupture de la digue) mais alors c’est davantage d’eau qui passerait par le lit actuel, avec donc des risques d’inondation accrus pour les zones de Villefalse, l’Auberge, le Hameau du Lac et la Réserve Africaine.

Si l’on protégeait davantage la Réserve Africaine, c’est le Hameau du Lac et l’Auberge qui seraient plus exposés.

La solution, parfois suggérée, d’endiguer toute la vallée est peu raisonnable : il faut bien que l’eau sorte quelque part ; toutes les zones concernées sont situées dans le lit majeur de la Berre (de l’ancien lit et du nouveau lit). Il semble bien que les habitants de la commune de Sigean soient condamnés à se partager les crues, au moins les plus importantes, quitte à réduire les habitations en zone inondable ou à les aménager pour les mettre hors d’eau lorsque c’est possible.

Autre moyen de réduire l’impact des crues, l’entretien du cours d’eau. Nous avons sur ce sujet demandé l’avis de Jacques Chabaud, le directeur du SMMAR (voir plus loin).

Ph.C.

1) Embâcle : accumulation végétale (troncs, branchages, roseaux…) lors des crues.

2) Mais il semble qu’un ouvrage existait déjà à cet endroit, sous le nom de « païssère du Pla ». Son entretien serait attesté en 1573.

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Le Pavillon a été inondé, en novembre, avec 80 centimètres d'eau, et les habitants ont dû être évacués pendant trois jours.

Le Pavillon a été inondé, en novembre, avec 80 centimètres d’eau, et les habitants ont dû être évacués pendant trois jours.

Pavillon : un camping, devenu village, en zone inondable

Le Camping du Pavillon, à Sigean (sur la route de Port-la-Nouvelle), est devenu, au fil des ans, un village de « mobil homes » de moins en moins mobiles, et quelques caravanes. Après avoir racheté le camping il y a trente ans, un promoteur (Grand Bleu Promotion) l’a morcelé et vendu par parcelles. Aujourd’hui, quelque 450 copropriétaires y détiennent une parcelle ; une centaine de personnes y vivent en permanence. Cela malgré le risque d’inondation : en 1999, la dernière grande crue, 35 personnes seulement vivaient en permanence au Pavillon ; malgré le risque constaté, on a continué à laisser l’habitat permanent se développer.

Les risques d’inondation, au Pavillon, sont liés à la proximité de l’étang (remontées marines), au ruisseau du Rieu, dont l’embouchure dans l’étang est toute proche (mais des travaux semblent avoir supprimé ce risque) et à la Berre : l’ancien lit du fleuve avait ici son embouchure, lui aussi, et lorsque les crues ne sont pas arrêtées par la digue de l’Espinat, elles débouchent là, directement ou par les canaux.

Le 29 novembre 2014, c’est la Berre qui a inondé le Pavillon. L’eau est montée à 80 centimètres et les habitants ont dû être évacués pendant trois jours. Le préfet, après avoir hésité à autoriser la réouverture de la zone, l’a finalement autorisée.

Le quartier du Pavillon reste exposé au risque d’inondation, en particulier lors des grandes crues de la Berre. Mais en ces temps de loyers chers et de précarisation sociale, il est difficile de supprimer d’un coup de baguette magique quelques dizaines de logements.

Le "camping" du Pavillon, à Sigean. Une centaine de personnes y vivent en permanence.

Le « camping » du Pavillon, à Sigean. Une centaine de personnes y vivent en permanence.

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Réserve Africaine :

Une demande d’autorisation de travaux en préparation

Lorsqu’on parle des inondations de la Berre à Sigean, il est souvent question de la Réserve Africaine. Celle-ci, en effet, communique beaucoup et évoque régulièrement son possible départ.

Il est vrai que ce parc animalier génère 92 emplois permanents (plus une trentaine pendant les six mois de saison « estivale ») avec 330 000 visiteurs par an et un chiffre d’affaires de quelque 10 M€.

Située en rive gauche de la Berre, à 2 km de son débouché dans l’étang, la Réserve est inondée au niveau du Pont Saint-Joseph (face au Hameau du Lac). Là, la Berre fait un coude et le courant arrive droit vers la Réserve. Une levée de terre avait été édifiée pour protéger la rive gauche mais la grande crue de 1999 l’a emportée. Cette digue de terre, toutefois, n’empêchait pas totalement les inondations, l’eau remontant juste avant le pont. Mais elle en réduisait la force, et donc les dégâts.

La Berre entre le Hameau du Lac et la Réserve Africaine : en face, l'enrochement réalisé rive gauche en 2007.

La Berre entre le Hameau du Lac et la Réserve Africaine : en face, l’enrochement réalisé rive gauche en 2007.

Une partie du parc est aussi inondée par le ruisseau de la Bernadette, qui vient de Portel.

« La Réserve a toujours été inondée », disent les habitants du Hameau du Lac. Lorsqu’on fait remarquer à Gabriel de Jesus, responsable communication du parc, que son entreprise s’est installée en zone humide inondable (une zone humide indispensable pour une partie des animaux), il souligne qu’en 1974, lorsque la Réserve a été créée, elle était protégée : « Sans cela, la Mission Racine n’aurait pas donné son aval à l’ouverture. » Ce qui ne l’a pas empêché de s’étendre en direction de la Berre dans les années 1990.

Après des inondations en 2003, 2005 et 2006, le SIAH de la Berre et du Rieu a réalisé des travaux en 2007 à l’emplacement de l’ancienne digue. Il a procédé à un enrochement de la berge, avec une hauteur inférieure de 1 m 30 à celle de la digue précédente, pour être au même niveau en rive gauche et en rive droite et ainsi éviter un débordement du côté du Hameau du Lac. Cet ouvrage n’a pas totalement barré le passage aux crues de 2009, 2011, 2013 et 2014.

Ce qui fait dire à Gabriel de Jesus « avant, nous n’étions pas inondables ; on nous a rendus inondables. »

Il poursuit : « Le Hameau du Lac n’a jamais été inondé », ce que démentent les habitants du hameau. Au moins une maison, disent-ils, était régulièrement inondée jusqu’à ce que la digue rive gauche cède, en 1999.

En 2006, le SIAH avait proposé à la Réserve d’aménager sur ses terrains un canal pour évacuer les crues, ce qu’elle aurait refusé. « Nous ne restons pas les bras ballants », dit Gabriel de Jesus, qui explique que la Réserve a réalisé un canal, créé des « barrages fusibles » (lorsque des embâcles se forment sur les clôtures, les grillages se relèvent si la pression de l’eau est trop forte) et aménagé des abris en points hauts pour les animaux.

