« Pas sans nous » : faire de ce slogan une réalité

La mise en place des conseils (ou forums) citoyens laisse les habitants des quartiers sur leur faim de démocratie. Comment faire de la démocratie participative une réalité ? Comment arriver à ce que les préoccupations des citoyens soient entendues ? Une réunion de bilan avait lieu le 30 janvier à Narbonne.

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Mise en application il y a moins d’un an, la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine (loi du 21 février 2014) a prévu de renforcer la démocratie participative dans les quartiers « politique de la ville » (autrefois « quartiers prioritaires »). Cela en instituant des « conseils citoyens », censés permettre aux habitants de participer à la « co-construction » des contrats de ville, contrats qui engagent les communes, les communautés de communes et l’État autour d’un certain nombre d’actions en faveur de ces quartiers. Ces actions et les financements qui vont avec sont organisés en quatre axes : emploi et développement économique ; cadre de vie et renouvellement urbain ; cohésion sociale ; valeurs républicaines et citoyenneté.

La loi prévoit que des conseils citoyens soient constitués, avec des habitants des quartiers concernés (désignés par tirage au sort), des associations et des « acteurs » locaux (entreprises, professions médicales et para-médicales, etc.). Ces conseils ont un pouvoir consultatif.

A Narbonne comme ailleurs la mise en place des conseils citoyens a montré de la part des institutions (Municipalité, Agglomération, État) une volonté d’appliquer la loi a minima. Il s’agissait avant tout de remplir les procédures préalables à la mise en place du contrat de ville, plus que de permettre à la démocratie participative de prendre son essor.

Première anicroche, l’appropriation par la ville de l’appellation « conseils citoyens » pour rebaptiser ses comités de quartier (ceux-ci sont une émanation de la municipalité, sans aucun rapport avec la loi politique de la ville), ce qui a obligé à dénommer les conseils politique de la ville « forums citoyens ». Un élément de confusion qui ne simplifie rien.

Par ailleurs, les services de l’agglo du Grand Narbonne, qui avaient entamé une concertation avec les associations de quartier pour organiser la mise en place des conseils (ici forums) citoyens politique de la ville, ont mis fin à ce travail en commun, sans explications.

Pour la constitution des conseils-forums, la loi dit que les représentants des habitants doivent être désignés par tirage au sort. Les autorités ont choisi d’effectuer un tirage au sort sur listes électorales. Les associations de quartier regrettent ce choix, qui exclut, disent-elles, de nombreux habitants des quartiers non inscrits sur les listes électorales. Ces associations avaient pourtant proposé leur aide et leur connaissance du quartier pour aller à la rencontre des habitants et les inciter à se porter volontaires.

On a vu le résultat du tirage au sort sur listes électorales : les personnes désignées ne viennent pas aux réunions et les rares qui viennent, par sens du devoir peut-être, ne sont pas particulièrement motivées. De fait, à Narbonne, l’un des trois forums-conseils citoyens, celui du quartier Est, ne fonctionne pas par manque de combattants (1) ; les deux autres (Centre et Ouest) ont du mal à fonctionner pour la même raison.

Aujourd’hui, un certain nombre de membres des forums seraient favorables à une ouverture à tous les citoyens intéressés, sur le principe du volontariat. La loi prévoit un tirage au sort mais permet que les listes servant au tirage au sort comprennent une part de candidats volontaires.

Les membres des forums-conseils soulignent un aspect de la loi : les institutions doivent accompagner les habitants dans la mise en place des conseils citoyens, mais pas se substituer à eux. Dans les faits, on a du mal de passer de l’habitude de décider en haut à des pratiques plus participatives.

Nicolas Sainte-Cluque (PS), conseiller élu au Grand Narbonne, présent au débat, estime que « les Forums citoyens ont été mis en place trop rapidement, beaucoup de gens ont démissionné ; le Grand Narbonne (pas le préfet) va reprendre en main et faire en sorte que ça fonctionne mieux. » Affaire à suivre…

La prise en main de leurs problèmes par les citoyens

Déçus par le processus des forums citoyens, des habitants et les associations de quartier ont décidé de mettre en place, en parallèle, des « Tables de quartier ». Il s’agit de se réunir, en dehors de toute structure officielle, pour exprimer ce que l’on a à dire, voir les problèmes qui se posent au quotidien, et envisager ensemble des solutions. Deux Tables de quartier ont eu lieu le 20 janvier 2016 dans le quartier Saint-Jean/Saint-Pierre et le 21 janvier dans le quartier Centre (avec l’ABP et la Maison des Potes).

A Saint-Jean/Saint-Pierre, une soixantaine de personnes étaient présentes. Ce succès montre que le travail réalisé depuis des années par des associations comme L’Arche, le Centre social de la Maison des Potes et par le collectif Cellule de Veille Citoyenne est reconnu par les habitants et que ceux-ci ont l’habitude de se mobiliser et de se prendre en mains.

Les préoccupations qui se sont exprimées à cette Table de quartier concernent avant tout le logement et le cadre de vie. Les habitants ont du mal à faire prendre en compte par les bailleurs sociaux leurs problèmes (personnes handicapées sans logement adapté, prix exorbitants du chauffage ou de l’eau chaude, mauvais état des bâtiments, etc.). Ils étudient donc la façon de se mobiliser sur ces questions afin d’être entendus.

Les autres préoccupations concernent en particulier l’emploi et les discriminations.

Pas de démocratie sans contre-pouvoirs

Le 30 janvier, la réunion publique tenue à la Médiathèque de Narbonne en présence des représentants de la Coordination nationale « PAS SANS NOUS » a montré la similitude entre la situation narbonnaise et ce qui se passe un peu partout ailleurs.

Cette journée avait été organisée autour de la parole aux habitants (voir plus loin le travail de l’association Ecolocal autour du projet « Futur Narbona »). Concernant la politique de la ville, il s’agissait de faire le point sur l’application de la loi, un an après la venue à Narbonne de Mohamed Mechmache, président fondateur de « PAS SANS NOUS », et de Nicky Tremblay, coprésidente, qui étaient donc à nouveau là le 30, avec aussi Fatima Moustefaoui, également coprésidente.

Nicky Tremblay (à g.), Mohamed Mechmache et Fatima Moustefaoui, de la Coordination nationale "PAS SANS NOUS".

Nicky Tremblay (à g.), Mohamed Mechmache et Fatima Moustefaoui, de la Coordination nationale « PAS SANS NOUS ».

La coordination nationale « PAS SANS NOUS » est issue d’ACLEFEU, mouvement lié à la révolte des banlieues en 2005. Mohamed Mechmache et Marie-Hélène Bacqué ont été les auteurs d’un rapport sur la politique de la ville (30/06/2013) remis au ministre chargé de la ville ; il est en grande partie à l’origine de la prise en compte, dans la politique de la ville, de l’expression des habitants à travers la mise en place des conseils citoyens (loi du 21/02/2014).