Mais n’est-il pas possible de relocaliser en partie la Réserve sur des terrains plus élevés ? En effet, la Réserve Africaine a racheté une centaine d’hectares de foncier, non inondables, où il serait certainement possible d’abriter les animaux. Gabriel de Jesus, lui, ne parle que des 18 ha du parc. La dernière inondation, dit-il, « a inondé le parc aux trois-quarts ». Note de la rédaction : à la lecture de cet article, M. de Jesus nous demande de préciser que « la crue a inondé aux trois-quarts les 300 ha de la Réserve Africaine ».

Lors d’une rencontre en préfecture, le 18 décembre, le préfet a proposé à la Réserve d’effectuer des travaux de protection en étant elle-même maître d’ouvrage (donc à ses frais). Celle-ci devra déposer une demande d’autorisation de travaux (elle est en préparation), qui donnera lieu à enquête publique avant éventuelle déclaration d’intérêt général. La Réserve souhaite « reconstruire la digue comme avant », dit Gabriel de Jesus ; en fait, elle voudrait rehausser la rive sur un kilomètre ; il n’est pas sûr, loin de là, que le préfet l’y autorise ; et les habitants du Hameau du Lac n’ont pas l’intention d’accepter n’importe quoi.

« Si rien n’est fait avant l’automne, époque des crues, nous aurons à prendre une décision », dit Gabriel de Jesus. « 9 inondations en 15 ans, ça suffit. Mais nous voulons rester à Sigean, nous gardons espoir. » Ce discours de la Réserve Africaine n’est pas nouveau, certains disent qu’il ne change pas depuis vingt ans.

Le Hameau du Lac, vu de l'enrochement côté Réserve Africaine.

Le Hameau du Lac, vu de l’enrochement côté Réserve Africaine.

Annulation du PPRI

Approuvé en 2007, le PPRI (Plan de prévention du risque inondation) de la Berre a ensuite été invalidé en 2013 suite à une action en justice de la Réserve. Ce PPRI considérait le territoire de la Réserve Africaine comme champ d’expansion des crues. La procédure judiciaire se poursuit, actuellement au niveau européen.

La Réserve Africaine a par ailleurs intenté un procès au SIAH pour les dommages subis en 1999. Elle a gagné au tribunal administratif ; le syndicat a gagné en appel ; la Réserve a déposé un recours en Conseil d’État, en cours.

La Réserve a engagé un autre recours pour les dommages liés aux travaux de 2007. Elle a été déboutée au tribunal administratif et peut faire appel.

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Quel entretien des cours d’eau ?

Dans la vallée de la Berre, de nombreux riverains dénoncent un manque d’entretien du cours d’eau, qui aggraverait les effets des inondations. Pour leur part, les agriculteurs, à travers notamment le Syndicat des Vignerons de l’Aude, disent en substance : « Nous voudrions entretenir les cours d’eau mais on nous en empêche ».

Frédéric Rouanet, président du Syndicat des Vignerons de l’Aude, nous a expliqué : « Nous on veut nettoyer, mais on nous l’interdit. Par exemple, un propriétaire n’a pas le droit de descendre avec son matériel dans la rivière. Pour intervenir, il faut demander des autorisations, qui entraînent des études ; cela dure un temps fou et on n’obtient pas toujours l’autorisation. Nous, on demande quelque chose de beaucoup moins complexe à gérer. »

L'arenal P1040402 2Le 23 décembre a eu lieu, à l’initiative de ce syndicat, une opération « sauvage » de curage du Barrou à l’entrée de Durban pour enlever les graviers amoncelés sous le pont. Ce ruisseau, en novembre, avait inondé les maisons voisines.

Les obligations du propriétaire

Que dit la loi ? Elle distingue les cours d’eau domaniaux (en partie navigables ou flottables) des autres. Sur les cours d’eau domaniaux, il revient à l’État d’intervenir (dans le département de l’Aude, seul le fleuve Aude est domanial, en aval de Quillan).

Pour les autres cours d’eau, c’est-à-dire la grande majorité, la loi sur l’eau (article L 215-14 du Code de l’Environnement) dit que les propriétaires sont responsables de l’entretien (la propriété d’une parcelle va jusqu’au milieu du ruisseau ou de la rivière la bordant). Ainsi, les propriétaires sont « tenus à un entretien régulier du cours d’eau » pour le maintenir « dans son profil d’équilibre, permettre l’écoulement naturel des eaux et contribuer à son bon état écologique ou, le cas échéant, à son bon potentiel écologique, notamment par enlèvement des embâcles, débris et atterrissements, flottants ou non, par élagage ou recépage de la végétation des rives. »

Certaines interventions, en fonction de l’importance des travaux, donnent lieu à déclaration ou demande d’autorisation (décret 93-743 du 29 mars 1993).

C’est le cas, par exemple, des forages, prélèvements d’eau, rejets, épandages d’effluents ou de boues, ouvrages dans le lit mineur ou dans le lit majeur…

Ou, plus couramment, de la consolidation et la protection des berges par des techniques autres que végétales vivantes (déclaration entre 20 mètres et 200 m ; demande d’autorisation au-delà). Ou des « installations, ouvrages, travaux ou activités, dans le lit mineur d’un cours d’eau, étant de nature à détruire les frayères, les zones de croissance ou les zones d’alimentation de la faune piscicole, des crustacés et des batraciens (demande d’autorisation à partir de 200 m² de frayères ; déclaration en-deçà). La construction de digues est soumise à autorisation.

Si le propriétaire ne s’acquitte pas de l’obligation d’entretien régulier, la commune, le groupement de communes ou le syndicat compétent peut y pourvoir d’office à la charge de l’intéressé.

On verra plus loin que les pouvoirs publics ont en fait pris le relais des propriétaires, très généralement défaillants (vraisemblablement par ignorance de leurs obligations, par manque de temps ou en raison des difficultés techniques liées à ces travaux). Les pouvoirs publics n’interviennent pas, d’ailleurs, à la charge des propriétaires comme le permettrait la loi, mais sur budgets publics. Pour ce qui est du bassin versant de la Berre, l’intervenant est le SIAH (Syndicat intercommunal d’aménagement hydraulique) du Bassin de la Berre et du Rieu. L’ensemble des syndicats audois sont fédérés au sein du SMMAR (Syndicat Mixte des Milieux Aquatiques et des Rivières).

Un partenariat se met en place entre SMMAR et Syndicat des Vignerons (mise à jour)

Nous avons relevé cette déclaration de Jacques Chabaud (directeur du SMMAR) qui intervenait le 7 mars, lors d’un colloque d’ECCLA : « Si des propriétaires riverains veulent s’investir dans l’entretien des cours d’eau », a-t-il dit, « on peut les aider, en prenant en compte tout ce qui se passe sur le cours de la rivière » (dans son ensemble).

Une collaboration entre le SMMAR et le Syndicat des Vignerons de l’Aude est d’ailleurs en train de se mettre en place (L’Indépendant du 15/04/2015) : le syndicat, en présence de 60 vignerons, a accueilli une intervention de Jacques Chabaud, directeur du SMMAR, qui a présenté l’action des syndicats de rivière et expliqué les grands principes d’entretien des cours d’eau et les droits et devoirs des propriétaires riverains.

Syndicat et SMMAR envisagent de réaliser ensemble un travail d’information et de conseil des vignerons. Un guide sera prochainement diffusé par le syndicat et des formations seront proposées. Par ailleurs, « des opérations légales, conjointes et coordonnées de nettoyage seront lancées ».

Le dialogue est donc possible et même, au-delà, une véritable collaboration technique, dans l’intérêt des propriétaires riverains comme dans l’intérêt collectif, et dans le respect de la réglementation sur les cours d’eau.

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Albert Cormary :

«Le karma d’une digue, c’est de céder»

Albert Cormary : "L'endiguement n'a jamais été une solution. En 1999, le merlon a cédé; cette année, il l'aurait fait aussi avec davantage de dégâts.

Albert Cormary : « L’endiguement n’a jamais été une solution. En 1999, le merlon a cédé; cette année, il l’aurait fait aussi avec davantage de dégâts.

L’attitude face aux inondations évolue, estime Albert Cormary. Habitant au Hameau du Lac, il est porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts pour le Narbonnais et adhérent d’Eccla (Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral Audois).

« Au XIXe », dit-il, « on n’entretenait pas forcément les cours d’eau ; autrefois aussi on construisait dans les zones inondables, comme par exemple à Canet-d’Aude, à Coursan, dans le faubourg de Béziers… L’étalement urbain n’a pas arrangé les choses. »

Mais, poursuit-il, « il y a aussi un élément important, c’est la mémoire des inondations : on oublie très vite. A Sigean, des gens qui avaient eu 1,80 m d’eau chez eux en 1999, ont agrandi leur maison deux ans après… en rez-de-chaussée. Aux Garrigots à Cuxac, les premiers qui ont construit sont les enfants des propriétaires ; ils ont ignoré des faits qu’ils connaissaient. Le terrain de la Réserve Africaine de Sigean était sous l’eau en 1965 ; elle a ouvert huit ans après. »

« La perception des conséquences des inondations aussi a évolué : certaines choses que l’on supportait il y a des décennies, on ne les supporte plus. A Sigean en 2014 le traumatisme est beaucoup plus important qu’en 1999 alors qu’il n’y a pas eu, comme il y avait eu cette année-là, de mise en danger des personnes. Il n’y a pas eu en 2014 un courant aussi violent qu’il y a quinze ans. A ce moment-là, on n’avait pas cherché de responsable ; aujourd’hui, deux associations et un collectif contre les inondations se sont créés et on cherche les responsabilités. Peut-être sommes-nous dans une situation où le burn-out, le chômage, l’angoisse de l’avenir amènent à avoir un autre comportement. »

Revenant à l’entretien des cours d’eau, Albert Cormary souligne l’évolution : « Autrefois, on pouvait couper tout le bois, prendre les graviers que l’on voulait sans réfléchir ; bien sûr, il y avait des incidences. Aujourd’hui, on demande de respecter la ripisylve (1), de nettoyer mais pas trop parce que la végétation tient les berges et sert d’habitat à la faune. »

« Le gravier », explique-t-il, « a un rôle important d’alimentation des nappes phréatiques. Sigean est en partie alimenté en eau par la nappe qui accompagne la Berre, à 18 m de profondeur ; elle était peu productive jusqu’à ce que l’on arrête la carrière de Villefalse : le niveau de l’eau est alors remonté. »

« Avec les a-secs estivaux, il n’y a pas de frayères dans les rivières mais le gravier est souvent humide ; il alimente la ripisylve en eau et si on l’enlève on assèche. Certes, lorsque des bancs se forment il faut les enlever mais il ne faut pas faire n’importe quoi n’importe où. »

Autre aspect, « le prélèvement de matériaux dans les rivières réduit la sédimentation sur les plages, ce qui est l’une des causes de l’érosion des côtes. »

«La quadrature du cercle»

Pour Albert Cormary, « la gestion des rivières, c’est la quadrature du cercle : c’est une recherche d’équilibre entre le débit solide et le débit liquide ; il faut que l’eau s’écoule, voire déborde, mais pas trop vite afin de ne pas entraîner trop de matériaux. L’eau acquiert de l’énergie avec la vitesse : la densité de l’eau boueuse, qui charrie aussi du gravier, des galets, de gros cailloux, n’est pas de 1 (densité de l’eau) mais de 1,2 à 1,5. »

L’un des moyens de freiner l’eau est de garder une partie des arbres : « La Berre est entretenue, il y a un programme, qui n’est certainement pas parfait. Il avance par tronçons, d’aval en amont et le temps de revenir au départ ça a repoussé. Dans la partie médiane de la Berre, vers Gléon et Durban, l’entretien avait été fait il y a trois ou quatre ans. Après la crue de fin novembre, on voit des arbres couchés mais pas arrachés ; ce qui montre qu’il y a eu une assez bonne maîtrise de la vitesse d’écoulement qui fait que les arbres n’ont pas été arrachés. Aujourd’hui, il faut reprendre l’entretien pour enlever ce qui menace de partir et favoriser les repousses. »

«L’endiguement n’a jamais été une solution»

Sur la question des inondations de la Berre dans la zone du Lac, Albert Cormary constate que « les maisons les plus basses du Hameau du Lac n’ont jamais été inondées sauf une, qui ne l’est plus depuis l’aménagement de l’enrochement » (en 2007 rive gauche près du Pont Saint-Joseph, au niveau de la Réserve Africaine). « Le quartier de l’Auberge a été inondé cette année, mais avec 30 centimètres d’eau, beaucoup moins qu’en 1999, où il y avait eu 1 m 80. »