« Aujourd’hui« , dit Nicky Tremblay, « partout où les conseils citoyens sont mis en place, il y a une sorte de hold-up. Les conseils ressemblent fortement aux anciennes commissions de quartier (chapeautées par les municipalités) ; c’est un détournement de la loi. A PAS SANS NOUS, nous nous sommes beaucoup investis, partout, pour essayer d’infléchir cette tendance de l’intérieur ; nous nous rendons compte qu’il y a un rouleau compresseur, que nous ne sommes pas écoutés ; les conseils citoyens ont peu de moyens. En réaction, de plus en plus de Tables de quartier sont créées par les habitants ; nous misons sur le fait que les citoyens s’approprient l’esprit de la loi.« 

« Si on crée encore de faux espoirs en laissant croire aux gens qu’ils sont acteurs de leur vie mais sans tenir compte d’eux, on crée le désespoir et la démocratie est en danger« , ajoute Mohamed Mechmache.

Il poursuit : « PAS SANS NOUS rencontre régulièrement le ministre pour faire le point ; là où ça fonctionne, c’est parce que les élus ont compris les enjeux de ce que la démocratie peut apporter, cela peut être gagnant-gagnant ; ailleurs, les élus ont peur d’un contre-pouvoir ; les municipalités peuvent accompagner les conseils citoyens mais ce n’est pas à elles de les porter..« 

Il prend l’exemple du quartier des Izards, à Toulouse, un quartier « livré à lui-même et où la drogue et le radicalisme se développent. Quand les gens ont vu les dommages que ça produit ils ont décidé d’agir, de réinvestir le terrain, ils ont créé des animations pour que les gamins utilisent les espaces. L’État se permet de regarder ces initiatives d’un œil malveillant et d’envoyer des audits pour savoir ce qu’on fait de l’argent : pour contrôler l’utilisation d’une subvention de 3 000 € on organise un audit qui coûte plus cher ; les jeunes ne comprennent pas, ils jouent le jeu et on les décourage par le côté institutionnel, par la suspicion. Nous alertons les pouvoirs publics : il faut que cela cesse, si on continue comme ça, encore des gens vont s’exclure.« 

Madani Marzuk (Coordination nationale Pas Sans Nous, Nîmes) fait le parallèle avec le situation à Narbonne : « L’association L’Arche est un exemple de la participation de tous les habitants, toutes générations confondues, ils font un travail de malades. On va vouloir nous diviser ; il faut tenir. La région est sinistrée par le départ des gamins en Syrie parce qu’il n’y a pas d’espoir dans les quartiers ; nous on se bat pour éviter ça et on nous envoie un audit. » Audit qui d’ailleurs s’est déroulé avec succès et a confirmé le sérieux du travail de L’Arche.

A quand l’état d’urgence pour l’emploi, le logement, la santé… ?

Pour un intervenant dans le public, « le fait que les conseils citoyens n’existent que dans les quartiers prioritaires, c’est une exclusion. Il faudrait que tous les quartiers soient concernés.« 

Mohamed Mechmache fait le lien : « L’État d’urgence, il y est depuis 30 ans dans les quartiers ; maintenant tout le monde voit ce que c’est, que les libertés sont arrêtées. Il y a 10-15 ans que nous signalons des situations d’urgence dans les quartiers. A quand l’état d’urgence pour l’emploi, la formation, la culture, le cadre de vie, le logement, la santé ? Dans le rapport, nous demandions que la politique de la ville n’existe plus, que nous ne soyons plus une exception.« 

N. Tremblay annonce : « Au premier semestre 2016 nous allons faire un bilan public des conseils citoyens. Quand ça ne marche pas, il faut interpeller le préfet par écrit, pour avoir des traces. Si le détournement de cette loi se confirme nous irons en justice.« 

« Il y a une expérimentation, reconnue par le ministère, dans douze Tables de quartier« , note Mohamed Mechmache. « A Angers, où les conseils citoyens sont galvaudés, comme ici, des Tables de quartier ont été créées et elles se sont fédérées à l’échelle de toute la ville : il y a des réunions avec l’ensemble des Tables de quartier, plus de 250 personnes parlent ensemble de politique au sens noble. Il ne dépend que de nous que ça change. Prenons l’exemple d’Angers. Nous avons le rapport de forces, si les élus ne font pas ce qu’on leur demande, il faut se mobiliser et quand ça ne marche pas il ne faut pas baisser les bras.« 

La démocratie participative n’est pas une affaire simple et on ne pouvait pas s’attendre à ce qu’elle soit un grand succès du jour au lendemain. Mais si les politiques veulent qu’elle soit autre chose que du discours, ils doivent jouer le jeu.

De cette façon ou d’une autre, il est urgent que les habitants des quartiers en difficulté soient entendus, respectés et impliqués dans les solutions à leurs difficultés.

Ph.C.

  1. La Maison de Quartier Ernest Ferroul (MQEF, Razimbaud) réagit ainsi : « Le Forum Narbonne Est n’a pas été mis en place non pas par manque de combattants mais parce que la MQEF (ex-AJ’R) n’a pas souhaité s’investir plus que ça après concertation avec les habitants et les jeunes du quartier Razimbaud« .

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Lire aussi :

. Quartiers « prioritaires », après « Charlie », allons-nous enfin « vivre ensemble » ? (février 2015)

. Conseils citoyens : mise en place laborieuse. (avril 2015)

. Saint-Jean/Saint-Pierre : Quel avenir pour le café associatif ? (mai 2015)

. Conseils citoyens politique de la ville : nouveau départ ? (octobre 2016).

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« Futur Narbona », repenser une ville et son territoire

La première partie de cette journée du 30 janvier a permis de prendre connaissance de l’avancement du projet « Futur Narbona« .

Comme l’a expliqué Joël Aubé, de l’association Ecolocal, ce projet implique les étudiants de l’Université Lumière Lyon 2 (Institut d’Urbanisme, UFR Temps et Territoires) et de l’Université Paul Valéry de Montpellier site de Béziers (Master Tourisme et Développement Durable des Territoires). Leurs principaux professeurs sont Guillaume Faburel (Lyon) et Dominique Crozat (Béziers).

Joël Aubé, de l'association Ecolocal.

Joël Aubé, de l’association Ecolocal.

Le thème du projet : compte tenu du changement climatique, comment repenser Narbonne et le Grand Narbonne, la façon dont nous vivons, le système de développement, en impliquant les acteurs du territoire à commencer par les habitants.

Des solutions qui doivent venir en particulier des citoyens

Une approche particulièrement intéressante dans la mesure où elle se situe dans un esprit pluridisciplinaire qui touche à la fois à l’urbanisme, au développement durable et à la participation citoyenne. Elle rejoint les préoccupations des habitants des quartiers qui, dans les « conseils citoyens » ou en dehors, expriment leurs préoccupations et demandent un dialogue avec les institutions pour participer à la résolution des problèmes.

Le résultat d'une nouvelle rencontre entre les étudiants et les habitants.

Le résultat d’une nouvelle rencontre entre les étudiants et les habitants.

Les promoteurs d’Ecolocal, pour leur part, sont convaincus que les problèmes liés à l’environnement doivent trouver des solutions adaptées aux contraintes locales, en concertation avec les citoyens. Ils proposent d’apprendre « à décloisonner non seulement les disciplines, mais aussi les secteurs de la société, étudiants, professionnels, élus et citoyens, découvrir ensemble les chemins qui font progresser. »

Dans le cadre de ce projet, les étudiants ont enquêté d’octobre 2015 à janvier 2016, avec de nombreux entretiens de terrain auprès des habitants. La présentation de ce samedi était un point d’étape ; les travaux définitifs seront rendus en juin et présentés à Narbonne fin juin-début juillet.