« L’ouvrage qui existait avant 1999 avant le Pont Saint-Joseph n’était pas une digue mais un merlon, une levée de terre. En 1999 elle a cédé. Elle a été réaménagée en 2007 de manière à limiter l’érosion tout en déversant. Si l’on construit là une digue plus haute, l’eau montera et se déversera rive droite : une maison du Hameau du Lac et le quartier de l’Auberge seront sans doute plus inondés qu’avant ; mais aussi quatre ou cinq maisons du Hameau du Lac, qui n’ont jamais été inondées, le seront. Pour réellement évacuer les crues, il faudrait doubler le lit de la rivière. Mais l’endiguement n’a jamais été une solution : le karma (2) d’une digue, c’est de céder. En 1999, le merlon a cédé ; cette année il l’aurait fait aussi, avec davantage de dégâts que ceux qui ont été constatés. »

Propos recueillis par Ph.C.

1) Végétation arbustive et arborée sur la rive.

2) Karma : le devenir, la destinée.

* * * *

Jacques Chabaud (SMMAR) :

«On ne peut pas lutter avec une pelle mécanique contre l’équivalent de centaines de bulldozers»

Jacques Chabaud : "On dit que l'entretien n'est pas fait. Avant, les propriétaires ne le faisaient pas. Maintenant que les syndicats se sont substitués à eux, l'entretien est fait."

Jacques Chabaud : « On dit que l’entretien n’est pas fait. Avant, les propriétaires ne le faisaient pas. Maintenant que les syndicats se sont substitués à eux, l’entretien est fait. »

Nous avons rencontré Jacques Chabaud, le directeur du Syndicat Mixte des Milieux Aquatiques et des Rivières (SMMAR) de l’Aude, qui fédère les syndicats de bassin, afin de rentrer un peu plus dans les aspects techniques de l’entretien des cours d’eau.

. « Les syndicats intercommunaux et le SMMAR ont été créés pour pallier la déficience des propriétaires riverains. »

. « Curer le lit des rivières ne sert à rien et au contraire accélère le creusement des lits ».

. « La végétation tient les berges et freine l’écoulement des crues. On enlève les arbres morts. »

. Un projet de relocalisation de vignoble.

Quelle est l’origine de l’action du SMMAR ?

Jacques Chabaud : « On constate en cherchant dans les archives que les inondations sont des événements récurrents, qui remontent à la nuit des temps. Elles ont été plus ou moins importantes. On a dit que la crue récente de l’Aude, de novembre 1999, était « la crue du siècle ». Elle a eu, à l’exutoire des Basses Plaines, une pointe de débit à 4 000 m³/s ; c’est cent fois le débit moyen de l’Aude.

On a trouvé la trace d’une crue qui, à la fin du XIVe siècle, serait montée à 12 000 m³/s. Elle a fait une cinquantaine de victimes dans le quartier de Bourg à Narbonne et elle est à l’origine du changement de cours de l’Aude (1).

Il faut être très humbles face aux phénomènes naturels, contre lesquels on ne pourra jamais se prémunir entièrement. La meilleure façon de lutter contre les inondations, c’est de ne pas s’installer dans les zones inondables. Le département de l’Aude est urbanisé à 15 ou 20 % en zone inondable et les cultures sont le plus souvent situées dans les endroits plats, les plus fertiles… mais inondables.

On ne peut pas empêcher les phénomènes naturels, mais on peut les prévenir. En 1999, le président du Conseil général Marcel Rainaud et le préfet, constatant l’ampleur des dégâts, ont fait réaliser des études et ont mis au point une politique de prévention pour pallier les déficiences des propriétaires riverains. En effet, l’immense majorité d’entre eux n’assurent pas leur obligation d’entretenir les cours d’eau sur leur propriété. Comme la loi les y autorise, les pouvoirs publics se sont donc substitués à eux, d’autant plus que ce non respect de leurs obligations par les propriétaires impacte la société civile.

C’est ainsi qu’ont été créés, au début des années 2000, les syndicats intercommunaux, un par bassin, fédérés au sein du SMMAR, que j’ai eu l’honneur de mettre en place. Nous avons programmé un plan d’action qui visait notamment à entretenir et restaurer les cours d’eau.

Pour qu’un établissement public puisse intervenir avec de l’argent public sur du foncier privé, il faut mener une enquête publique aboutissant, si tout va bien, à une déclaration d’intérêt général par arrêté préfectoral qui autorise le syndicat à intervenir en lieu et place des riverains.

Nous avons mis en place des plans de gestion des cours d’eau, sur 8 à 15 ans. Ils définissent les travaux, tranche par tranche, en particulier la gestion de la ripisylve. En une dizaine d’années, nous avons engagé 12,5 M€ de travaux, dans tout le département, sur 2 000 km de cours d’eau à raison de 100 à 250 km par an.

Ces plans de gestion sont définis par chaque conseil syndical, qui regroupe les communes du bassin, avec un débat démocratique entre les élus, y compris pour le bassin de la Berre. Et le syndicat ne peut pas faire autre chose que ce que le préfet autorise. Avant, seules les communes qui en avaient les moyens menaient une action. Désormais, tout le département est couvert, avec un raisonnement global à l’échelle de chaque bassin versant. C’est une structuration propre à l’Aude et qui nous est enviée au plan national. »

Que dit la loi par rapport aux obligations des propriétaires et à leur possibilité d’intervenir sur un cours d’eau ? Quelles sont les pratiques préconisées ?

J.C. : « Le Code de l’Environnement, articles L215-14 et L215-21, définit, pour les cours d’eau non domaniaux, les obligations des propriétaires riverains d’entretenir les cours d’eau dans le respect de leur fonctionnement naturel. Rien n’est interdit, la loi définit un certain nombre de pratiques, dont certaines nécessitent une demande d’autorisation.

Le curage fait partie des dispositifs techniques mais il peut avoir une incidence sur le fonctionnement naturel du cours d’eau, d’où la nécessité de respecter le Code de l’Environnement.

Pour prendre l’exemple de la Berre, ce fleuve côtier a un débit moyen annuel de 1 m³/s. Mais une crue à période de retour centennale peut atteindre 1 000 m³/s. Le climat méditerranéen avec ses fortes pluies très concentrées localement, la pente (la source est située à 420 m d’altitude et 52 km de l’embouchure) provoquent ces crues importantes dont la force tractrice est égale à celle de centaines de bulldozers. Comment lutter ? Pas avec une pelle mécanique, c’est une illusion et ce n’est certainement pas la solution.

Il faut plutôt utiliser l’énergie du cours d’eau, lui permettre de se dissiper dans les zones où il n’y a pas d’enjeu, plutôt que de vouloir la dompter : on n’y arrivera jamais.

Comment faire passer mille fois plus d’eau en curant le cours d’eau ? Il faudrait rayer de la carte le lit moyen de la Berre, les cultures et les habitations de Durban, Portel et Sigean en grande partie.

Berre P1040353 2Curer ne sert à rien. C’est aussi nuisible : nous avons mené des études sur le problématique du transport de solides, dans les secteurs de la Berre, l’Orbieu et la Haute vallée de l’Aude. Elles montrent que, de manière générale, depuis 50 à 100 ans la quasi-intégralité de nos cours d’eau s’incisent, se creusent. Le rabaissement moyen du lit est de 2,50 à 3 m pour l’Orbieu et pour l’Aude en haute vallée. C’est dû essentiellement à l’extraction de matériaux jusqu’au début des années 1990 (la loi sur l’Eau y a mis fin). Si l’on enlève une partie des matériaux déposés (galets et graviers), la vitesse du cours d’eau s’accélère et on a un phénomène d’incision jusqu’à la roche mère. Quand la rivière n’a plus de galets pour dépenser son énergie elle va attaquer sur les côtés.

La conséquence, c’est que l’énergie, renforcée par la pente, grignote les berges lorsque le cours d’eau est incisé. Les berges sont alors de plus en plus abruptes et la végétation a tendance à s’effondrer, formant des embâcles, ce qui aggrave les problèmes.

Chaque fois que l’on augmente la vitesse du cours d’eau, notamment par la construction de digues, on déstabilise son fonctionnement.

Curer ne permet donc pas de se protéger. On l’a fait il y a 30 ou 40 ans en exploitant les carrières : il n ‘y avait pas moins d’inondations.

Le curage peut aussi être nuisible pour l’eau potable lorsque les puits sont en bord de rivière : si on abaisse le niveau du cours d’eau, on rabaisse la nappe qui alimente le village ; c’est le cas à Durban qui puise son eau dans la Berre.

Il faut donc bien raisonner l’extraction, ne pas modifier le fonctionnement naturel du cours d’eau en créant des déséquilibres ; c’est pour ça qu’il y a des plans de gestion, débattus par les élus : on intervient où c’est utile. »

Et par rapport à la végétation, quelles sont les préconisations ?

J.C. : « Le constat, c’est que la meilleure protection, quantitative et qualitative, c’est le système racinaire, qui maintient la berge, avec des essences équilibrées (pas d’espèces invasives, pas trop de peupliers par rapport aux saules…). La main de l’homme à tendance à créer un déséquilibre.

L’illusion est que l’on se protège si l’on rase les arbres : la canne de Provence les remplace ; or, elle ne tient pas les berges et par contre elle donne de l’étanchéité aux embâcles.

Tronc taillé P1040428 2Les arbres freinent l’écoulement. Ils ont d’autres avantages : ils font de l’ombrage, qui abaisse la température de l’eau en été ; ils ont une action filtrante, auto-épuratrice (qui favorise la potabilité de l’eau).

Il faut trouver un équilibre : on enlève les arbres morts, les arbres penchés, ceux qui menacent de s’effondrer avec une partie de la berge. Sur les bancs de graviers où la végétation repousse, on dessouche les arbres les plus gros pour permettre à l’énergie de l’eau de reprendre les galets vers les endroits où il y a un déficit dû à l’incision. C’est ça le fonctionnement naturel du cours d’eau.

On dit que l’entretien n’est pas fait. Avant, il ne l’était pas, les propriétaires riverains ne le faisaient pas ; aujourd’hui, il est fait par le SMMAR, qui se substitue à eux. Des riverains, qui n’ont rien fait, voudraient aujourd’hui que ce soit fait, mais avec l’argent des autres. On n’empêche pas de faire, l’État empêche de faire n’importe quoi. »

Quelle action peut-on avoir par rapport aux zones habitées ou agricoles ?

« La meilleure façon de se protéger est de ne pas s’installer en zone inondable. Après 1999, toute la zone artisanale de Durban a été relocalisée hors d’eau, même si aujourd’hui des bâtiments sont à nouveau utilisés ; nous avons aussi proposé une relocalisation des maisons d’habitation inondées : deux ou trois propriétaires ont refusé, ils doivent accepter le risque.

A Sigean, la digue de l’Espinat permet de dévier les crues inférieures à un niveau de période de retour de 20 ans ; au-delà, l’eau passe et inonde des maisons de Sigean et la zone du Pavillon. Ces zones sont en danger, il faut anticiper le risque.

La seule façon de protéger totalement Sigean, ce serait de rehausser la digue de l’Espinat. Il faudrait en même temps prendre des mesures compensatoires du côté de Villefalse, avec une digue spécifique. Il a été impossible de trouver un accord.

La digue de l'Espinat en travaux. Les palplanches ont tenu le coup lors de la crue de novembre.

La digue de l’Espinat en travaux. Les palplanches ont tenu le coup lors de la crue de novembre.

Pour ce qui est de la Réserve Africaine, c’est un établissement classé agricole et non pas classé comme recevant du public. Il était donc impossible au SIAH de la Berre et du Rieu de porter un projet concernant un seul propriétaire et une seule habitation. Il n’aurait pas obtenu la déclaration d’intérêt général.

Le préfet a accordé récemment à la Réserve d’intervenir sur sa propre maîtrise d’ouvrage (sous réserve d’acceptation du projet par l’administration) : on revient au principe du Code de l’Environnement selon lequel le propriétaire doit se protéger.

Il faut aussi évoquer la proposition conjointe du SMMAR et de la Chambre d’agriculture, dans le cadre de leur partenariat : nous proposons aux viticulteurs qui le souhaitent de déplacer des vignes pour qu’elles ne soient plus en zone inondable ; certaines ont été replantées deux ou trois fois en dix ans, en partie avec de l’argent public ; il est de bon sens de replanter ailleurs. Nous déterminerons avec l’État les zones les plus fréquemment impactées, ouvertes à cette mesure (cela dans tout le département, mais il n’est pas question de racheter tout le cordon cultivé le long des rivières). Les anciennes vignes deviendront des espaces de liberté pour que les rivières dépensent leur énergie sans faire de dégâts. En parallèle, nous allons alimenter la réflexion pour équiper en irrigation des îlots structurés en zone non inondable.