Les étudiants de Lyon ont mis en évidence, notamment, la méfiance des citoyens vis-à-vis du politique et de la démocratie représentative. Certains citoyens s’engagent, peut-être plus facilement dans la vie associative qu’en politique. Des témoignages mettent en avant la contrainte du mode de vie qui, avec le travail, limite le temps disponible.

Réchauffement climatique : tous concernés ?

Concernant le changement climatique, une partie importante des personnes interrogées se sent peu concernée, estimant que le changement climatique n’est pas avéré ou qu’il est loin d’elles, géographiquement et/ou dans le temps ; d’autres sont plus sensibilisés à cette problématique. Les solutions évoquées sont à la fois collectives et individuelles.

L’injustice sociale semble une réalité assez reconnue.

Les étudiants de Béziers, pour leur part, ont souligné les caractéristiques du tourisme dans notre région : un tourisme de masse, essentiellement estival, basé sur l’attrait de la mer, du soleil et de la plage. Information importante, 72 % des vacanciers n’ont réalisé aucune visite ; ces vacanciers proviennent dans leur grande majorité de l’hexagone.

Une réalité qu’il faut prendre en compte : ce tourisme populaire a des motivations qui sont les siennes et qu’il faut respecter. Ce qui n’empêche pas en même temps de proposer une offre accrue de centres d’intérêt historique, culturel, de loisirs et, plus largement, de rencontre.

Concernant le réchauffement climatique, les étudiants soulignent les risques de submersion du littoral mais aussi le risque de pénurie d’eau pour les divers usages, urbain, touristique et agricole. Ils préconisent notamment de développer des déplacements plus collectifs pour réduire la production de gaz à effet de serre ; ils conseillent de rééquilibrer le territoire en prenant en compte l’agriculture de l’arrière-pays, par exemple en encourageant la valorisation des produits (vente directe, agritourisme).

Le débat a permis notamment de recadrer le tourisme dans la société. D’une part sur le plan social : Albert Cormary note que le tourisme régional représente 15 % du PIB mais 7 % de l’emploi. En d’autres termes, un meilleur partage des retombées de l’économie touristique entre revenu des entreprises, commerciales ou autres, et revenu salarial serait le bienvenu.

Michel Curade, d’autre part, souligne les limites du tourisme comme facteur de développement, par sa faible part dans l’économie régionale mais aussi par sa fragilité face aux événements politiques (cf. attentats en Tunisie, Égypte…). Il propose de revenir aux fondamentaux de l’économie en développant le secteur primaire qui, chez nous, est avant tout l’agriculture : or, 70 000 emplois agricoles ont disparu en Languedoc-Roussillon depuis 15 ans sous les effets de la politique agricole libérale de la France dans l’Union européenne.

Les étudiants de Lyon et de Béziers ont présenté l'état de leurs travaux à ce stade.

Les étudiants de Lyon et de Béziers ont présenté l’état de leurs travaux à ce stade.

Les travaux des étudiants ne sont pas terminés. Mettront-ils en évidence la nécessité de changer de mode de vie pour agir réellement sur le réchauffement climatique ? On sait que la forte consommation d’énergies fossiles en est la cause principale, ce qui implique de réduire drastiquement la consommation d’énergie liée au chauffage, à l’agriculture, à l’industrie, au transport. A l’échelle locale, cela pourrait se traduire par une autre politique de l’habitat, l’incitation accrue à une véritable agro-écologie, le développement des transports en commun. On sait aussi que des politiques préventives sont nécessaires pour éviter les dégâts liés aux submersions marines (cesser de construire en bord de mer) et aux inondations fluviales (cesser de construire dans le lit des rivières).

Tout cela ne peut aboutir que si les élus et les habitants étudient la question, s’y sensibilisent et dessinent ensemble des solutions comprises et admises par le plus grand nombre. C’est, semble-t-il, l’esprit d’Ecolocal.

Ph.C.

 

 

 

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Saint-Jean-/Saint-Pierre : quel avenir pour le café associatif ?

Créé en juillet 2012, le « café associatif » de Saint-Jean/Saint-Pierre (Narbonne) avait été incendié en mars. L’enlèvement du préfabriqué, à l’initiative de la ville, a surpris et pose la question de l’avenir de ce lieu de rencontre.

P1040688 2Géré par l’association L’Arche, le café associatif du quartier Saint-Jean/Saint-Pierre n’existe plus, jusqu’à nouvel ordre ? Après l’incendie criminel (selon l’enquête de police) du mois de mars, il était fermé : le bâtiment préfabriqué n’avait pas été détruit mais il avait subi les conséquences d’une forte fumée. Les expertises d’assurance étaient en cours et l’assureur de L’Arche attendait le feu vert de la mairie pour envoyer une entreprise de dépollution concernant son matériel (la dépollution des murs relevant de l’assurance de la mairie).

Mardi 5 mai, les responsables de L’Arche ont été alertés par des habitants que le préfabriqué venait d’être emmené par un camion grue. Sans consultation ni même information préalable.

La municipalité est propriétaire du bâtiment, qui avait été mis à disposition de L’Arche en 2012 (par la municipalité de Jacques Bascou), dans le cadre du contrat urbain de cohésion sociale.

« J’ai téléphoné à la mairie », dit Samir Boumediene, le directeur de L’Arche. « Je ne suis pas parvenu à avoir une réponse ». Seule réponse, par presse interposée (cf. L’Indépendant du 07/05/2015), de Yamina Abed, adjointe au maire déléguée à la politique urbaine de proximité et à la vie des quartiers : « Ce local a été enlevé par souci de sécurité (…). Suite à différents problèmes rencontrés sur place, nous souhaitons engager une réflexion globale autour de ce lieu afin d’évaluer la pertinence de son repositionnement. »

Le maire, Didier Mouly, avec lequel nous avons pu avoir une conversation téléphonique, confirme : « L’enquête de police étant terminée, il était nécessaire d’enlever ce bâtiment, ce qui a été fait proprement, par une entreprise spécialisée, et d’envisager sa réparation, en fonction du coût et des indemnités d’assurance. » Selon lui, « il n’était pas nécessaire » d’informer l’association avant l’enlèvement, la mairie étant propriétaire.

A gauche, l'emplacement du bâtiment préfabriqué qui abritait le café associatif.

A gauche, l’emplacement du bâtiment préfabriqué qui abritait le café associatif.

Quid de l’avenir du local ? L’installation du café associatif il y a près de trois ans, rappelle Samir Boumediene, avait fait suite à une démarche à l’initiative du CJ11 (Collectif des Jeunes 11) puis à une concertation entre les associations (CJ11, L’Arche, ABP21, Maison des Potes, CIDFF), les institutions et les habitants. Depuis les années 70, le besoin a été exprimé, dans le quartier d’un lieu où se retrouver : « il n’y avait aucun lieu de rencontre… à part le supermarché Leclerc » où les habitants du quartier se croisent de fait. Le site choisi, rue Émile Eudes, était envisagé comme provisoire, avec un bâtiment préfabriqué, et une installation en dur avait été évoquée, éventuellement dans les anciens locaux de France Telecom (aujourd’hui In’ess).

Le café associatif semble apprécié des habitants du quartier. L’un des objectifs était de « lutter contre l’errance au bas des immeubles » ; plus largement, il s’agissait de répondre à la fois aux besoins des jeunes, à ceux des adultes et à ceux des personnes âgées. Le café a jusqu’à présent connu une bonne fréquentation, avec notamment des soirées après les matches de Coupe du Monde, des repas partagés, une fête des voisins…

Alors quel avenir pour le café associatif ? « Une réflexion est en cours », dit le maire de Narbonne. « L’Arche a ses locaux, où elle peut mener ses activités associatives. Concernant le café, nous devons réfléchir à sa nécessité, dans ce bâtiment, sur le terrain qui appartient à Domitia Habitat, et par rapport à la gestion de L’Arche. »

Didier Mouly précise sa pensée : « Un groupe avait un peu détourné l’objet initial de ce lieu. Certains riverains se sont plaints de nuisances sonores. »

Des observations qui étonnent Samir Boumediene. L’Arche, dit-il, avait consulté les voisins concernant le risque de bruit et il n’est pas au courant de plainte(s) ; les relations sont par exemple très bonnes avec les voisins les plus proches, les premiers concernés. Pour ce qui est de la fréquentation, le public du café était certes surtout jeune et masculin, dit-il. Ce qui montre que les jeunes du quartier se sont bien approprié ce lieu ; faut-il le regretter ? A côté de cela, un effort avait été fait pour susciter un projet spécifiquement féminin, avec succès. D’ailleurs, dit Samir Boumediene, ce sont actuellement surtout des femmes qui sont volontaires pour gérer le café.

De manière plus générale, dit le maire, « il faudrait que les relations soient moins agressives. » Il évoque une agression verbale, qui aurait été réalisée à l’encontre de Lucie Fadda, directrice du pôle Citoyenneté de la ville, par « des personnes non représentatives de L’Arche ». Plainte a été déposée contre cette ou ces personnes. Les faits semblent consécutifs à l’enlèvement du préfabriqué ; ils datent du 13 mai. « Il faut voir ce qui s’est passé en réalité », dit Samir Boumediene.

On constate, c’est vrai, une certaine tension suite à la disparition du café associatif.

L’Arche, pour sa part, a écrit (le 6 mai) au maire pour demander à le rencontrer et à pouvoir échanger sur l’avenir de ce lieu.

Au-delà des préjugés et de la méfiance réciproque, la détente et le dialogue pourront-ils prendre le relais ? L’enjeu en vaut la peine : il y va de l’animation du quartier dans la sérénité et de la place des jeunes dans le quartier et dans la ville.

Ph.C.

Areva Malvési (Narbonne) : que se passe-t-il à l’amont de la filière nucléaire ?

Pendant longtemps peu connue, l’usine Areva (ex-Comurhex) de Malvési, à Narbonne, n’est pas une usine ordinaire. Le réseau Sortir du Nucléaire se bat depuis quelques années pour obtenir plus de transparence à son sujet. Une journée d’information et de débat, le 21 février, a posé la question : « L’usine Areva de Malvési/Narbonne, quel impact radiologique ? »

Saint-Just vertical P1040593 2Depuis deux ans le réseau Sortir du Nucléaire fait monter la pression autour de l’usine d’Areva Malvési, près de Narbonne, avec un but précis : faire parler de ce site, porter un éclairage sur la chaîne de l’uranium, sensibiliser l’opinion et obtenir davantage de transparence d’Areva et des pouvoirs publics. Après plusieurs actions, notamment ces derniers mois (manifestations devant l’usine, sur la rocade ou à la gare, blocage d’un camion transportant de l’UF4, réunion publique), la grande journée du 21 février a réuni plus de 200 participants au Palais du Travail de Narbonne.

Une journée qui a permis, avec l’intervention de Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), de mieux connaître l’activité de Malvési, les risques qu’elle comporte, mais aussi les risques liés au transport de matières nucléaires. Des ateliers ont porté sur d’autres aspects, comme les conditions de travail des salariés permanents et de ceux des entreprises sous-traitantes.

Une grande partie de l’uranium pour les centrales françaises passe par Narbonne

Créée en 1958 aux portes de Narbonne, l’usine de Malvési a fait partie de la société Comurhex (filiale d’Areva) jusqu’en 2014, et elle est aujourd’hui intégrée au sein d’Areva NC (comme « nuclear cycle »), également filiale d’Areva.

Elle emploie environ 280 salariés permanents auxquels il faut ajouter autour de 300 travailleurs des entreprises sous-traitantes.

L’activité principale de cette usine est le traitement du minerai d’uranium à son arrivée en France : cet uranium approvisionne ensuite les centrales nucléaires françaises (100 % de l’uranium converti en France passe par Malvési), mais aussi l’exportation (qui représente environ 40 % du volume traité à Malvési). Au total, Malvési traite environ le quart de l’uranium mondial et c’est donc l’une des usines les plus importantes de cette activité.

A Malvési, l’uranium arrive (par le train) sous forme de concentré d’uranium (le yellow cake). Il est raffiné et transformé en UF4 (tétrafluorure d’uranium). Il part ensuite (jusqu’à présent surtout par camions, désormais surtout par le train) vers Pierrelatte, pour être transformé en UF6 (hexafluorure d’uranium). De là, il continue vers le site du Tricastin, où il est enrichi, avant d’être transformé en combustible pour les centrales à Romans-sur-Isère.

A Narbonne (Malvési), environ 14 000 tonnes d’uranium sont traitées chaque année. Le projet d’extension Comurhex II, validé en 2012 et en cours de réalisation, entend porter ce tonnage à 21 000 t. (1)

Comurhex II, le projet de modernisation, en cours d'achèvement.

Comurhex II, le projet de modernisation, en cours d’achèvement.

Les risques : radioactivité et fuites dans l’environnement

Comme le réseau Sortir du Nucléaire, la Criirad, a expliqué Bruno Chareyron, travaille à la connaissance du risque engendré par la filière nucléaire. La Criirad, rappelle-t-il, a été créée en 1986, au lendemain de Tchernobyl : le « mensonge d’État » (selon lequel il n’y avait pas eu de retombées de l’explosion de Tchernobyl sur le territoire français) avait fait ressentir le besoin de créer un organisme d’enquête indépendant.

Quel est le risque autour de Malvési ? Très insignifiant si l’on en croit Areva… Bruno Chareyron, au vu des observations de la Criirad, est bien plus circonspect :

Le stockage des fûts de déchets. La Criirad a mesuré, à proximité, des taux de radioactivité supérieures à la normale.

Le stockage des fûts d’uranium. La Criirad a mesuré, à proximité, des taux de radioactivité supérieures à la normale.

Le risque est d’une part, même si la communication autour de l’usine a tendance à le faire oublier, radioactif : le concentré d’uranium, qui contient 70 à 75 % d’uranium, et dont 20 000 t sont entreposées dans des fûts, en extérieur, sur le site de Malvési, est très radioactif. Il émet des radiations dont les plus puissantes sont les rayons gamma (qui traversent la paroi des fûts jusqu’à quelques centaines de mètres) et les rayons alpha (dangereux par inhalation).

Les mesures de la Criirad effectuées en 2006 et 2014 notamment ont relevé des taux de radiations supérieurs à la normale jusqu’à 280 mètres de la clôture qui longe le dépôt de fûts. Plus près, contre la clôture, selon les relevés de la Criirad, les radiations sont jusqu’à 20 fois supérieures au niveau naturel.