Cette mesure sera volontaire. Si les viticulteurs ne jouent pas le jeu, ils ne pourront pas chercher un responsable lors de la prochaine crue. Un premier projet concernera l’Orbieu pour environ 60 ha, et la Berre pour environ 30 ha ; puis il y en aura certainement un pour l’Argent Double. »

Propos recueillis par Ph.C.

1) Avant cette crue de 1316, l’Aude avait deux bras : l’un au sud, qui traversait Narbonne vers les étangs (à peu près selon le tracé actuel du canal de la Robine) ; l’autre, au nord, par Moussan et Coursan jusqu’à l’étang de Vendres. La crue de 1316, en déposant des millions de mètres cubes de limon et de graviers, a comblé le bras sud, le fleuve adoptant définitivement un seul débouché, celui du nord. Voir à ce sujet une note de la DREAL.

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En 1999, 26 ponts avaient cédé ; depuis, aucun

La crue de 1999, en raison de la formation de nombreux embâcles, avait emporté 26 ponts en une nuit, dans tout le département. A chaque rupture de pont, des vagues importantes se créent et causent de graves dégâts en aval.

Depuis lors, au cours des inondations suivantes, aucun pont n’a cédé, ce qui est un des moyens d’évaluer l’action du SMMAR et des syndicats intercommunaux fédérés en son sein.

Par ailleurs, l’action du SMMAR et des syndicats a permis de restaurer 2 000 km de ripisylve, de construire quatre ouvrages de rétention, les digues de Cuxac-d’Aude, de réaménager des remblais, de relocaliser 30 habitations, d’élaborer 140 PPRI (Plans de prévention du risque inondation) et 210 PCS (Plans communaux de sauvegarde).

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Christian Gaillard (Durban) :

Des questions sur la gestion de l’argent public

Christian Gaillard pointe du doigt les aménagements réalisés à Durban et met en question la gestion de l'argent public.

Christian Gaillard pointe du doigt les aménagements réalisés à Durban et met en question la gestion de l’argent public.

Le maire actuel de Durban, élu en 2008, critique les travaux réalisés dans cette commune après 1999. Il pointe aussi ce qu’il estime être une mauvaise utilisation de l’argent public.

A Durban, après les inondations de 1999, explique le maire actuel, Christian Gaillard, divers travaux ont été entrepris par le SIAH de la Berre et du Rieu. L’enrochement de la rive gauche près de l’ancien camping n’avait pas bougé lors de la crue : il a été supprimé ; le lit de la rivière a été recalibré et canalisé avec la création d’un lit mineur, par apport de terre, et d’un lit majeur : les crues suivantes ont tout emporté ; au niveau de la passerelle en métal, une île a été aménagée en aire de pique-nique : elle a été emportée ; le stade a été reconstruit dans le lit de la Berre « alors qu’il y avait de la place pour le faire ailleurs » ; au niveau du camping, un pont submersible a été construit à la place du gué, avec des barrières pliables sous la force de l’eau : en 2005-2006, des embâcles se sont formés, les barrières n’ont pas plié et les maisons proches ont été inondées.

Christian Gaillard qualifie d’« apprentis sorciers » les auteurs de ces aménagements.

Il constate aussi qu’à chaque crue des graviers se déposent dans la traversée de Durban, rehaussant le lit de la Berre, notamment au niveau du pont en béton qui conduit au stade et, encore plus, au niveau du gué du camping ou encore sous le pont du Barrou. « On a mesuré jusqu’à 2,30 m d’épaisseur de gravier dans le lit de la Berre. » Et le réseau pluvial, qui se retrouve sous l’eau lors des crues, n’évacue plus.

Durban. La Berre au niveau du gué du camping (on aperçoit le gué, sous l'eau, au milieu en hauteur de la photo). Là, des graviers se sont accumulés.

Durban. La Berre au niveau du gué du camping (on aperçoit le gué, sous l’eau, au milieu en hauteur de la photo). Là, des graviers se sont accumulés.

Il note aussi que « en 1987, avec une crue de 5 m, il n’y avait pas eu de problème ; aujourd’hui, avec une crue de 1 m, nous sommes inondés. »

Le maire estime que « depuis des années, le SIAH laisse tout à l’abandon » et qu’il y a mise en danger de la population lors des crues. Et aussi des équipes de secours (« en novembre 2014, il n’y a pas eu de victime mais les pompiers ont dû prendre de gros risques pour sortir les occupants d’une voiture emportée par le flot »). Il a donc porté plainte, contre « x », en décembre dernier au Parquet du tribunal de Narbonne pour mise en danger d’autrui.

Christian Gaillard conteste aussi plus généralement les travaux du SIAH concernant le cours de la rivière : « Il y a des travaux énormes sur la ripisylve qui ne servent à rien. Le lit de la Berre n’est plus entretenu : entre Ripaud et Durban les arbres poussent au milieu ; il y a un ensablement gigantesque. Tenir compte des grenouilles d’accord, mais il faut d’abord s’occuper des humains. » Il ajoute : « Chaque rivière est un cas particulier ; il ne devrait pas y avoir les mêmes règles partout. »

Il note par contre « deux points positifs » : le PPRI (Plan de prévention du risque inondation), « même s’il a été annulé », interdisant de reconstruire dans le lit (« ce que la DDE avait laissé faire ») et les PCS (Plans communaux de sauvegarde), « qui permettent des actions pour mettre les gens en sécurité. »

Dans la traversée de Durban, le pont qui mène au stade.

Dans la traversée de Durban, le pont qui mène au stade.