Le Rapport environnemental 2013 d’Areva parle d’une exposition de 0,72 mSv/an (2) en limite de site, pas très éloignée de la dose maximale admissible (1 mSv/an pour l’exposition cumulée de toutes les sources de radioactivité).

Si les promeneurs sont certainement rares autour de la clôture de Malvési, une famille vivait à proximité, en 2006. Depuis, elle a été relogée. Et puis il y a les travailleurs de Malvési : quel est le risque pour eux ?

Michel Leclerc, travailleur du nucléaire, a témoigné, lors de cette journée, dans un atelier (voir plus loin).

Autre risque, le rejet dans l’atmosphère, par la cheminée de l’usine, de poussières radioactives.

Il y a aussi les poussières consécutives à la rupture des bassins B1 et B2 en 2004, qui a laissé des boues s’épandre alentour (voir plus loin). La Criirad a estimé qu’avec ces poussières, les riverains pourraient être exposés à deux fois la dose maximale annuelle admissible.

Une étude de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) de 2008 sur la végétation autour de l’usine a relevé la présence de plutonium sur des cyprès jusqu’à 2 km dans le vent du site.

Le risque, autour de Malvési, est aussi chimique : le traitement de l’uranium met en œuvre divers produits dont l’ammoniac et le très dangereux acide fluorhydrique.

Les incidents et accidents autour de Malvési ne sont pas négligeables, tels que des rejets liquides dans le canal du Tauran (qui aboutit dans le ruisseau de la Mayral, lequel débouche dans le canal de la Robine et celui-ci dans l’étang de Bages).

En 2006, de fortes pluies ont fait déborder les bassins de boues.

« Sans vouloir créer une psychose », dit Bruno Chareyron, « nous sommes exigeants pour obtenir un niveau de qualité du site le meilleur possible. »

Saint-Just P1040587 2Transport : des normes très laxistes

La Criirad s’est par ailleurs intéressée au transport d’UF4 par camion entre Malvési et Pierrelatte. Une mesure réalisée près d’un camion sur une aire d’autoroute a montré qu’une personne qui passerait la nuit dans sa voiture, garée près du camion, atteindrait en une nuit le tiers de la dose annuelle maximale admissible. Un taux qui, toutefois, rentre dans les doses autorisées par la réglementation internationale. « La réglementation », dit Bruno Chareyron, « a été faite pour que le nucléaire soit possible, pas pour protéger les gens. »

L’objectif de la Criirad est au contraire de « mieux informer pour éviter une exposition inutile. »

On peut aussi se demander à quelle dose sont soumis les chauffeurs des camions.

Le transport ferroviaire, qui semble prendre le pas sur le transport par route, est-il plus sûr ? En 2001, deux wagons contenant 100 tonnes d’acide fluorhydrique se sont couchés en gare de Narbonne.

Et là encore, quel risque pour les travailleurs, en l’occurrence les conducteurs de train ?

Le Classement Seveso n’est pas suffisant

L’une des installations importantes de Malvési est la série de bassins, 10 au total en activité, où sont mis en décantation des boues et des liquides issus du traitement de l’uranium, afin d’obtenir l’évaporation des liquides au soleil et au vent. Les conditions climatiques de Narbonne seraient une raison du choix de ce site pour l’usine… à moins que le poids du député SFIO de l’Aude Georges Guille (membre du gouvernement) à l’époque n’ait été prépondérant.

Les bassins. Au centre (derrière le véhicule), les ex-bassins B1 et B2. Derrière, un bassin en activité, en surplomb par rapport à la plaine.

Les bassins. Au centre (derrière le véhicule et sur sa droite), les ex-bassins B1 et B2 (boues sèches). Au premier plan et en arrière-plan, les bassins d’évaporation en activité, en surplomb par rapport à la plaine. On ne voit pas les bassins de décantation en activité, plus à droite.

La rupture, en 2004, d’une digue des bassins B1-B2 a provoqué le déversement, dans la plaine voisine, de 30 000 m³ de boues et liquides, officiellement des « boues nitratées ». Les analyses de la Criirad, en 2006, ont révélé qu’en réalité ces boues contenaient du plutonium et autres descendants de l’uranium : thorium 230, radium 226, plomb 210, américium 241, cela à des doses très concentrées. Ce qui signifie que Malvési a traité des déchets de combustibles usés, issus du cœur de réacteurs nucléaires. Il s’est avéré que cette activité a eu lieu de 1960 à 1984.

Le problème c’est que, pour traiter ces déchets, Malvési aurait dû être classée INB (Installation nucléaire de base) alors qu’elle est classée seulement Seveso « seuil haut » (risque chimique).

La Criirad, Sortir du Nucléaire et Eccla (3), qui siègent au CLIC (Comité local d’information et de concertation), demandent le classement en INB du site Areva de Malvési dans son intégralité. Cela permettrait, dit Maryse Arditi (présidente d’Eccla) dans la revue Nexus (n°97, mars-avril 2015), l’application des normes réglementaires de la radioprotection à ce site et donc une meilleure sécurisation. Cela notamment au niveau du confinement de l’ensemble des bassins de boues. Areva, pour éviter le classement total en INB, se retranche derrière un amendement au décret d’application de la loi du 13 juin 2006, amendement qui exclut du classement les installations qui ne mettent en œuvre « que » de l’uranium naturel.

Le classement INB est en cours, à l’initiative de l’État et de l’ASN (autorité de sûreté nucléaire)… mais uniquement pour les anciens bassins B1 et B2. Pour les associations, ce classement est nettement insuffisant et n’assurera pas la totale sécurité du site.

Concernant le statut des déchets contenus dans les bassins en activité, Areva parle d’entreposage (donc provisoire). Un entreposage qui dure depuis 50 ans… et qui montre une fois de plus que l’élimination des déchets de la filière nucléaire reste un problème non résolu.

Plus globalement, la nature du site de Malvési, en zone humide, a de quoi inquiéter. Areva a installé, dans les bassins, un système de récupération et de retraitement, censé éviter la dispersion des liquides et boues. Mais l’étanchéité des bassins est-elle garantie ? Et quid du risque de rupture de digue ? Le passé a montré la réalité de ce risque comme de celui du débordement par forte pluie. C’est toute la plaine aval qui est exposée.

Depuis quelques années, Areva améliore progressivement les installations de Malvési. Pas suffisamment, estiment les organisations non-gouvernementales.

Et puis il y a ce qu’elles considèrent comme « la culture du secret » dans la filière nucléaire. Une culture du secret qui a tout pour inquiéter les citoyens sur le bien fondé des décisions prises en haut lieu.

Ph.C.

1) Cet objectif est toutefois contrarié en partie par le choix d’EDF, premier client d’Areva, de faire opérer les deux tiers de la conversion de l’uranium (transformation en UF4 et en UF6) hors d’Europe, notamment en Russie. Lire ci-après.

2) millisieverts par an.

3) Eccla : Écologie du Carcassonnais, des Corbières et du Littoral audois.

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Pour approfondir le sujet :

Le magazine Nexus, n°97, de mars-avril 2015, a publié un dossier sur Malvési, avec une approche scientifique très détaillée.

La Revue XXI, n°29, hiver 2015, a publié pour sa part l’article « Une si discrète usine ».

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Vue entrée P1040573 2* * * *

Vous avez dit maladie professionnelle ?

Faire reconnaître une maladie professionnelle dans la filière nucléaire n’est pas facile. Le témoignage de Michel Leclerc le montre. Cet ancien salarié de la Serci (société aujourd’hui disparue, qui était une sous-traitante de la Comurhex) est atteint depuis 1991 (avec des symptômes depuis 1983) d’une leucémie myéloïde chronique.

Il a fallu des années de procédures, depuis 1995, pour que le tribunal des affaires de sécurité sociale reconnaisse (1999) le caractère professionnel de la maladie puis que le tribunal d’instance de Narbonne déclare (2012) la Comurhex responsable de cette maladie. La Comurhex a fait appel et la Cour d’appel, en 2013, s’est déclarée incompétente, estimant que la Comurhex n’était pas l’employeur de Michel Leclerc. Le procès est maintenant en cassation.

Le développement de la sous-traitance ne facilite pas la responsabilisation de la filière nucléaire par rapport à ses travailleurs. Or, ce sont les intérimaires qui, à 90 %, supportent la plus grande partie des doses d’exposition sur les chantiers nucléaires.

Le peur de perdre son emploi, l’isolement des salariés sont des freins pour faire reconnaître leurs droits. De plus, la preuve de l’origine professionnelle de la maladie est à leur charge ; or, ils disposent rarement des données sanitaires les concernant.

Le magazine Nexus a recensé une dizaine de cas de cancers ou leucémies chez des salariés du nucléaire autour de Narbonne, dont cinq décès.

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100 % du minerai d’uranium est importé

Il n’y aurait pas d’électricité nucléaire en France sans l’importation du minerai (depuis la fermeture des mines françaises, 100 % du minerai est importé). Ce qui met à mal le mythe de l’indépendance énergétique du nucléaire français.

Or, cette exploitation minière se fait dans des conditions peu favorables à certains pays producteurs, comme l’a illustré l’association Survie à partir de l’exemple du Niger, où Areva exploite deux mines.

L’État du Niger reçoit à peine 12 %, environ, de la valeur de l’uranium extrait de son sol. Et ce pays, malgré ses richesses minières, est le dernier au classement de l’indice de développement humain du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), ce qui montre qu’elles lui profitent bien peu.

Qui plus est, les mines d’uranium au Niger entraînent une grave pollution des sols, de l’air et de l’eau et l’épuisement de la nappe aquifère profonde. Les mineurs et les populations de cette région souffrent de maladies graves (maladies respiratoires, cancers et leucémies) selon des taux anormaux.

La présence d’Areva au Niger et les conditions de négociation entre cette entreprise et l’État du Niger n’échappent pas au système de la Françafrique et de ses ingérences politiques qui font dire à Survie que l’Afrique n’a jamais été décolonisée. Le livre de Raphaël Granvaud, Areva en Afrique, explique bien ces aspects.

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Secret défense ?

Je prenais des photos devant l’entrée de l’usine de Malvési lorsque le gardien est sorti pour me demander ce que je faisais. Il m’a ensuite suivi en voiture et, lorsque je me suis garé à l’entrée du chemin qui longe la clôture des fûts, s’est garé, m’a demandé ma carte d’identité, ce que j’ai refusé, tout en m’identifiant volontiers. Il a relevé le numéro d’immatriculation de ma voiture puis est parti.

Un instant plus tard, alors que je terminais mes photos, un autre gardien est venu me dire qu’il était interdit de prendre des photos, contrairement à ce que dit la loi puisque j’étais toujours dans le domaine public, hors de l’enceinte d’Areva. Il m’a dit que je devais partir et m’a menacé d’appeler les gendarmes… ! Excès de zèle ou suivi de consignes dignes du « secret défense » ?

Ph.C.

Une pétition pour la fermeture de Malvési. Lire la pétition

Lire aussi sur ce blog : « Areva Malvési TDN : dépollution des effluents, quel risque ? »

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La CGT manifeste « pour l’emploi, contre la casse industrielle et sociale »

CGT P1040615 2La CGT organisait, le 19 mars à l’entrée du site Areva-Comurhex de Malvési, une manifestation pour préparer notamment la « journée nationale de manifestation et de grève » du 9 avril. Le syndicat estime que l’usine de Malvési est « dans le collimateur des casseurs d’emploi » et que le groupe Areva, bien que s’appuyant à 87 % sur un actionnariat d’État, a une attitude très négative vis-à-vis des salariés.

« Areva veut faire payer aux salariés les pots cassés d’une mauvaise gestion »

Gaël Roussel (en noir) : "Les salariés n'ont pas à payer les pots cassés de la gestion d'Areva".

Gaël Roussel (en noir) : « Les salariés n’ont pas à payer les pots cassés de la gestion d’Areva ».

« Les pertes d’Areva », explique Gaël Roussel, délégué CGT, « s’élèvent à 4,8 milliards d’euros » (le groupe a publié ses comptes début mars). Pour les éponger, « Areva élabore un plan de redressement de 1 milliard d’euros, avec notamment des économies en personnel, la menace de statuts à la baisse et éventuellement un plan social. La perte d’Areva est due à une mauvaise gestion, notamment avec l’achat d’Uramin (1), où Areva a investi 3,5 milliards sans qu’un gramme d’uranium ait été extrait. Il est honteux de vouloir faire payer les pots cassés aux salariés. »

Outre les emplois, les salariés sont inquiets par rapport à la sécurité : « On ne peut plus se permettre aujourd’hui de réduire les effectifs sans compromettre les conditions de sécurité sur le site. »

Comurhex II : politique incohérente

Une partie du passif d’Areva concerne le projet Comurhex II, de modernisation des sites de Malvési et du Tricastin dédiés à la conversion de l’uranium. Un projet qui tarde à se mettre en place : on parle de juillet 2015 à Narbonne mais de 2018 à 2020 pour le Tricastin. « Il ne s’agit pas de pertes », explique Gaël Roussel : « Comurhex II a coûté 1 milliard d’euros mais Areva, considérant qu’il y a dépréciation de bien, l’évalue aujourd’hui à 400 M€. Cela dans un contexte de marché de l’uranium en baisse. »

Le délégué CGT dénonce une politique commerciale incohérente d’Areva, qui a privilégié la vente d’uranium au Japon, au détriment d’EDF qui est allé chercher des prix moins chers sur le marché russe : « Notre point fort était la vente d’une partie de la conversion à EDF ; on est allés jusqu’à 70 % de part de marché, aujourd’hui nous ne sommes plus qu’à 15 ou 20 %. » Une logique étonnante de la part de deux groupes, Areva et EDF, détenus majoritairement par l’État français.

*

1) En 2007, Areva a racheté la société canadienne Uramin, dont les actifs étaient composés entre autres de gisements africains d’uranium. Non seulement la richesse de ces gisements potentiels aurait été surestimée mais Areva aurait surpayé l’achat de cette société, ce qui laisse planer des soupçons de corruption. Voir Survie et Médiapart : articles et eBook.

Quartiers «prioritaires» : après «Charlie», allons-nous enfin «vivre ensemble» ?

Après les attentats contre Charlie Hebdo, allons-nous enfin « vivre ensemble », comme semble le souhaiter une partie des manifestants des 10 et 11 janvier ? Mohamed Mechmache était le 7 février à Narbonne pour parler des futurs « conseils citoyens » liés à la Politique de la ville. Cette expérience de « démocratie participative » est-elle une usine à gaz technocratique de plus ou un moyen d’avancer réellement vers la fin de l’exclusion ?
Voir en fin d’article une mise à jour, sur la constitution des « forums-conseils citoyens ».