C’est en 2008 que Christian Gaillard et son équipe ont été élus, battant Régis Barailla (PS, maire depuis 1971), après avoir contesté sa gestion notamment en ce qui concerne les inondations. « On me présente parfois à droite, je me sens à gauche de la gauche », dit Christian Gaillard : « Je ne suis pas encarté ; j’ai toujours été syndiqué ; j’ai des principes, comme le non-cumul des mandats et j’ai moi-même baissé les indemnités du maire. » Il dénonce « une certaine façon de gérer les affaires publiques » et, concernant les inondations, « des travaux irresponsables, avec des montants très élevés financés par l’argent public. En 1999, je n’étais pas élu, je n’ai pas pu constater le bien fondé du montant exorbitant des travaux. Aujourd’hui, je m’interroge : par exemple, en août 2014, le SIAH a réalisé des travaux à Villesèque en aval du Domaine de Bonnafous ; pour creuser un petit canal de 1 m de large sur 1,50 m de haut, cela a coûté 13 000 €. Ce montant pose question. » La crue de novembre a d’ailleurs détruit le résultat de ces travaux, note C. Gaillard.

Plus généralement, le maire de Durban dénonce le fonctionnement du SIAH de la Berre et du Rieu, où la minorité n’arrive pas à se faire entendre, selon lui (voir ci-après). Il estime qu’une commune comme Port-la-Nouvelle est sur-représentée, ce qui lui permet de « faire la pluie et le beau temps ». Christian Gaillard estime en effet que le maire de Port-la-Nouvelle, Henri Martin (UMP), soutient le président du SIAH, Jean-Claude Montlaur, maire d’Albas (PS). Christian Gaillard y voit un lien avec l’alliance entre Henri Martin et Jacques Bascou (PS) à la communauté d’agglomération du Grand Narbonne.

Ph.C.

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La représentativité dans les syndicats intercommunaux

Les maires de Sigean et Durban critiquent la façon dont sont prises les décisions au SIAH (Syndicat intercommunal d’aménagement hydraulique) de la Berre et du Rieu et estiment que le conseil syndical n’est pas réellement représentatif des communes les plus concernées.

Le nombre de représentants de chaque commune au conseil syndical est fonction, selon les statuts modifiés en 2005, de la contribution pondérée de la commune au financement du syndicat, elle même fixée en fonction de trois critères : la superficie, la population et le potentiel fiscal de la commune, chacun de ces critères pesant respectivement pour 15 %, 15 % et 70 %.

De ce fait, Port-la-Nouvelle a 4 délégués, Sigean 3 et chacune des autres communes 1.

La participation financière totale des communes au budget du SIAH en 2011 a été de 113 000 €.

« La représentativité », dit Jacques Chabaud, directeur du SMMAR, « est fonction de la participation financière des communes. C’est le principe de la solidarité ; c’est un choix politique du président Rainaud et du préfet. ».

Christian Gaillard, le maire de Durban, considère que les communes les plus touchées par les inondations (Durban, Villeneuve-des-Corbières, Saint-Jean-de-Barrou et Sigean) ne sont pas suffisamment représentées.

Le président du SIAH, Jean-Claude Montlaur, fait remarquer que « toutes les communes à risque, Durban, Cascastel, Sigean et Portel, sont représentées au bureau » (de même qu’Albas, Fontjoncouse, Port-la-Nouvelle et Roquefort). « S’ils (les opposants) veulent la majorité il faut qu’ils la prennent » (par le vote) : début janvier, Jean-Claude Montlaur a été réélu à la présidence par 13 voix contre 7 à l’adjoint au maire de Sigean, Didier Milhau.

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Jean-Claude Montlaur :

«Nous faisons ce que nous pouvons, consciencieusement, et nous sommes droits dans nos bottes»

Jean-Claude Montlaur : les critiques démontrent "une attitude politique, démagogique et non pas une approche pragmatique d'élus qui se concertent pour voir ce que l'on fait avec l'argent public."

Jean-Claude Montlaur : les critiques démontrent « une attitude politique, démagogique et non pas une approche pragmatique d’élus qui se concertent pour voir ce que l’on fait avec l’argent public. »

Recherchant le dialogue mais tout de même quelque peu énervé par les critiques qui lui sont faites, le président du SIAH (Syndicat intercommunal d’aménagement hydraulique) du Bassin de la Berre et du Rieu, Jean-Claude Montlaur, conseille aux élus qui sont en désaccord avec la majorité du syndicat de participer davantage à ses travaux :

« Dire on ne fait rien, y a qu’à… c’est facile ; ces gens devraient plutôt s’impliquer au syndicat, ils y ont leur place. Je n’ai jamais vu le maire de Durban, ni son adjoint, à une réunion ; ni le maire de Sigean. Autant venir dire les choses en face plutôt que de déléguer. ».

Il faut dire que le maire de Durban, estimant ne pas être entendu par le syndicat, a décidé en 2012 de ne plus y siéger. Le délégué de Durban au SIAH est un conseiller municipal. Sigean a trois délégués, dont le maire.

La chaise vide, «pas la meilleure façon de défendre les populations»

Jean-Claude Montlaur poursuit : « Serge Marty (1), adjoint au maire de Durban, parle de démocratie participative ; je ne connais, dans le système démocratique français, que la démocratie représentative : les personnes élues aux élections municipales représentent l’ensemble de la population de leur commune et sont censées défendre les intérêts de chacun. Pratiquer la politique de la chaise vide, en tant qu’élu, ce n’est pas la meilleure façon de défendre les électeurs et les populations à risque. Quand il y a des soucis, on vient sur le lieu de décision, on discute, on vote et on agit. »

Certes, sans être assuré d’obtenir gain de cause : la commune de Durban a demandé à ce que les berges de la Berre, dans la traversée du village, soient entièrement protégées par un enrochement. « Nous avons demandé aux experts des études de faisabilité », explique Jean-Claude Montlaur. « Il est apparu que le ratio coût-bénéfice était trop élevé, en tenant compte du fait qu’il n’y a pas, à Durban, de risque pour la population. Et les financeurs, UE, État, Région, Département, qui prennent en charge 80 % de nos investissements, se sont alignés sur la conclusion des experts. »

Panneau travaux P1040305 2Le président du SIAH explique la manière dont sont prises les décisions : « Comme dans tous les syndicats de bassin de l’Aude, les décisions sont prises à l’unanimité du conseil d’administration. D’abord, le technicien de rivière recense sur le terrain les points à améliorer, tout en tenant compte des directives européennes qui nous encadrent ; en fonction de l’argent que nous avons, nous travaillons en commission pour établir une programmation sur l’année ; elle doit être validée par une commission départementale où siègent le SMMAR, l’État, le Conseil général, tous les financeurs. »