Samir Boumediene (collectif des associations narbonnaises) et Sabrina Drljevic'-Pierre, chargée du développement territorial à ACLEFEU.

Samir Boumediene (collectif des associations narbonnaises) et Sabrina Drljevic’-Pierre, chargée du développement territorial à ACLEFEU.

Présentée par François Lamy, ministre délégué à la Ville du gouvernement Ayrault, la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine a été votée le 21 février 2014. Elle vise à réduire les écarts entre les « quartiers prioritaires » et les autres.

L’une des mesures de cette loi est la création, dans ces quartiers prioritaires, de « conseils citoyens ». Sur la base de la démocratie participative, ces conseils doivent être des partenaires de la mise en place de la politique de la ville, à partir des contrats de ville.

A Narbonne, la dynamique des conseils citoyens se met en place peu à peu. Elle est impulsée par un collectif d’associations : ABP 21, AMPG (Association audoise d’aide matérielle et morale à la population gitane), association des habitants de Razimbaud, Cellule de Veille Citoyenne de Saint-Jean-/Saint-Pierre, Centre social Nelson Mandela, CIDFF (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles), CCLE (Collectif contre les exclusions), Collectif des Jeunes 11, L’Arche, Maison de quartier Ernest Ferroul, Maison des Potes. Cela avec l’appui de l’agglo du Grand Narbonne et de la préfecture.

Ce collectif d’associations avait invité, le 7 février, à une rencontre en présence de Mohamed Mechmache (à l’origine d’ACLEFEU et auteur avec Marie-Hélène Bacqué d’un rapport sur la politique de la ville), de Nicky Tremblay (coprésidente avec Mohamed Mechmache de la coordination nationale « Pas sans nous »), et de Sabrina Drljevic’-Pierre (chargée du développement territorial à ACLEFEU, Association collectif liberté égalité fraternité ensemble unis).

Qu’autant d’associations narbonnaises se mobilisent ensemble, « ce n’est pas banal, c’est rare », a souligné Samir Boumediene (de L’Arche). « Nous voulons construire une force pour contribuer à mieux vivre dans nos quartiers. »

30 ans, et plus, d’exclusion et de mépris

La mobilisation des habitants « des quartiers » n’est rien de nouveau mais « nous n’avons pas eu les réponses que nous attendions », dit Mohamed Mechmache. Il rappelle : il y a 30 ans, la marche pour l’égalité et contre le racisme « avait été une démarche non-violente. Les pouvoirs publics n’ont pas su saisir la main tendue ». En 2005, la lutte sociale des banlieues a pris « une expression un peu plus violente. On nous a traités d’émeutiers, on a attribué la faute aux parents, au Rap… sans que les responsables politiques se posent la question de savoir s’ils ne s’étaient pas trompés. Leur seule réponse a été l’état de siège. On s’est dit « il faut donner la parole à ceux qui ne l’ont pas » et on a fait un tour de France en ouvrant un cahier de doléances. Il a reçu plus de 200 000 doléances et a abouti à 120 propositions ». Reçues, encore une fois, avec un certain mépris.

Mohamed Mechmache

Mohamed Mechmache

Et puis, dix ans après, a lieu l’attentat contre Charlie Hebdo : « On arrive à un stade au-dessus avec ce drame que nous condamnons tous. Alors, on nous parle du vivre ensemble, que nous demandons depuis trente ans. » Le fond du problème, pour Mohamed Mechmache, reste là : « L’exclusion amène à la radicalisation, au populisme, à tous les extrêmes. »

La politique de la ville et les conseils citoyens sont un espoir pour que ça change, mais Mohamed Mechmache reste prudent. Pour lui, tant que la justice sociale ne sera pas prioritaire il n’y aura pas de vrai changement.

Tout est à construire

A la différence des conseils de quartier, mis en place et dirigés par les élus municipaux, les conseils citoyens s’inscrivent dans la démocratie participative et donnent, en tout cas, dans leurs principes, la parole aux habitants des quartiers prioritaires. Les conseils doivent être constitués d’habitants du quartier (désignés par tirage au sort), d’associations et d’acteurs locaux (commerçants, professions médicales et para-médicales…). Ces conseils doivent travailler, avec les élus et les techniciens, à la « co-construction » des contrats de ville, nouveau cadre d’intervention des pouvoirs publics dans les quartiers prioritaires. Ces derniers doivent être signés d’ici le 30 juin.

Nicky Tremblay

Nicky Tremblay

Le mouvement des conseils citoyens est donné mais il manque un décret d’application, souligne Nicky Tremblay, d’où encore un certain flou dans les modalités de mise en place. La coordination « Pas sans nous », dit-elle, est une sorte de syndicat des quartiers qui a été constitué pour défendre le point de vue de ses habitants. En effet, dit Mohamed Mechmache, « on est en train de se battre avec la ministre de la Ville pour que la loi soit appliquée. » Nicky Tremblay poursuit : « Il y a un timing de malades. Mais pour l’instant le dialogue est là et on travaille sur le fond. (…) Pour qu’une démocratie existe, il faut établir un rapport de forces, ce qui ne veut pas dire qu’il doit être violent, mais avec des contre-pouvoirs et une force de proposition. Pour l’instant, on n’en est pas à la co-décision mais la collectivité ne pourra pas ne pas nous entendre. Pour eux, la participation c’est nous consulter, pour nous c’est construire ensemble. »

Le débat dans le public

Le débat dans le public

« Si on décide à notre place de projets et qu’on vient nous les montrer, cela ne nous intéresse pas », dit Mohamed Mechmache. « Ceux qui décident ne vivent pas là où nous vivons. Nous ne sommes pas contre les élus, ni contre les techniciens, mais nous avons une expertise d’usage qui nous permet de discuter. »

« On nous oublie », dit Christine Sanchez, une habitante de Saint-Jean/Saint-Pierre (2), « le quartier où il fait bon vivre » : dans ce quartier, « il n’y a pas d’espace pour que les enfants jouent ; il n’y a plus de cabinet médical. On ne nous demande pas de quoi nous avons besoin, nous ne sommes pas des citoyens. Et pourtant, nous aimons notre quartier, nous sommes des visionnaires : nous visionnons ce qu’il faut construire ; il suffit de nous le demander. » Cette ignorance des citoyens par les élus, dit-elle, elle aussi, « à force, ça fait le jeu des extrêmes. »

Les habitants des quartiers populaires n’ont rien contre les élus mais ils attendent une vraie politique de lutte contre l’exclusion. « Nous sommes une partie de la solution, pas le problème », dit Mohamed Mechmache. Avec les conseils citoyens, « une brèche est ouverte, il faut y aller ».

A Narbonne, le collectif d’associations entend passer à la vitesse supérieure pour la mise en place des conseils citoyens. Il est vrai que le temps est compté.

Ph.C.

1) Actuellement, Sylvia Pinel, plus précisément ministre du Logement, de l’Égalité des territoires et de la Ruralité.

2) Nous reprenons ce témoignage pour son intérêt. Il faut savoir que Christine Sanchez est candidate (Front de Gauche) aux Départementales mais, lors de ce débat, elle n’a pas mis en avant cette candidature.

Narbonne : une confusion entre comités de quartier et conseils citoyens

La Ville de Narbonne a mis en place, tout récemment, des comités de quartier qu’elle appelle « conseils citoyens ». Cela sur l’ensemble des quartiers de la ville et pas forcément sur les quartiers prioritaires (d’ailleurs, ces « conseils citoyens » ne coïncident pas avec l’aire des quartiers prioritaires, ceux-ci sont mélangés à d’autres quartiers dans un même conseil). Ces « conseils » sont composés d’habitants (en partie volontaires, en partie tirés au sort), associations, collectifs existants et professionnels. Ils visent à « faire des propositions sur tout sujet d’intérêt collectif relatif à la vie du quartier ».

Sur son site internet, la Ville de Narbonne annonce également la mise en place de « conseils citoyens politique de la ville » dans les trois quartiers prioritaires, Narbonne Est, Narbonne Ouest et Narbonne centre. Ils seront, dit-elle, mis en place par l’État, la Communauté d’Agglomération du Grand Narbonne et la Ville de Narbonne.

Rappelons simplement que la loi dit que les conseils citoyens politique de la ville doivent être créés à l’initiative des habitants, avec l’appui technique de partenaires (collectivités locales et État) mais pas par ces derniers. Toute la question est là : s’ils veulent représenter réellement la population des quartiers prioritaires, les conseils citoyens devront réellement émaner de leurs habitants, venir d’en bas et non pas être créés d’en haut.

L’agglo fait appel à candidatures sans concertation

Une information mise en ligne le 17 février sur le site internet du Grand Narbonne (retirée depuis) lance un appel à candidatures pour la constitution des conseils citoyens à Narbonne. Cela sans avoir consulté les associations des quartiers, qui jusque là étaient en contact avec l’agglo. Celle-ci a d’ailleurs annulé une réunion avec les associations prévue en décembre et jusqu’ici non re-programmée.

L’appel à candidatures lancé par l’agglo est limité au 4 mars, c’est-à-dire à une échéance très proche. De plus, à part la mise en ligne, il ne lui a été fait aucune publicité et aucune autre information (communiqué de presse, tracts, affichage, réunion publique, contact avec les associations…) n’a été faite. Comme on le sait, les habitants des quartiers prioritaires consultent régulièrement le site internet du Grand Narbonne !

La « nouvelle forme de participation et d’expression citoyenne » que veut mettre en place l’Etat et que relaient la communauté d’agglomération et la ville de Narbonne a décidément bien du mal à sortir de la démarche bureaucratique.

Ph.C.

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ACTUALISATION

Une habitude difficile à perdre : décider d’en haut

Depuis cet article, publié le 8 février, peu de choses ont évolué jusqu’à la tenue, les 7, 8 et 10 avril, de réunions publiques, dans chacun des trois quartiers « politique de la ville » de Narbonne, destinées à boucler la composition des conseils citoyens (appelés à Narbonne « Forums citoyens », voir ci-dessous).

Alors qu’elle avait entamé un travail préparatoire avec les associations de quartier, la communauté de communes du Grand Narbonne, de façon étonnante, n’y a pas donné suite.

Récemment, les services de l’État, de l’agglo et de la ville ont procédé à un tirage au sort, d’après la liste électorale, des habitants destinés à siéger aux forums citoyens. Ils ont aussi fait appel aux habitants volontaires.

Lors de la réunion du quartier Narbonne Ouest, le 10 avril à la Maison des Services de Saint-Jean/Saint-Pierre, les représentants du sous-préfet, de l’agglo et de la ville ont expliqué la procédure : 30 citoyens et 30 citoyennes ont été tirés au sort sur liste électorale. Mais, à la date de la réunion, seuls deux ou trois avaient répondu à la sollicitation et aucun n’était présent à la réunion. Pour compléter la liste, les personnes volontaires ont été invitées à se manifester. Elles aussi seront tirées au sort. Il doit y avoir au total (entre personnes tirées au sort sur liste électorale et volontaires tirés au sort) 10 représentants des habitants. Se joindront à eux 5 représentants des « acteurs » du quartier (associations, commerçants, etc.), eux aussi tirés au sort.

Une mise en place difficile donc. Le débat, à la Maison de Services, a mis en évidence les réticences des habitants du quartier (une quarantaine de présents dont un certain nombre de représentants associatifs).

D’abord, la confusion entre « conseils citoyens » et « forums citoyens » a semé le trouble : la municipalité s’étant approprié le nom de « conseils citoyens » pour ses anciens conseils de quartier, les autorités ont décidé que les conseils citoyens « politique de la ville » s’appelleraient « forums citoyens » à Narbonne alors que partout ailleurs on parle de conseils citoyens.

La question de fond – à quoi vont servir les forums citoyens ? – a occupé une importante partie de la soirée. Le forum, explique la présentation qui a été faite, est une assemblée qui doit participer à la « co-construction » du Contrat de ville. Celui-ci, financé par l’État, l’agglo, la commune mais aussi des organismes comme la Caf, s’organise en quatre axes : emploi et développement économique ; cadre de vie et renouvellement urbain ; cohésion sociale ; valeurs républicaines et citoyenneté. Chacun des trois forums citoyens de Narbonne devra, avant le mois de juin, donner son avis sur les projets du Contrat de ville… dont les orientations ont déjà été tracées par les institutions. On voit que ça commence mal : en fait de co-construction, les forums devront se prononcer sur un mécanisme déjà en route, auquel ils n’ont pas contribué. Le temps de se mettre en place ils auront d’ailleurs très peu de temps pour approfondir le sujet.

Plusieurs des participants ont critiqué la procédure de mise en place des forums, avec des délais trop courts et sans réelle concertation avec les associations de quartier. Ils font remarquer que, dans les quartiers prioritaires, de nombreux habitants ne sont pas inscrits sur les listes électorales. « Les associations vous avaient proposé à l’automne de participer à l’organisation des conseils », dit Samir Boumediene, membre du collectif des associations. « Nous vous avons proposé d’aller ensemble à la rencontre des habitants ; pourquoi vous êtes-vous privés de cette aide ? »

Ils sont par ailleurs sceptiques sur le caractère consultatif de l’avis des forums : cet avis sera-t-il vraiment pris en compte ?

Le secrétaire général de la sous-préfecture, Cédric Bouet, s’est pour sa part interrogé sur la représentativité des forums par rapport à l’ensemble des habitants du quartier. Il est vrai (même si M. Bouet ne l’a pas exprimé ainsi) que le système en soi pose problème : comment 15 personnes, en partie tirées au sort, en partie volontaires, peuvent-elles représenter tout un quartier ? Rien dans l’esprit des forums-conseils citoyens ne prévoit une large consultation du quartier, même si rien ne l’interdit.

Il y avait un moyen d’avoir une certaine représentativité des quartiers : associer étroitement les associations existantes à la mise en place des forums-conseils citoyens. Ces associations sont nées de ces quartiers et elles en sont une émanation vivante même si elles ne prétendent pas en être les représentantes exclusives.

Ph.C.

Le magazine Friture Mag publie, le 18 mai, un article du Collectif (national) Pas Sans Nous intitulé : « Vive inquiétude sur la mise en place des conseils citoyens ». Lire l’article.