En vertu de ce principe, le nettoyage de la rivière « est fait, tous les trois ans, de la source à l’embouchure, soit 40 km de ripisylve, ce qui fait 80 km aller-retour. Aujourd’hui, nous n’avons pas les moyens de passer tous les ans. Et puis, avant de crier haro sur le baudet, il ne faut pas oublier que la Berre est un fleuve non domanial, qu’il incombe donc aux propriétaires riverains, y compris les communes, de l’entretenir ; le syndicat se substitue à eux pour les opérations d’envergure mais la loi ne lui fait aucune obligation. »

Pour répondre au maire de Durban sur le coût, jugé excessif, des travaux du SIAH, Jean-Claude Montlaur précise : « Ce n’est pas moi qui établis le cahier des charges ; nous travaillons par appel d’offres et la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer) vise ces appels d’offre et vérifie la régularité de toutes les opérations. »

Durban, Sigean : réponses techniques

Quant aux éléments techniques concernant la commune de Durban (voir ci-dessus les critiques émises par Christian Gaillard), le président du SIAH déclare : « Que la présence de graviers ait une responsabilité dans les inondations il faut le démontrer. Toutes les études du SIAH ont conclu que ces affirmations n’étaient pas confirmées. Par ailleurs, la directive européenne interdit de toucher au lit des rivières sans autorisation de la police de l’eau (la DDTM). (…) A Durban, après l’inondation de 1999, Lionel Jospin est venu et a annoncé un guichet ouvert : des maisons ont été délocalisées, les deux qui ont refusé sont toujours inondées ; l’ancienne municipalité et la nouvelle auraient dû détruire les ateliers relais, qui sont toujours utilisés ; cette zone aurait dû être décaissée pour constituer une zone d’expansion des crues. »

Pour ce qui est du stade, « la municipalité de l’époque s’est battue pour qu’il reste là ; de ce fait, il sert de zone d’expansion des crues et les vestiaires ont été construits sur pilotis. »

Le pont submersible pour accéder au camping « a été demandé par la précédente municipalité. Les services de l’Équipement ont étudié un pont à barrières amovibles. A la crue suivante, celles-ci n’ont pas fonctionné et la municipalité a demandé que le pont soit démonté. Mais malgré le retour à un passage à gué, les maisons et les ateliers relais, qui auraient dû être délocalisés, ont été inondés en 2014. Ce n’est pas la faute au pont (supprimé), ni au mauvais entretien ; ce sont les rivières qui font les inondations, vu les masses d’eau qui arrivent il y aura toujours des inondations, quoi que l’on fasse. »

Jean-Claude Montlaur donne ensuite des précisions sur la digue de l’Espinat, à Sigean : « C’était un gruyère, elle menaçait de céder à la prochaine inondation, causant de gros dégâts. Avec l’État nous avons cherché des solutions. Les études ont envisagé toutes les possibilités, dont une rehausse, qui aurait noyé les environs de Villefalse et aval d’un mètre supplémentaire. Le rachat de propriétés impliqué par cette solution amenait le coût total du projet à 4 M€. Nous avons donc préféré une reconstruction à la même hauteur que précédemment, mais en plus solide, avec des palplanches au cœur de la digue, qui ont montré leur solidité lors de la crue de novembre (le projet choisi s’élève à 1,8 M€). Il y aura, comme avant, un déversement lors des grandes crues : c’est au maire de Sigean à gérer par des alertes et des évacuations. »

Ce dossier de l’Espinat illustre, dit le président du SIAH, le principe de solidarité auquel tient le syndicat : ces travaux incombaient à la commune de Sigean ; le SIAH a négocié avec le maire de l’époque, Roger Combes, une maîtrise d’ouvrage du SIAH, qui a permis d’apporter 80 % de subventions des financeurs publics ; Sigean a pris à sa charge 10 % et le SIAH 10 %. « Il y a dans le syndicat des communes très peu concernées par ces travaux, mais elles ont joué la solidarité. » D’autant que la part du SIAH, 180 000 €, pèsera sur son budget pour quelque temps.

Une attitude «politique et non pragmatique»

Jean-Claude Montlaur regrette l’attitude des gens qui critiquent le plus durement l’action du SIAH, qu’il estime « démagogique et politique » : « C’est un règlement de comptes avec Montlaur et avec le Parti Socialiste, sur le canton de Durban, qui tient de la persécution, plus qu’une approche pragmatique d’élus qui se concertent pour voir ce que l’on fait avec l’argent public. » Il pense aussi qu’une « masse d’intérêts particuliers n’a jamais fait l’intérêt général. »

« Nous jouons la solidarité », conclut-il. « Nous faisons ce que nous pouvons, nous sommes droits dans nos bottes : nous n’avons pas de leçon à recevoir, nous faisons le travail consciencieusement. »

Ph.C.

1) Serge Marty est aussi le vice-président de l’Association citoyenne des riverains de la Berre, du Rieu et affluents.

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Une vigne à Pech Maho, au lieu-dit "l'Arenal", le bien nommé.

Une vigne à Pech Maho, au lieu-dit « l’Arenal », le bien nommé.

A Pech Maho, un nouveau terroir s'est créé. Le vigneron s'en passerait certainement.

A Pech Maho, un nouveau terroir s’est créé. Le vigneron s’en passerait certainement.

Vigne végétalisée P1040390 2Si vous souhaitez donner votre avis sur un ou plusieurs points de ce dossier, vous pouvez laisser un commentaire (cliquer ci-dessous sur « poster un commentaire »).

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Mise à jour (24/09/2015) : un audit annoncé

Le préfet de l’Aude fait savoir que « suite aux nombreuses interrogations des collectivités et des riverains concernant l’entretien et la gestion de la Berre, il a obtenu de Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, la réalisation d’un audit par le Conseil général de l’Environnement et du Développement durable. » (L’Indépendant du 24/09/2015).

Un audit qui devrait être remis d’ici la fin de l’année.

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Mise à jour (16/04/2016) : l’audit est sorti

Les conclusions de l’audit viennent d’être rendues (L’Indépendant du 16/04/2016). Elles préconisent, entre autres, le possible déplacement de maisons de Durban et du camping Le Pavillon de Sigean, l’enlèvement de sédiments dans le lit de la Berre en certains points des communes de Portel et Villesèque et la relocalisation d’une partie de la Réserve Africaine de Sigean sur des terrains non inondables qu’elle détient dans son prolongement, sur la commune de Peyriac-de-Mer.

L’audit est consultable sur le site du Conseil général de l’environnement et du développement durable ou directement ici en PDF : Rapport CGEDD 1

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